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Villes et vies optimisées

08/01/2018 | par Julien Damon | Toute l'actualité

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Le quotidien et l’avenir urbains captivent. À travers le déluge des données et des idées, mais loin du pédantisme des techno-prophètes, un ouvrage anglo-saxon séduisant balise les chemins ouverts par la digitalisation de nos existences.

Carlo Ratti, Matthew Claudel, The City of Tomorrow. Sensors, Networks, Hackers, and the Future of Urban Life, Yale University Press, 2016, 180 pages.

 

Architecte italien, diplômé des Ponts et Chaussées, Carlo Ratti est entrepreneur et professeur au MIT. Il y dirige le « MIT Senseable City Lab » qui traite de la digitalisation accélérée de nos modes de vie. Dans un livre vif et ramassé, cosigné avec l’un de ses étudiants, Carlo Ratti ne se pâme pas devant tout ce que peuvent faire nos smartphones. Ceux-ci mettent effectivement toute la ville à disposition dans notre poche.

 

La révolution a déjà commencé

La révolution numérique apparaît, en fait, déjà bien avancée. Dans de très nombreux domaines. Les émeutes, par exemple, ne se vivent et ne se traitent plus de la même façon. Celles de Londres, en 2011, ont été baptisées « émeutes Blackberry » en raison du rôle capital joué par les réseaux sociaux, dans l’organisation des émeutiers mais aussi ensuite dans la mobilisation des habitants pour nettoyer.

Au titre des mobilités, demain ressemblera peu aux déplacements contraints d’hier. Pourquoi, en effet, se déplacer vers son bureau quand son bureau s’est déjà déplacé chez soi ? Pour autant, il demeurera toujours important de se rencontrer, de se mettre en relation. Les temps de la mobilité, dans des véhicules autonomes, seront dédiés à des activités professionnelles ou ludiques.

 

L’homme et la ville, tous les deux aidés par les robots, deviennent plus symbiotiques.

 

Plus généralement, nous interfaçons déjà (le verbe existe), chaque jour davantage, avec la ville, ses équipements, et, essentiellement, ses habitants. L’homme et la ville, tous les deux aidés par les robots, deviennent plus symbiotiques, c’est-à-dire non pas fusionnels, mais complémentaires. Nous devons, de la sorte, apprendre à ne plus vivre dans une maison, mais à vivre avec une maison.

 

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Villes intelligentes pour vies intelligentes

Un mot-clé : optimisation. Les nouvelles relations humaines/numériques libèrent du temps et de l’espace pour les gens. L’utilisation plus collaborative et plus intensive des ressources nourrit de larges économies, en rapprochant mieux offres et demandes. En matière énergétique, production, distribution et consommation s’améliorent. Tous les fluides et flux des villes sont potentiellement mieux managés. La ville de demain, qui ne repose pas simplement sur une batterie d’algorithmes, propose une vie enrichie, plus intense. Avant d’être une expérience technologique, la ville intelligente s’incarne par des expériences civiques. Des innovations, développées d’abord localement, par des sortes de « hackers civiques », bouleversent la gestion urbaine traditionnelle.

 

Avant d’être une expérience technologique, la ville intelligente s’incarne par des expériences civiques.

 

Le propos ne verse ni dans l’apologie béate d’une utopie technologique magique, ni dans la condamnation inquiète d’un Big Brother à visage californien. Reste peut-être la question des inégalités. Ratti, qui habite dans les avions, traverse en permanence le monde entier. Il sait que Delhi n’est ni Turin ni Paris. Il sait aussi que le digital ne permet pas seulement d’optimiser les ressources des villes riches. La smart city, si l’expression a un sens, ne relève pas uniquement du bobo-gadget.

 

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Aussi, il aurait pu insister sur la question des inégalités. Le monde urbain connaît sa « datafication » (comme certains l’écrivent). Il connaît aussi sa bidonvillisation. Ratti, en tout cas, met l’accent, avec brio, sur ce que doit être vraiment, en toutes circonstances, la ville intelligente. C’est une ville qui doit faciliter les comportements intelligents. Le clou s’enfonce aisément : « Il ne peut y avoir de ville intelligente sans citoyens intelligents ». Ce n’est pas affaire de QI et d’infrastructures lourdes mais d’usages.

 

 

Extraits
« Sur une planète toujours davantage urbaine les villes intéressent. Elles inquiètent, attirent et fascinent tout à la fois. »
« Pour lutter contre la congestion, des villes reposant plus sur le silicium que sur l’asphalte sauront bien mieux faire. »
« Nous sommes appelés à être les architectes du futur, et non ses victimes. » (Buckminster Fuller, 1969)

 

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