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OUI MAIS NON

 

Macron met Borloo KO

18/06/2018 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

ZFU © Jonathan Stutz - fotolia

L’hirondelle du plan Borloo n’a pas fait le printemps des banlieues. Avec justesse, l’Élysée considère qu’il faut en finir avec le dérogatoire dans ces territoires délaissés de la République. Mais le droit commun s’y casse pourtant les dents depuis des décennies.

Il y avait de l’espoir, du côté des maires de banlieue. Le sentiment qu’à défaut du plan Marshall promis depuis des lustres et qui ne viendra jamais, les banlieues allaient être traitées enfin avec plus d’égards par l’État. L’affaire se présentait bien, dégageait même une belle harmonie : Emmanuel Macron avait commandé un plan à Jean-Louis Borloo, ex-ministre de la Ville efficace et ex-maire de Valenciennes pragmatique, qui lui-même avait rendu un plan à la hauteur des attentes des maires, embarquant tous les acteurs dans une grande séquence euphorisante épicée de coconstruction et de propositions décalées.

 

Espoirs déçus pour le plan banlieues

Puis les premières réactions gouvernementales qui ont suivi l’annonce du plan Borloo ont rapidement refroidi l’atmosphère. Il y avait comme du « oui mais » dans la dialectique, une petite musique interrogative qui ne présage jamais rien de bon. Ne manquait plus que l’extrême-onction accordée par le président de la République en personne, dans un de ses discours les plus inaboutis depuis qu’il est à l’Élysée. Le 22 mai, il entame son discours en assurant que trop de plans ont été empilés en quarante ans d’histoire de la politique de la ville. Il a donc décidé de ne pas en labelliser un de plus.

 

Rétropédalage ? Non, martèle le président, qui a occis en direct la spécificité dérogatoire qui fait l’essence de la politique de la ville.

 

Rétropédalage ? Non, s’évertue de marteler le président, qui a occis en direct la spécificité dérogatoire qui fait l’essence de la politique de la ville (donner plus aux territoires qui ont moins). Pour lui, il faut privilégier une autre « méthode », en misant sur le fait que le droit commun finira par s’imposer même là où les zones de non-droit (appelons un chat un chat) persistent. Chiche, pourrait-on dire. Le hic, c’est que le droit commun traverse les banlieues comme un chat peureux détale d’un abri : sans s’y arrêter…

 

Lire aussi : Politique de la ville : il suffira d’un signe

 

Horizon crypté pour la politique de la ville

Francis Chouat, maire d’Évry, a sans doute eu le commentaire le plus juste. À l’instar d’un commentateur sportif, il a concédé : « Ne comptez pas sur moi pour commenter un match Borloo-Macron, qui n’a pas eu lieu d’ailleurs ». Le plus baroque, sans doute, reste que Jean-Louis Borloo himself a tressé des lauriers au président… alors qu’il paraissait évident que son plan allait retrouver les étagères poussiéreuses des bonnes intentions restées au stade de l’écriture.

 

Au final d’un discours brinquebalant, quelques menues pistes ont été données.

 

Au final d’un discours brinquebalant, quelques menues pistes ont été données. Le président de la République a confirmé la création d’une Agence nationale de cohésion des territoires, adossée à l’actuelle Agence nationale pour la rénovation urbaine, très critiquée. Comment les entités fonctionneront ? La future agence s’adressera aux « territoires [qui] ont un problème d’équipements » et fera office d’« opérateur de rattrapage pour mobiliser les financements et tous les acteurs ». Il faudra donc attendre que la lumière se fasse.

 

Lire aussi : Quand on réduit les inégalités, tout le territoire en bénéficie

 

 

Une instance de recours sur l’équité territoriale

Le président de la République a été plus concret concernant « un plan de lutte contre le trafic de drogue », finalisé « d’ici juillet ». Côté intégration, 15 000 stages seront proposés par les entreprises et les 15 000 autres par l’État aux élèves de troisième qui rament pour en trouver. Une « bourse des stages » verra le jour en septembre. L’opération « Cœur de quartiers » semble être le dispositif privilégié par E. Macron pour sortir les quartiers mal embarqués en « six mois » (sic). Les entreprises seront invitées à la « mobilisation générale » pour faire reculer le chômage dont est affecté un jeune sur trois dans les quartiers populaires.

