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BIBLIOTHÈQUES

 

L’extension des horaires d’ouverture : une question d’abord politique

07/05/2018 | par Bertille Détrie | Toute l'actualité

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Parce qu’elle engage un véritable projet de territoire, la lecture publique nécessite une vision et beaucoup de volontarisme politique pour atteindre les ambitions qui sont aujourd’hui les siennes.

« Il existe des grandes villes honteusement nulles. Et des petites collectivités qui font des merveilles », assénait Erik Orsenna début mars, devant des députés de l’Assemblée nationale.

 

La nécessité d’un portage politique fort

La place de la lecture publique au sein des politiques culturelles est, en effet, parfois inversement proportionnelle à la taille de la collectivité : de très grandes villes atteignent timidement les 35 heures d’ouverture, pendant que des collectivités beaucoup plus petites peuvent proposer des amplitudes allant jusqu’à 50 heures.

 

Le sujet des horaires d’ouverture est bien souvent
la porte par laquelle beaucoup d’élus « entrent » véritablement en lecture publique

 

Là où les équipements peuvent paraître vétustes dans certaines grandes villes, des territoires plus petits sont dotés d’équipements de dernière génération, véritables signaux architecturaux dans la ville, proposant des services inclusifs et modernes. Loin d’être mineur, le sujet des horaires d’ouverture est donc bien souvent la porte d’entrée par laquelle beaucoup d’élus « entrent » véritablement en lecture publique, se posant la question de la place de la bibliothèque sur leur territoire et au sein de leurs politiques culturelles.

 

Lire aussi : Que peut apporter l’intercommunalité culturelle ?

 

Impliquer les élus

Dans le dernier rapport remis au président de la République, les décideurs territoriaux pourront trouver des outils intéressants pour impliquer les élus dans ces projets :
- Doter la collectivité d’une « charte de lecture publique » qui permettrait de signifier l’engagement des élus sur des mesures concrètes ;
- La création d’un label sur le modèle de « Musée de France » qui permettrait de rendre visible l’engagement de la collectivité pour ses bibliothèques ;
- Enfin, l’échelon intercommunal, en amenant à repenser la lecture publique à l’échelle d’un réseau peut être incitatif à travers la mutualisation de certains services (carte unique, homogénéisation des tarifs, catalogue commun…) voire la construction d’un nouvel équipement ou le recrutement d’un coordinateur du réseau.

 

C’est aux professionnels de la culture de prendre
leur bâton de pèlerin et de faire comprendre les missions nouvelles des médiathèques

 

Quoi qu’il en soit, il est essentiel qu’élus et administration mettent dans la balance les gains en face des coûts. À sa réouverture, la nouvelle médiathèque Alexis-de-Tocqueville de Caen la Mer proposait ainsi une amplitude de 51 heures correspondant à 50 % de temps d’ouverture en plus, pour le recrutement de 7 agents supplémentaires (sur une équipe totale de 85 salariés).

 

TÉMOIGNAGE

« Un « troisième lieu » ouvert tous les matins »


« Orvault a une configuration spéciale puisqu’elle est séparée par un périphérique et une rivière. En 2008, la décision a été prise de relier les quartiers en aménageant une place où se trouveraient une supérette, une médiathèque et une école. La médiathèque devait dépasser sa seule vocation culturelle pour embrasser aussi une vocation sociale, urbaine et éducative. Pour y parvenir, nous devions inventer un autre modèle. L’idée d’un « troisième lieu » a émergé, assortie d’un élargissement des horaires d’ouverture.
Le principe : ouvrir systématiquement la médiathèque le matin pour permettre aux personnes en situation d’isolement, les retraités, de venir lire le journal. Nous avons choisi d’en faire un véritable lieu de vie : un coin bistrot était déjà prévu, nous avons autorisé les personnes à se déplacer dans toute la bibliothèque avec leur café. Tant pis pour les accidents ! Les gens peuvent aussi venir déjeuner ici le midi en apportant leur pique-nique. Parfois, il y a de la musique : c’est un endroit vivant, on n’impose pas le silence. Pour chercher un public au-delà des lecteurs et des abonnés, nous avons créé des animations comme l’heure du conte, des ateliers d’écriture, de conversation en langue étrangère, des concerts, des soirées jeux, des conférences… Il y a environ 110 animations par an, nous estimons qu’elles amènent 40 % de public supplémentaire. Et pour organiser ces animations, nous nous appuyons sur une équipe de bénévoles qui nous aide à ancrer la médiathèque sur le territoire. »

Yann Olivier, directeur de l’action culturelle de la ville d’Orvault

 

Donner à lire les nouvelles missions des bibliothèques

Au-delà de ces outils, c’est aux professionnels de la culture, directeurs de médiathèque et/ou directeurs de la culture, de prendre leur bâton de pèlerin et de faire comprendre les missions nouvelles des médiathèques, qu’identifie très bien le rapport Orsenna. « Les élus de [certaines] collectivités n’ont pas encore mesuré combien la bibliothèque est utile, nécessaire, indispensable à leur commune et à leurs administrés. La bibliothèque peut être le socle sur lequel se fait la redynamisation ou le réaménagement d’une collectivité. »

 

« Les élus de [certaines] collectivités n’ont pas encore mesuré combien la bibliothèque est utile, nécessaire, indispensable à leur commune et à leurs administrés »

 

En témoigne le nombre croissant d’équipements mixtes réunissant, en plus de la bibliothèque, différents équipements culturels (théâtre, conservatoire…), structures associatives ou services sociaux. Ainsi, dans leurs recommandations, comme celle de faire des bibliothèques une « nouvelle génération de maisons de services au public », par le biais de partenariats comme La Poste, les rapporteurs ne font que mettre en valeur des pratiques déjà existantes mais qui participent à la promotion nécessaire des médiathèques sur leur territoire.

 

TÉMOIGNAGE

« Une ouverture adaptée à la réalité des pratiques »

« Dès la création de la nouvelle médiathèque en 2015, nous avons proposé une plage le dimanche après-midi, sur le créneau 14h-17h. Ce créneau est effectif du 1er novembre au 30 avril, partant du principe que les lecteurs sont moins nombreux avec l’arrivée des beaux jours. En semaine, nous ouvrons dès midi et le jeudi nous fermons à 20h. Deux ans après, nous sommes déjà en train de repenser les horaires d’ouverture pour nous adapter au retour à la semaine d’école de quatre jours. À cette occasion, nous réinterrogeons la nocturne du jeudi soir, qui n’a pas forcément trouvé son public. »

Aurélia El Harrag, conservatrice de bibliothèque et directrice de la vie culturelle et associative, Le Bouscat

 

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