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UN CHAMP DE SOLUTIONS

 

La France a encore du mal à s’inspirer des autres

22/08/2018 | par Denis Courtois | Actualités

519_evaluation ©Olivier Le Moal - adobestock

Partout dans le monde, il existe des politiques dont l’efficacité a été éprouvée, car elles ont été construites et évaluées sur le long terme. Pourtant, la France a toujours beaucoup de réticences à s’inspirer de ces modèles. Nous l’avons fait, c’est une première, pour le dédoublement des classes de CP, mais le chemin reste encore long pour changer de mentalité.

Article publié le 25 mai 2018

Sommes-nous seuls au monde à rencontrer des difficultés de tous ordres et sommes-nous les seuls à imaginer des solutions nouvelles ? Non, à l’évidence. Et pourtant, l’importation clés en main de modes d’organisation expérimentés ET évalués dans le reste du monde présente une vraie difficulté tant la spécificité française semble incontournable… Par ailleurs, si tout ce qui vient des pays européens nordiques bénéficie d’emblée d’un accueil bienveillant, toute initiative menée dans le monde anglo-saxon, qui plus est outre-Atlantique, est forcément regardée avec suspicion. Les quelques exemples traités ci-dessous montrent notre absence de constance à ce sujet.

 

Le dédoublement des classes de CP sur le mode américain

Première mesure phare du nouveau ministre de l’Éducation nationale, le dédoublement des classes de CP a été mis en place en septembre sans pour autant se référer à des expériences, pourtant menées depuis fort longtemps dans d’autres pays du monde. C’est ainsi qu’une étude menée par l’Institut des politiques publiques (www.ipp.eu), parue en septembre, a rencontré un accueil médiatique exceptionnel car elle venait opportunément appuyer la décision du ministre. On peut se demander, a contrario, pourquoi dès lors que ces études ont commencé pour la première en 1986, aucun décideur politique n’a fait le choix de s’en inspirer pour dessiner une nouvelle politique.

 

Lire aussi : Pourquoi Céline Alvarez n’a-t-elle pas réussi son expérience à l’école ?

 

À la lecture du résumé de ce condensé d’études, il apparaît pourtant que les résultats et les conséquences des choix faits ont été examinés de près :

- L’analyse sur une longue période :
Mise en place en primaire, on ne peut mesurer les résultats au collège, à l’université voire à l’entrée dans la vie active qu’à l’issue d’un temps long. Les conclusions des observations menées aux USA et dans les pays nordiques indiquent en majorité (pour le collège et l’université) des résultats positifs et ceci sur la période analysée de 2001 à 2017. Un recul important de l’échec scolaire permet ainsi aux chercheurs d’affirmer : « Ces travaux montrent que le dédoublement d’une classe de 24 élèves améliore les performances moyennes des élèves de façon significative, et il est même possible d’en voir les effets à long terme, sur les trajectoires scolaires et l’insertion professionnelle. » Une affirmation forte – peu coutumière dans le monde des chercheurs – qui n’exclut pas cependant quelques nuances.

 

On peut d’ailleurs se demander si cette
« expérimentation-extension » n’est pas la meilleure méthode pour susciter l’adhésion à un service novateur plutôt que de le plaquer sans concertation
avec une circulaire

 

- Un regard sur les « effets secondaires » :
La généralisation du dédoublement à l’ensemble des classes est même analysée au regard, notamment, des problèmes de recrutements de nombre d’enseignants dans un temps limité. Là encore, les auteurs affirment que « la réduction de la taille des classes est efficace même si les enseignants ne sont pas spécifiquement accompagnés au plan pédagogique ». Cependant, plusieurs États américains ayant décidé de généraliser cette pratique entre 2009 et 2015, la baisse de la qualité des recrutements constatée fait pencher les auteurs vers un « ciblage du dispositif sur les élèves les plus défavorisés économiquement », ce qui en atténue également l’impact financier.

On pourrait presque en conclure que nous sommes en train de vivre la première transposition simple d’une mesure prise dans d’autres pays, évaluée sur du long terme… même si quelques expériences menées en France à ce sujet n’avaient pas eu jusqu’à présent l’audience méritée.