 

L’avenir radieux des banlieues est entre les mains du Medef, qui a démontré que la dynamique entrepreneuriale n’avait qu’un effet cosmétique.

 

L’avenir radieux des banlieues est donc entre les mains du Medef, qui a fait la démonstration en Seine-Saint-Denis par exemple que la dynamique entrepreneuriale n’avait qu’un effet cosmétique sur la situation des plus éloignés de l’emploi. Une « instance de recours » sur l’équité territoriale sera créée pour permettre aux élus et habitants de pointer un déficit criant de traitement républicain dans leur quartier. Là aussi, la forme sera arrêtée dès le mois de juillet. Bon courage à ladite instance qui risque d’être submergée de recours dès sa création. L’État tourne donc le dos aux habituels catalogues de mesures. Il lui faudra beaucoup de conviction pour maintenir la flamme dans les banlieues où l’approche universelle chère à E. Macron se casse les dents depuis tant d’années.

 

Un plan Borloo sans l’État ?

Encore sous le choc d’un souffle aussi rapidement coupé, les élus sidérés n’ont pas encore trouvé la bonne réplique. Pour l’heure, la déception ressentie par les acteurs de terrain est double, impliquant à la fois la parole présidentielle très raisonnable et l’applaudissement étrange de Borloo. Il n’est pourtant pas certain que les élus acceptent ce marché de dupes. Car, alors qu’Emmanuel Macron peaufinait sa feuille de route, certains grands élus étaient montés au créneau pour défendre une hypothèse un brin transgressive : et si ledit plan Borloo se mettait en place… sans l’État !?

 

Bon courage à la dite instance de recours qui risque d’être submergée dès sa création.

 

Un directeur de cabinet d’une mairie de banlieue avait trouvé la bonne formule : « Si Macron zappe Borloo, zappons Macron… ». Début mai, Action Logement et l’Agence nationale de l’habitat (Anah) planchaient en effet sur la création de la Fondation pour la qualité urbaine et rurale, envisagée par Borloo dans son rapport et visant à relancer une rénovation urbaine jugée au point mort par son principal géniteur. L’ancien ministre ex-LR Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, a récemment déjeuné avec les dirigeants des deux entités pour en accélérer la finalisation. Sur Europe 1, il avait dit ce qu’il avait sur le cœur : « Je pense que le plan de Jean-Louis Borloo vaut vraiment la peine d’être mis en œuvre, et si l’État traîne des pieds, alors il faut le faire sans l’État ! ».

Qu’en est-il aujourd’hui ? Les grands élus vont-ils poursuivre dans cette voie de l’autonomie ? Et à partir de quel logiciel ?

 

Retour à la case départ pour les banlieues

Le plan Borloo mort-né, le discours faussement mobilisateur de Macron prononcé, les banlieues en reviennent à la case départ. Les élus cherchent un plan B. Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes (78), vice-présidente de Ville et Banlieue, prévient : « On ne peut se payer le luxe d’une crise de confiance. Disons que le gouvernement, celui-là comme les autres auparavant, ne peut plus aborder la vie dans les quartiers de la même manière et il y a urgence. La Haute fonction publique ne connaît pas la réalité que nous vivons. Et les déclarations de Jacques Mézard sur la sanctuarisation financière de nos moyens d’action ne sont pas justes.

 

« Nous avons perdu près de 50 % de nos moyens d’action parce que les Conseils départementaux eux-mêmes ont perdu des dotations financières »

 

Nous avons perdu près de 50 % de nos moyens d’action parce que les conseils départementaux eux-mêmes ont perdu des dotations financières. C’est un effet domino qui a un impact négatif sur notre quotidien. Il faut aussi que nous ayons le courage de l’autocritique. Avons-nous fait, nous, maires de banlieue, ce qu’il fallait pour porter à connaissance l’importance des projets associatifs de proximité ? Je n’en suis pas sûre. Dans les banlieues, on ne doit jamais reculer sur ce combat du maintien de la cohésion sociale. Il ne faut pas démoraliser les troupes des acteurs associatifs et civiques ». Le combat continue…

 

Lire aussi : Un choc de service public pour les territoires de relégation de la République

 

 

 

 

 

 

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