Après Notre-Dame-des-Landes, où atterrirons-nous ?

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COMME UN AVION SANS AILES

 

Après Notre-Dame-des-Landes, où atterrirons-nous ?

23/01/2018 | par Nicolas Braemer | Toute l'actualité

avion_ombre_iStock-623344292 ©Earth_quake - adobestock

Le fiasco de Notre-Dame-des-Landes doit nous faire réfléchir. Comment un territoire phare de notre réussite décentralisatrice a-t-il pu, élus en tête, foncer dans cette impasse ? Et surtout, quel modèle de vie entre humains voulons-nous construire désormais ?

On pourra penser deux choses (ou davantage) de la décision du gouvernement de mettre fin au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. En l’état de ma connaissance du dossier, je ne saurais dire quels arguments en faveur de la création d’un nouvel aéroport ou de l’extension des structures existante était la bonne option, si tant est qu’il y ait une option incontestable. Mais le fiasco de Notre-Dame-des-Landes appelle plusieurs remarques.

 

Une impasse pour les élus locaux

D’abord, il souligne les limites de la démocratie locale. Tant vantée par ceux qui en vivent et la font vivre, la décentralisation n’a pas réponse à tout. Un projet quasi unanimement soutenu par des élus locaux qui ont globalement réussi le pari du développement du territoire n’est pas forcément viable du point de vue démocratique et environnemental. Les yeux rivés sur leur territoire, sur l’emploi, sur le dynamisme, sur la réussite, parce qu’ils ont été élus pour ça, les élus peuvent aussi foncer tête baissée dans des projets insoutenables. On se répète dans ces pages, mais une démocratie locale davantage dotée de contre-pouvoirs n’aurait peut-être pas abouti à cette impasse.

 

Les yeux rivés sur  le dynamisme de leur territoire, les élus peuvent foncer tête baissée dans des projets insoutenables

 

Ensuite, il y a la question de l’usage du référendum. Utilisé par le précédent gouvernement dans une tentative désespérée de clore le dossier, on voit bien les effets pervers qu’il a eus. Les gens ont voté pour le projet, mais la participation a été suffisamment modeste pour affaiblir le scrutin et les résultats par communes ont permis tous les commentaires sur le mode « oui mais les principaux concernés ont voté pour (ou contre) ». Je considère que donner la parole aux citoyens sur des projets les concernant est essentiel, y compris par référendum. Mais l’utilisation de cet outil comme « voie de secours » est une erreur, surtout quand on ne suit pas ensuite le verdict populaire. Vraiment, notre démocratie a besoin de nouvelles pratiques qui, soit dit en passant, permettraient d’éviter ce genre de situations.

 

Lire aussi : En finir avec la décentralisation

 

Un problème d’orientation

Enfin, je pense que la vraie question est celle de notre modèle de développement. Un penseur essentiel comme Bruno Latour nous a récemment bien mis devant l’inéluctable : alors qu’il est devenu évident que notre modèle de développement est incapable d’assurer la survie de la planète et de ce et ceux qui la peuplent, une partie encore majoritaire de la classe dirigeante s’avère incapable de s’orienter vers un système qui conjure l’explosion des inégalités, la dérégulation financière et capitalistique, et la dégradation du climat.

 

Beaucoup d’entre nous vont devoir renoncer à bien des avantages que leur avait apportés le « développement économique »

 

Bruno Latour souligne bien qu’il va falloir atterrir quelque part et, donc, qu’il faut savoir comment s’orienter. Ce nouveau modèle de vie entre humains est à inventer et c’est une tâche ardue, qui implique que beaucoup d’entre nous vont devoir renoncer à bien des avantages que leur avait apportés le « développement économique ». Sans doute qu’un aéroport local en fait partie. Mais personne ne peut désormais s’exonérer de cette réflexion.

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