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DOUBLE DÉFI

 

« Le projet du Grand Paris doit passer avant la gouvernance institutionnelle »

19/04/2018 | par Stéphane Menu | Actualités

patrick Braouzec ©FRANCOIS DABURON

Grand Paris, politique de la ville, fractures territoriales et sociales, etc. Pour Patrick Braouezec, l’ancien maire de Saint-Denis, les dynamiques métropolitaines, qu’il faut encourager, doivent servir aussi aux territoires et aux ménages les plus modestes…

Conseiller municipal de Saint-Denis, Patrick Braouezec a été maire de cette commune de 1991 à 2004. Président de la communauté d’agglomération Plaine commune jusqu’en décembre 2015, il a enchaîné avec les mêmes fonctions à la création de l’Établissement public territorial Plaine commune. Il est par ailleurs, depuis janvier 2016, vice-président de la Métropole du Grand Paris.

 

Le gouvernement semble prendre son temps avant de livrer
sa version définitive du Grand Paris. Quelle interprétation politique faites-vous de ce retard ?

Puisqu’atermoiement il y a, ceci est sans doute lié au fait que la décision n’est pas prise. J’ai toujours insisté sur le fait que le projet devait passer avant la gouvernance institutionnelle. Le défi est double : asseoir et renforcer la dynamique d’une des métropoles les plus riches du monde ; faire en sorte que les inégalités sociales et territoriales fassent l’objet des corrections nécessaires.

 

« La gouvernance sera porteuse d’un projet fort que si,
et seulement si, elle s’appuie sur une adhésion avec les habitants »

 

À la décharge du gouvernement, la décision à prendre n’est pas simple : il faut clarifier le devenir des trois entités déjà présentes ; décider de calquer ou pas sur les frontières régionales la taille de la future métropole. Je le répète : la gouvernance sera porteuse d’un projet fort que si, et seulement si, elle s’appuie sur une adhésion avec les habitants dans le cadre d’une ambition qui embarque tout le monde vers un meilleur avenir.

 

Seriez-vous favorable à la suppression de l’échelon départemental ?

Quand on regarde le millefeuille institutionnel, tel qu’il est, chacun joue sa partition. Sans doute faudrait-il ajouter plus d’harmonisation entre les collectivités… Nous sommes aujourd’hui dans une phase transitoire qui ne peut durer. La question est essentiellement fiscale. Si les recettes de la cotisation foncière des entreprises (CFE) restent aux EPCI après 2020, nous aurons, et c’est le président de Plaine commune qui parle, les moyens d’agir. Dans le cas contraire, cette marge de manœuvre disparaissant, notre raison d’être suivra le même mouvement…

 

Lire aussi : Supprimer un niveau de collectivité (le département), oui c’est possible

 

Stéphane Gatignon, maire de Sevran, a démissionné de son poste de maire, fatigué par l’indifférence de l’État face à l’enlisement des villes de banlieue. Comprenez-vous sa décision ?

Oui… Cela fait maintenant 13 ans que je ne suis plus maire de Saint-Denis. Et j’ai été auparavant, pendant un mandat, adjoint au logement. Je comprends donc l’état d’usure de Stéphane Gatignon. Mais je ne suis pas dans le même état d’épuisement. En tant que président de Plaine commune, j’ai gardé un lien de proximité avec les habitants.

 

« Si les recettes de la CFE ne restent pas aux EPCI
après 2020, nous n’aurons plus de raison d’être »

 

J’ai toujours pensé au fond de moi que, sans politique de la ville, la situation serait bien pire aujourd’hui. Il faut faire de la politique de la ville un axe fort et prioritaire de l’action de l’État. Quartiers populaires, périurbains, ruraux, bourgs, là où les populations modestes se trouvent, l’État doit apporter des réponses concrètes pour éviter que la France ne soit tirée vers le haut qu’à travers ses pôles métropolitains, dotés d’outils pour créer de la croissance.

 

Vous souhaitez réduire la fracture territoriale, comme le gouvernement, d’ailleurs, à travers son plan dédié aux villes moyennes…

Nos citoyens attendent en effet un traitement plus égalitaire, qu’ils habitent en banlieue, à Paris ou dans les campagnes. Je suis convaincu que l’unité nationale peut s’appuyer sur les spécificités territoriales du pays, en partant des énergies internes à chaque territoire. Le temps est à l’audace dans la manière de révéler tout ce potentiel.

 

« Nos citoyens attendent en effet un traitement
plus égalitaire, qu’ils habitent en banlieue, à Paris
ou dans les campagnes »

 

Les journalistes ont toujours écrit que vous étiez « Macron compatible ». Et on apprend que vous venez de ré-adhérer au Parti communiste français. Quelle est la logique ?

Je ne regrette pas d’avoir appelé à voter Emmanuel Macron dès le premier tour de l’élection présidentielle. J’étais, et je reste convaincu, que le temps des partis traditionnels est fini et qu’il faut accompagner les alternatives politiques les plus crédibles. D’ailleurs, En Marche comme la France insoumise s’apparentent plus à des réseaux qu’à des formations politiques au sens classique du terme. Je trouvais qu’Emmanuel Macron, comme Benoît Hamon dans un autre genre, posait bien les problèmes dans le cadre contemporain de l’évolution de notre société.

 

Lire aussi : Pourquoi la politique de la ville continue de patiner malgré tout

 

Je n’ai jamais été dans l’opposition radicale. J’ai critiqué le projet de loi sur l’immigration, sur la loi Travail… J’ai toujours partagé les constats du Parti communiste sur l’état du pays. D’ailleurs, je travaille désormais plus sur la notion de commun, sans le « isme » à la fin qui a fait tant de mal à ma formation originaire.

 

Qu’est-ce à dire ?

Je travaille à la rédaction d’un livre sur cette notion de commun, sur sa valorisation. Sur tous les sujets qui mettent en péril l’avenir de notre planète, la création du commun, qui préserve au mieux les attentes primaires de tous, est le seul chemin qui mène vers un vivre-ensemble durable.

 

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