Que peut apporter l’intercommunalité culturelle ?

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Que peut apporter l’intercommunalité culturelle ?

13/08/2018 | par François Deschamps | Toute l'actualité

pretty girl coosing books in   library. ©Daria Filiminova - adobestock

La tendance est lente mais régulière, vers la prise de compétence « culture » des intercommunalités, bien qu’elle ne soit pas obligatoire. Il s’agit avant tout d’un choix politique, influencé par des choix économiques et/ou de réputation. Dans cette nouvelle donne, l’importance des réseaux d’élus et de techniciens est un outil précieux pour avancer vers des politiques culturelles plus intégrées et de nouvelles relations d’action, au service d’un meilleur accès des habitants du territoire à la culture.

Article publié le 5 janvier 2018

La politique culturelle locale est-elle un service public de proximité, devant rester attaché à la commune ? Ou bien, présentant un intérêt commun pour l’ensemble des habitants d’un même territoire et favorisant son attractivité, a-t-elle vocation à être pilotée à l’échelle intercommunale ? Il n’y a pas de réponse unique à cette question, un certain nombre d’équipements culturels ayant à la fois un rôle de proximité tout en attirant des publics plus lointains.

Le choix de transférer ou non la compétence culture est guidé par des considérations d’ordre politique : le refus de transférer, pour garder au sein de la commune un événement ou équipement qui renvoie une image valorisante pour le maire ; la volonté de transférer pour favoriser une solidarité territoriale dans la politique culturelle, voire plus prosaïquement pour répartir les lourdes charges financières de tel ou tel équipement à l’échelle intercommunale.

 

Les dépenses culturelles intercommunales ont progressé de 26 % entre 2010 et 2014.

 

Les compétences culturelles transférées sont donc très différentes d’un endroit à l’autre :

- parfois, il s’agira des grands équipements et seulement eux, notamment dans l’un ou plusieurs des domaines que sont l’enseignement artistique, la lecture publique et le spectacle vivant ;

- parfois il s’agira de tous les équipements culturels, mais sans que d’autres initiatives puissent être prises (conséquence d’une application littérale de la loi qui ne parle que de gestion d’équipements) ;

- parfois enfin, il peut s’agir de la politique culturelle dans son ensemble, y compris ce qui relève des politiques de subvention aux associations, d’appels à projets, d’aide à la création, d’éducation artistique et culturelle… autant de domaines que les municipalités souhaitent souvent garder dans leur giron.

La gouvernance se traduit de ce fait par des organigrammes différents : ici, un directeur des affaires culturelles (DAC) à l’échelle de l’intercommunalité (collaborant avec des responsables culturels communaux) ; ailleurs, un DAC mutualisé intercommunalité/commune-centre.

 

Une évolution inéluctable de la compétence culture

On constate une tendance lente mais régulière dans la prise de compétence « culture » des intercommunalités, bien qu’elle ne soit pas obligatoire. Si l’on s’en tient aux budgets, en 2014, 77 % des dépenses culturelles des collectivités provenaient du « bloc local » : 5,8 milliards d’euros pour les communes (133 euros par habitant), et 1,7 milliard d’euros pour les intercommunalités (40/habitant). Cela peut sembler peu, alors qu’on estime que 80 % des structures intercommunales interviennent d’une façon ou d’une autre dans le secteur culturel (elles le font parfois même sans avoir transféré la compétence, en créant des espaces de dialogue entre les communes dans tel ou tel domaine culturel).

 

Les fusions de communes impliquent des politiques culturelles plus harmonisées.

 

Ces derniers temps en tout cas, les dépenses culturelles intercommunales progressent : + 26 % entre 2010 et 2014, alors que les dépenses culturelles globales des collectivités restaient relativement stables (+ 1 %) durant cette période. Parallèlement, le phénomène de fusion de communes s’accélère, impliquant là aussi des évolutions vers des politiques culturelles plus harmonisées.

 

Lire aussi : Loi Mapam et culture : craindre la décentralisation ou parier sur elle ?

