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Allumez les Lumières !

23/05/2018 | par Julien Damon | Toute l'actualité

terre_sante.AdobeStock_37043294 ©Laure F - adobestock

Steven Pinker remet au goût du jour les idéaux des Lumières. Recourant à la philosophie et aux séries statistiques, son immersion dans le temps long et dans le cerveau humain montre combien le monde va mieux.

Steven Pinker, « Enlightenment now. The case for reason, science, humanism,
and progress », Viking, 2018, 556 pages.

 

Célèbre professeur de psychologie cognitive à Harvard, Steven Pinker dresse un réquisitoire contre la « progressophobie » à l’ère des populismes et des « fake news ». Au savoir encyclopédique et à la plume dynamique, l’habitué des best-sellers écrit que l’humanité n’a jamais connu un tel bien-être. Moins de guerres, moins d’homicides, moins de violences. Ces affirmations contrastent avec la lecture des gros titres et l’expérience quotidienne des incivilités.

 

L’humanité va mieux

Steven Pinker, qui sait qu’il suscite l’incrédulité, fait reposer son argumentation sur de la donnée et des graphiques qui la mettent en forme clairement. Ses pages renseignent ainsi sur l’enrichissement du monde, l’extinction en cours de l’extrême pauvreté, la baisse des inégalités internationales. Sur d’autres thèmes, le propos paraît plus osé et l’auteur ne craint pas les formulations qui peuvent faire sursauter. Ainsi, écrit-il, la crainte du terrorisme, « catégorie élastique » qui frappe essentiellement en dehors de l’Occident, n’est pas signe de dangerosité accrue mais de sécurité augmentée.

 

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Les chiffres, dans le temps long, remettent toujours les pendules à l’heure. En proportions, il n’y a jamais eu aussi peu de victimes, aux États-Unis, d’accidents de la route. Il en va de même, dans le monde entier, pour les crashs d’avion ou les désastres naturels. Même sur le plan environnemental, le progrès est à l’œuvre. Dématérialisation des échanges, décarbonisation des économies et densification de l’habitat écartent la perspective du suicide écologique.

 

Suivre les voies scientifiques

Tout va-t-il pour autant très bien Madame la Marquise ? Assurément non. Il demeure des difficultés considérables. Si, en pourcentages, bien des problèmes diminuent, il n’en va pas forcément de même en volumes. Et ces malheurs (dénuement, corruption, dégradations écologiques) s’avèrent concentrés dans certaines zones géographiques.

 

La raison, la science et l’humanisme sont les ingrédients non pas forcément du meilleur des mondes possibles, mais de l’amélioration humaine

 

Les conditions de vie humaine s’améliorent incontestablement. Rien de béat chez le spécialiste de l’évolution humaine. L’homme n’est pas naturellement bon. Il est largement faillible et imprédictible. Surtout, plusieurs biais psychologiques poussent l’humanité, même éclairée, au pessimisme. Le mal fait toujours plus fort, au moins médiatiquement, que le bien. Pinker, qui combat ces « biais de négativité », compte parmi les optimistes raisonnables. À condition de suivre les voies scientifiques.

La leçon générale à tirer d’un tel pavé, qu’il faut compulser régulièrement, est importante. Les problèmes de l’humanité ont des solutions. La raison, la science et l’humanisme sont les ingrédients non pas forcément du meilleur des mondes possibles, mais de l’amélioration humaine. Le monde, qui entrevoit la perspective de la fin de la faim, de la guerre et de la pauvreté, se porte mieux. Mais il peut encore faire mieux. Grâce, fondamentalement, à l’esprit scientifique tiré des Lumières.

 

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Plus convaincant dans ses critiques à l’égard du pessimisme, que dans celles du populisme (qu’il voit un peu partout), Pinker marque assurément des points contre les obscurantismes contemporains et contre le dénigrement des élites et des experts. Pinker, partisan du cosmopolitisme, se fait politique contre Trump, presque inutilement polémique. Certaines de ses expressions, comme « prospérité sociétale », font mouche sans être forcément claires. Reste que se plonger dans Pinker constitue un remède, ou au moins un excellent contrepoint, au cynisme, au relativisme, au catastrophisme et au déclinisme systématiques.

 

Extraits
« Si le verre est aux trois quarts plein en matière d’espérance de vie, il est encore aux trois quarts vide en matière de protection sociale. »
« L’oubli d’un passé plus difficile et la dévalorisation d’un présent meilleur conduisent à imaginer un futur moins favorable. »
« La vie des pauvres s’améliore plus vite que celle des riches, dans un monde qui semble moins égal mais aux niveaux de vie plus élevés. »

 

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