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ÇA VA FAIRE MAL !

 

Archaïsme et modernité sont dans un bateau…

07/06/2018 | par Nicolas Braemer | Toute l'actualité

519_edito_AdobeStock_193089682 ©ra2 studio _ adobestock

Au nom du "déverrouillage" et de la "liberté", le libéralisme détruit depuis près de quatre décennies les protections collectives dont s'étaient dotées les démocraties après la guerre. Comment imaginer que ça ne ne débouchera pas sur de la violence ?

«Lever les verrous », « redonner de la liberté aux acteurs », « simplifier et accélérer les projets » le vocabulaire (les EDL, diront les professionnels du langage…) désormais très systématiquement utilisé lorsqu’on dépose un projet de loi nous hérisse déjà le poil. Mais il devrait aussi nous faire dresser les oreilles à la première occasion.

 

L’Union européenne a installé un parallèle systématique entre « mise en concurrence » et « baisse des coûts »

 

De la même manière que l’Union européenne a installé un parallèle systématique entre « mise en concurrence » et « baisse des coûts », les gouvernements libéraux (celui-ci et d’autres) ont commencé (et réussi ?) à installer l’idée que dans une France forcément verrouillée par les archaïsmes, par une législation contraignante, tatillonne et abusive, il convenait évidemment d’en finir avec ardeur avec tout ce qui pouvait limiter l’initiative individuelle et la souplesse.

 

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Protection contre dynamisme ?

On aura pourtant, pour dévoiler la vraie nature de l’entreprise, à regarder cette sémantique de près. On range en effet systématiquement tout le vocabulaire de la protection, des communs, de la règle… dans le champ de l’archaïsme ; et tout ce qui a trait à la suppression des garanties dans le champ du dynamisme et de la modernité trop longtemps retardée.

Rappelons donc, à l’heure de la loi Elan et de la réforme de la SNCF, quelques vérités. Les protections et règles collectives créées à l’issue de la Seconde guerre mondiale (des bagatelles comme le système de retraite par répartition, le statut des fonctionnaires, les conventions collectives, la Sécurité sociale, l’assurance chômage…) l’ont été par des gens qui avaient la conviction qu’installer des solidarités durables entre les individus était le meilleur moyen d’installer une société durablement débarrassée de la violence et de la guerre. Qu’on ne faisait pas du « carcan », du « verrou », de « l’entrave à la liberté individuelle », du « monopole », mais de la vie en commun, du partage de règles communes et, donc, de la solidarité.

 

On ferait société en travaillant durablement à installer encore et toujours plus de pratiques démocratiques au lieu de s’attribuer des pouvoirs de dieu romain

 

 

Les règles communes aident à faire société

Osons dire qu’on fait société quand on crée des règles protégeant le littoral des appétits privés, qu’on ferait société si l’on libérait les agriculteurs eux-mêmes de l’usage massif des pesticides et des diktats de l’industrie agroalimentaire, qu’on ferait société si on investissait dans les infrastructures du rail au lieu de s’en prendre à ses ouvriers, qu’on ferait société en travaillant durablement à installer encore et toujours plus de pratiques démocratiques au lieu de s’attribuer des pouvoirs de dieu romain (qui gouvernait la terre, le ciel et tous leurs êtres vivants, excusez du peu). Osons donc dire que si ces règles et protections communes aident à faire société, leur démolition systématique ne pourra qu’aboutir à une société plus morcelée, privée, individuelle… et donc in fine plus violente.

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