 

Quand une expérimentation marche aussi en France…
et qu’on la reconduit sur quelques sites seulement !


« Un chez-soi d’abord » est une expérimentation menée sur quatre sites – Lille, Marseille, Paris, Toulouse – visant l’accès au logement de 400 personnes sans domicile fixe, souffrant de troubles psychiques. Ce projet s’inspire des expérimentations Housing first conduites en Amérique du Nord et dans d’autres pays européens, qui ont montré un taux de maintien dans le logement à 12 mois avoisinant les 90 %. Quatre ans après leur entrée dans le logement, plus de 85 % des personnes y sont toujours selon le dernier bilan de la recherche, qui compare les parcours de plus de 350 bénéficiaires à un groupe témoin. La Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (Dihal), qui coordonne l’expérimentation au niveau national, a inscrit le dispositif dans le code de l’action sociale et envisage son déploiement à 16 territoires supplémentaires à l’horizon 2022. Ce renouvellement a pour effet de faire réagir fortement le délégué général d’Emmaüs, Manuel Domergue, qui, lors d’un colloque de France Stratégie sur l’évaluation des politiques de logements, s’est interrogé sur le pourquoi de ce renouvellement limité alors que les résultats en France étaient bons et corroboraient ceux déjà constatés ailleurs dans le monde. Une extension simple de cette mesure à tout le territoire français lui paraissait aller de soi !

 

De la transposition intégrale à la mise en place progressive

La Lettre du cadre avait succinctement parlé, il y a deux ans, de la mise en place, avec l’appui des CAF, des Promeneurs du net. C’est, nous dit leur site désormais national, « une autre manière d’être en relation avec les jeunes sur Internet. Initiée dans quatre départements différents, elle fait désormais l’objet d’une extension progressive à toute la France et bénéficie d’un site dédié : www.promeneursdunet.fr ».

 

Lire aussi : Dossier – Expériences managériales : ce qui se passe en dehors de la FPT

 

Nätvandrarna – ou le nom du concept à l’initiative des Promeneurs du net – a vu le jour en Suède au début des années 2000 dans le monde associatif – qui plus est – est devenu en moins de quatre ans un outil incontournable des politiques de relations aux jeunes en ayant un effet réseau très bénéfique également sur tous les acteurs de ce domaine, qu’ils soient territoriaux ou associatifs. On peut d’ailleurs se demander si cette « expérimentation-extension » n’est pas la meilleure méthode pour susciter l’adhésion à un service novateur plutôt que de le plaquer sans concertation avec une circulaire. La prise en compte dans notre organisation au quotidien d’expériences réussies ailleurs n’a donc pas fini de nous interroger… sur nous-mêmes.

 

Linky : pas de prise en compte de l’action menée ailleurs

Le dernier rapport annuel de la Cour des comptes s’est intéressé à la mise en place du compteur Linky sur le territoire français. On y apprend – furtivement – que, sur 23 pays européens ayant envisagé cet équipement, 8 ont abandonné l’hypothèse d’un déploiement systématique (dont l’Allemagne, réservant ce nouveau compteur aux seuls immeubles neufs et aux gros consommateurs) et que 2 d’entre eux (Italie et Suède) se félicitent des résultats obtenus.
Si le rapport conclut qu’Enedis est rémunéré trop grassement, que les consommateurs ont été non seulement snobés mais devront payer l’opération, aucune comparaison, ni aucune leçon n’est tirée des installations menées dans d’autres pays européens. Seul, le président de Que choisir, sollicité par la cour, évoque en dernière page du rapport la gratuité d’un service dont bénéficient les usagers anglais, pour la connaissance de leur consommation d’électricité, pour demander que cela soit de même en France.
La cour semble même dédouaner Enedis en arguant qu’en Allemagne, devant la multitude des producteurs (800 dont nombre de collectivités locales en régie, ce qui constitue une hantise pour notre grand monopole), le prix du compteur n’aurait pas bénéficié de la force d’achat de l’installateur… en oubliant les coûts d’installations. On aurait sans doute aimer connaître ses expériences avant le développement très controversé de ce fameux compteur à l’utilité de moins en moins évidente.

 

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