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Agriculture et urbanisme : la nécessaire cohabitation

06/03/2018 | par Adir | Toute l'actualité

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La région Île-de-France illustre parfaitement la compétition qui se joue entre urbanisme et préservation du foncier agricole. Près de la moitié de la surface de la région est encore cultivée. Mais l’étalement urbain, avec 70 000 nouveaux logements par an, continue à grignoter ces terres. Ces projets d’aménagement peuvent toutefois constituer des opportunités pour relocaliser l’alimentation en développant une agriculture biologique au plus près des bassins de vie.

«À Moissy-Cramayel, on avait 2 000 habitants il y a quarante ans et beaucoup d’agriculture. On approche aujourd’hui des 20 000 habitants et il n’y a plus beaucoup de fermes en exploitation, témoigne Line Magne, maire de la commune. Les préoccupations sur le bio et l’agriculture se sont imposées à nous. Depuis que je suis élue, nous avons ouvert quatre sites d’écopâturage et nous avons un projet de ferme maraîchère bio qui devrait pouvoir alimenter la restauration collective. » Ainsi, Moissy-Cramayel a amorcé une dynamique de développement de l’agriculture bio (AB) sur son territoire :

- Sa restauration collective intègre des produits bio locaux aux menus ;
- 3,5 hectares ont été identifiés en lisière d’un futur écoquartier pour installer un agriculteur biologique en maraîchage ;
- l’entretien des espaces communaux favorise le retour de la biodiversité via la gestion différenciée et l’écopâturage.

 

L’écoquartier de 2 400 logements à terme sera traversé par un réseau de couloirs d’arbres fruitiers ou de zone de pâturage

 

La ferme urbaine selon Moissy

La ferme urbaine selon Moissy n’est pas une ferme hors sol sur les toits mais bien une exploitation en pleine terre en agriculture biologique. L’innovation : une réflexion à l’échelle de l’ensemble de l’écoquartier où, en plus de terres d’un seul tenant dédiées à la ferme, les espaces d’agrément seront transformés en espaces de production. La question agricole a été intégrée dès les premières réflexions sur l’écoquartier Chanteloup, en partenariat étroit avec l’EPA de Sénart, qui se développe sur 74 hectares de terres agricoles. L’écoquartier de 2 400 logements à terme sera donc traversé par un réseau de couloirs d’arbres fruitiers ou de zones de pâturage. Un challenge en matière de cohabitation entre urbains et agriculteur qui demandera de la pédagogie pour le plus grand bonheur des enfants qui mangeront du bio local à l’école.

 

Lire aussi : À Sao Paulo, un soutien de taille aux agriculteurs des banlieues

 

Une dynamique qui s’étend à toute l’agglomération

Dans le nouveau projet de territoire voté cet été par Grand Paris Sud Seine-Essonne-Sénart, 50 hectares ont été identifiés pour être mis à disposition de projets en agriculture biologique (outre Moissy-Cramayel, un autre projet d’importance se situe sur Ris-Orangis dans l’Essonne). Philippe Rio, vice-président en charge du développement durable de Grand Paris Sud, explique : « Nous voulons faire en sorte que l’agriculture biologique et de proximité soit au cœur de notre projet de territoire et nous avons lancé une étude pour préfigurer un réseau d’acteurs de circuits courts. »

Comme le précise Aude Debreil, directrice de l’établissement public d’aménagement de Sénart, la loi d’avenir agricole de 2014 a imposé des compensations pour les projets d’aménagement qui détruisent des terres agricoles : financer un projet agricole local, de développement du bio, de diversification des circuits de commercialisation…

 

S’installer en agriculture est un projet de vie : si la collectivité veut trouver un porteur de projet, elle ne doit pas proposer un cadre trop rigide

 

Un accompagnement indispensable

« C’est parfois compliqué pour nous. Nous avons besoin de porteurs de projets. On discute aussi avec la chambre d’agriculture mais il paraît compliqué de changer la nature des terres, de faire du maraîchage là où il y avait du blé », ajoute Aude Debreil, directrice générale de l’établissement public d’aménagement de Sénart. Il ne suffit pas d’identifier du foncier pour installer un agriculteur bio. Encore faut-il que les conditions soient réunies pour que le futur agriculteur puisse pérenniser son activité économique (lire par ailleurs l’encadré méthodologique).

De plus, s’installer en agriculture est un projet de vie : si la collectivité veut trouver un porteur de projet, elle ne doit pas proposer un cadre trop rigide. Un conseil : se rapprocher, dès le début de la réflexion, des structures de développement agricole qui accompagnent les candidats à l’installation.

 

Créer une ferme « urbaine » en 7 étapes clés

1 • Organiser des réunions de concertation avec la population locale :
la présence d’un tissu associatif actif (Amap, jardins familiaux…)
est un facteur de réussite.
2 • Identifier des terres et évaluer leur potentiel agricole : en fonction
des terres (surface, qualité…), certains types de production seront à privilégier et des travaux d’aménagement ou de remise en culture seront
à prévoir.
Points de vigilance : la surface d’une ferme ne comprend pas que des cultures, il faut prévoir des espaces de circulation, des bâtiments agricoles, des équipements type forage. Par ailleurs, la plupart des candidats à l’installation souhaitent habiter sur place. Tout ceci est à prendre en compte dans la surface disponible et le document d’urbanisme. Les accès aux réseaux (électricité, accès, eau potable) sont également primordiaux.
3 • Estimer les coûts d’infrastructures : bâtiments, forage, drainage, bassins
de rétention…, les investissements peuvent être nombreux. Selon le choix
de la maîtrise foncière à terme, il faudra discuter de ces points avec
les candidats à l’installation. Le propriétaire est généralement responsable
a minima du clos et du couvert pour les bâtiments et du forage.
4 • Prévoir la mise en place de baux ruraux : 9 ou 18 ans minimum,
un agriculteur ne peut pas se permettre de démarrer son activité
avec un bail précaire.
5 • Se faire accompagner par les services juridique et financier
de sa collectivité et par les structures de développement agricole
pour répondre aux besoins des deux points précédents.
6 • Rechercher des candidats : rédiger, diffuser et animer un appel à candidature avec les structures de développement agricole. Cet appel à candidature ne doit intervenir ni trop tard dans le projet, au risque de dessiner un projet qui ne correspondra pas à un candidat à l’installation,
ni trop tôt au risque de ne pas aller au bout avec le ou les candidat(s)
qui pourraient trouver des pistes plus intéressantes. La co-coconstruction avec le futur paysan est un gage de réussite.
7 • L’appui de la collectivité ne s’arrête pas à l’installation : suivi des travaux, insertion du projet sur le territoire, la collaboration avec l’agriculteur installé ne fait que commencer !

 

 

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