 

Les réseaux, vecteurs de la dynamique intercommunale

En soi, un équipement culturel, en termes de finances, de RH ou d’entretien de son patrimoine, n’a pas plus d’intérêt à être géré par une commune que par un groupement de communes. L’intercommunalité ne crée pas automatiquement, du moins rapidement, d’économies. Elle peut en revanche augmenter le niveau de service pour les habitants (dans le cas par exemple de la création d’un service de prêt de livres/CD/DVD entre médiathèques avec transport vers celle qui est la plus proche de l’usager qui en a fait la demande par internet).

La construction de réseaux élus/techniciens, indispensables pour parvenir à l’harmonisation des différentes politiques sectorielles, est fondatrice de nouvelles relations, ainsi que de progression dans un accès plus juste des habitants d’un même territoire aux services culturels.

 

Quelques exemples de projets pouvant être élaborés au sein de réseaux

On peut :
- décentraliser et décloisonner les services de tel ou tel équipement rayonnant (création d’une antenne de l’école d’art pour les pratiques artistiques amateur dans l’une des communes ; extension d’un festival hors-les-murs dans différentes communes) ;

- mettre à niveau telle commune ayant un retard par rapport aux autres (commune n’ayant pas de service culturel, pas de médiathèque, ou bien encore une médiathèque gérée par des bénévoles) ;

- harmoniser les horaires d’ouverture (complémentarité des lieux), les tarifs (parfois créer un « pass-culture »), ou encore les dispositifs d’éducation artistique et culturelle ;

- mutualiser les compétences (un seul webmaster pour l’ensemble des médiathèques), l’action culturelle (animations et expositions tournantes) dans les médiathèques, musée, CCSTI ; des temps forts comme des Journées du patrimoine communes ; ou encore les ressources (l’ouverture du centre documentaire du principal conservatoire aux autres écoles de musique), l’information culturelle ou la logistique des événements (prêt de salles, matériels de scène) ;

- créer  un service de prêt de livres inter-médiathèques, des ressources numériques communes, un projet de création artistique commune à plusieurs équipements, un temps fort de diffusion « jeune public » (cinéma, spectacle) dans les différentes communes ; un médiabus ou un projet innovant de nouvel événement ou équipement lié à une thématique portée fortement par les élus du territoire.

 

L’intercommunalité ne crée pas automatiquement d’économies, mais elle peut augmenter le niveau de service pour les habitants.

 

L’essentiel réside souvent autant dans la démarche que dans les résultats. La mise en réseau des élus délégués à la culture et des directeurs d’équipements, l’association à différents stades des habitants concernés permettent de mieux se connaître, de confronter des points de vue pour rechercher les solutions les plus efficientes, une fois dépassées les craintes, soit de « se faire manger » s’agissant des communes périphériques et des équipements de proximité, soit de « se voir affaiblis » s’agissant de la ville-centre et des équipements rayonnants.

Enfin, les Drac, ainsi que de nombreuses régions et départements, ont réaffirmé l’intercommunalité comme la base de leurs partenariats. Ainsi les groupements de communes peuvent, par convention, bénéficier de subventions qui parfois ne sont plus attribuées qu’à cette échelle.

 

Lire aussi : Culture : on ne peut plus attribuer mécaniquement des subventions

 

Et les habitants ?

Les personnes habitant un « bassin de vie » ont en général une demande de simplification et de proximité, qu’il s’agisse de la localisation de certaines manifestations culturelles, des horaires d’ouverture ou des tarifs, ou encore des modes de subventionnement s’agissant des associations. Ils n’en sont pas moins attachés à leur « identité », d’où la nécessité d’être attentif à la notion de diversité culturelle, en sachant préserver des traditions et des spécificités locales dans telle ou telle commune (exemples : une manifestation patrimoniale locale, un fonds dédié à telle communauté linguistique dans une médiathèque…).

 

Les personnes habitant un « bassin de vie » ont en général une demande de simplification et de proximité.

 

Car ce sont bien les objectifs et les valeurs du projet culturel territorial qui doivent guider le travail à faire, au-delà du mode de gestion, qu’il soit communal ou intercommunal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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