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GRAND CHAMBARDEMENT

 

« Il faut réduire encore plus le nombre de fonctionnaires »

22/05/2018 | par Stéphane Menu | Actualités

eric Woerth ©Baz888 - wikimedia

Pour l’ancien ministre Éric Woerth, il faut profiter de la croissance actuelle pour réformer structurellement le pays. Notamment en réduisant le nombre de fonctionnaires et en repensant le modèle social de la France.

Né le 29 janvier 1956 à Creil, Éric Woerth est député. Il préside la commission des finances de l’Assemblée nationale. Il a été ministre du Budget puis du Travail des deux premiers gouvernements François Fillon, de 2007 à 2010, et maire de Chantilly de 1995 à 2017.

 

Vous êtes président de la commission des finances. Quel regard portez-vous sur l’état actuel de notre économie ?

Le président de la commission des finances est le seul poste réservé à l’opposition, car cette commission est chargée, entre autres, du contrôle budgétaire et, comme dans les autres grandes démocraties, il n’est pas concevable que le pouvoir s’autocontrôle. Nous sommes dans une période de croissance, l’économie va mieux et donc les finances publiques se portent mieux elles aussi, c’est une conséquence logique.

 

« Entre la grosse tempête et l’embellie, il y a une différence importante de 80 milliards d’euros de recettes fiscales »

 

En 2008, en pleine crise économique, la France avait décroché de trois points de croissance, entraînant une perte de recettes fiscales de 42 milliards d’euros. Aujourd’hui, la France profite, un peu tardivement à mon goût, de la croissance économique, ce qui se traduit par plus de 40 milliards d’euros de plus de recettes fiscales. Entre la grosse tempête et l’embellie, il y a donc une différence importante de 80 milliards d’euros. Cette manne, il faut impérativement l’utiliser pour réformer structurellement notre pays parce que ce type d’embellie ne dure malheureusement pas longtemps.

 

Le chômage baisse pourtant…

L’objectif est d’entamer une baisse structurelle de notre dépense publique. Les soldes que nous enregistrons sont essentiellement dus à la croissance. La dette baisse parce que le solde public est moins important. Les prélèvements obligatoires sur les cinq ans sont stables. Il faut utiliser ce temps pour les baisser. L’élasticité des comptes est très élevée : quand la croissance augmente de 1 %, les recettes sont en hausse de 1,5 %… Nous sommes sur une hausse de deux points de croissance annuelle. J’espère que nous allons nous maintenir le plus longtemps possible sur cette crête. Je l’espère pour mon pays, nos entreprises et l’emploi car le chômage structurel reste important. Les créations d’emploi ne sont pas aussi nombreuses puisque nous ne faisons que reconstruire ceux qui ont été détruits par la crise de 2008, soit entre 200 000 et 250 000 par an, ce qui n’est pas suffisant.

 

Lire aussi : « On n’améliorera pas le service public en stigmatisant les fonctionnaires »

 

J’ai peur que s’installe dans les esprits le fait que le chômage structurel français, celui en dessous duquel il est peu probable d’arriver, se situerait plutôt autour de 6 à 7 % plutôt qu’à 4 % comme on le dit depuis des années. Je note d’ailleurs au passage que les chefs d’entreprise, il y a quelques années, nous parlaient beaucoup plus de leurs charges et du code du travail alors qu’aujourd’hui, ils attirent notre attention sur les difficultés à recruter.

 

Les entreprises n’ont-elles plus de problèmes
avec les charges ?

François Hollande a fait un Cice [Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, NDLR] parce que Sarkozy avait opté pour une baisse de charges. Macron a raison de retransformer le Cice en baisse de charges. Mais, au passage, il y a une entourloupe que les chefs d’entreprise n’ont pas trop vue.

 

« Une solidarité excessive se retourne d’abord contre
les plus pauvres parce qu’elle embolise l’économie »

 

La loi de finances pour 2017 a porté de 6 % à 7 % le taux du Cice en France métropolitaine, soit une progression de 2,9 milliards d’euros de la dépense fiscale attendue en 2018. Il s’agit donc plus de 3 milliards d’euros que de 2 milliards récupérés par l’État. Ce qui a pour effet d’augmenter le chiffre d’affaires des entreprises et donc de leur impôt. En 2019, les chefs d’entreprise bénéficieront de deux Cice : celui de 2018 avec un an de décalage et celui de 2019 qui sera transformé en baisse de charges.

 

Vous parlez de réforme structurelle. Qu’auriez-vous fait
à la place de Macron ?

Il ne fallait pas augmenter la CSG au mois d’octobre dernier de 25 % pour les retraités. Il fallait transformer encore plus ce Cice en baisse de charges pour jouer à fond la compétitivité et baisser un peu plus les charges des entreprises d’une dizaine de milliards d’euros, tout en continuant à baisser la dépense publique.

 

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Deux actions s’imposent : réviser la dépense sociale car elle représente plus de 50 % de la dépense publique. Ce qui ne veut pas dire faire moins pour les gens ; mais une solidarité excessive se retourne d’abord contre les plus pauvres parce qu’elle embolise l’économie. Il est préférable d’avoir un revenu d’activité plutôt qu’un revenu d’assistance. Il faut par ailleurs pousser les feux sur la formation, branche par branche. Que l’on se pose enfin courageusement la question des retraites, avec le recul de la date de départ…

 

Comment envisagez-vous l’avenir des services publics ?

Nous devons garder l’essence du modèle social. Mais il faut baisser le nombre de fonctionnaires. Les Allemands ont suivi cette voie et ont ainsi pu augmenter leur salaire de 7,5 points. À l’heure du numérique, cette perspective de réforme interne n’est pas utopique.

 

« Si nous étions aux affaires, nous aurions abordé, nous, le problème de la dette et des retraites »

 

Comment jugez-vous le réformisme d’Emmanuel Macron ?

Je ne veux pas faire de caricature. Il y a une avalanche de réformes, c’est plutôt une bonne chose. Mais il faut aller plus au fond des choses. Par exemple, sur les ordonnances sur la loi travail, nous sommes d’accord mais il manque un volet complet sur les nouvelles formes de travail que le code du travail ne reconnaît pas. Sur le pacte ferroviaire, il s’agit encore d’une réforme a minima.

 

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On transforme la SNCF en société à capitaux publics, il n’y aura donc plus de statut des cheminots. Mais si la prochaine convention collective ressemble comme deux gouttes d’eau au statut, ça n’aura servi à rien. Si nous étions aux affaires, nous aurions abordé, nous, le problème de la dette et des retraites.

 

Quelle serait votre réforme de la fonction publique ?

J’ai été ministre de la Fonction publique. Franchement, en face des syndicats de fonctionnaires, on ne comprend rien aux règles de gestion. Il faut harmoniser les évolutions de carrière entre les trois fonctions publiques. On doit poursuivre la réduction du nombre des fonctionnaires. Or, ce n’est jamais aux bons endroits, sauf aux impôts (rires). Sarkozy a réduit de 150 000 le nombre de fonctionnaires d’État.

 

« Il faut harmoniser les évolutions de carrière
entre les trois fonctions publiques »

 

Pour l’heure, Macron en a réduit 1 600 sur le seul périmètre de l’État dont 324 au sein des ministères. C’est trop peu. Je n’ai rien contre les fonctionnaires mais il en faut certainement plus à certains endroits, comme à l’éducation, et moins ailleurs. Qu’est-ce qui est plus important que les profs pour une société ? Or, ils sont très mal payés. Pourquoi ? Parce que l’emploi public est trop diffus et mal ciblé.

 

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