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RENAISSANCE

 

Action Cœur de ville, le dispositif qui rend les maires heureux

03/07/2018 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

520_coeur de ville_AdobeStock_70606812 ©Jürgen Fälchle - adobestock

Tout paraît aller pour le mieux dans le meilleur des mondes dans ce dispositif qui vise à redynamiser des centres anciens dévitaminés. Avec une Caisse des dépôts très impliquée à la manœuvre, les maires, si critiques généralement à l’égard du gouvernement, adressent des œillades à ce dernier.

À l’heure où les grandes associations d’élus ferraillent avec le gouvernement sur de nombreux dossiers, la réunion du 25 juin dernier organisée à Paris autour du dispositif Action Cœur de ville avait presque un côté surréaliste. Les élus des 222 villes retenues ont eu l’occasion d’échanger avec un État clairement identifié comme un « facilitateur ». La Caisse des dépôts, qui joue un rôle majeur dans cette affaire, assurait même qu’elle allait changer de braquet dans sa manière d’investir, en soutenant les projets avant même que les maires les aient convaincus d’un rendement élevé.

Le Premier ministre, Édouard Philippe, a dû apprécier l’ambiance positive, lui qui généralement se fait houspiller dans les assemblées d’élus. « L’idée est d’accompagner la stratégie des maires, des élus, qui promeuvent la renaissance de leurs centres-villes », a-t-il martelé dans son discours (1). Cette facilitation n’est pas jugée comme un simple effet de tribune. Un préfet coordonnateur a été désigné, en la personne de Rollon Mouchel-Blaisot (ancien directeur général de l’Association des maires de France). Le CGET est par ailleurs mandaté pour collecter les bonnes pratiques qui alimenteront une « plateforme » collaborative, en lien avec l’association Villes de France, très investie dans l’élaboration du plan.

 

Le plan de revitalisation des centres-villes concerne prioritairement les villes de 15 000 à 100 000 habitants présentant une « fonction de centralité »

 

Mobilisation à tous les étages

Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires, a lui aussi vanté la plasticité du plan. « La caractéristique de ce projet, c’est d’être simple d’emploi », n’a-t-il cessé de répéter. Le plan de revitalisation des centres-villes concerne prioritairement les villes de 15 000 à 100 000 habitants présentant une « fonction de centralité ». Ainsi, parmi les 222 villes retenues le 27 mars dernier, 205 comptent sur leur territoire au moins un quartier prioritaire de la Politique de la ville, dont 41 implantés dans les centres anciens ; 80 d’entre elles cochent la case « petites villes ». Les moyens financiers sont là, ce qui, là aussi, en ces temps de vaches maigres, relève du miracle : 5 milliards d’euros sont mobilisés sur cinq ans, dont 1 milliard prélevé directement sur les fonds propres de la Caisse des dépôts, 700 millions d’euros de prêts, 1,5 milliard d’euros d’Action logement et 1,2 milliard d’euros de l’Anah.

 

Lire aussi : Villes moyennes : l’opération de sauvetage est lancée

 

Aider les communes qui n’ont pas d’ingénierie

L’objectif est de redonner des couleurs aux centres-villes en déshérence, frappés par la concurrence des zones d’activités commerciales et des zones pavillonnaires, que les Français apprécient plus que les centres-villes bruyants et pollués. Dans la boîte à outils du dispositif, on trouve de quoi favoriser l’acquisition et la réhabilitation de logements, améliorer leur performance énergétique, développer une nouvelle offre commerciale en centre-ville, accompagner les commerçants dans la transition numérique ou simplifier leurs démarches d’implantation en centre-ville…

 

L’opérationnalité à parfaire est l’un des points sur lesquels l’Anah et la Caisse des dépôts envisagent de mobiliser leurs énergies, pour éviter que certaines villes pâtissent d’un défaut de savoir-faire

 

Une douzaine de conventions ont d’ores et déjà été paraphées. Jacques Mézard assure qu’elles le seront toutes d’ici à la fin du mois de septembre. Certaines villes ont pris de l’avance, ayant même recruté en interne des agents capables de relever le défi. D’autres ne disposent pas de la même capacité d’ingénierie. Cette opérationnalité à parfaire est l’un des points sur lesquels l’Anah et la Caisse des dépôts envisagent de mobiliser leurs énergies, pour éviter que certaines villes pâtissent de ce défaut de savoir-faire.

 

Niort à fond sur le levier
Plusieurs villes avancent sur le dossier. À Niort, la convention pluriannuelle a récemment été approuvée au conseil municipal. Pour la ville et l’agglomération de Niort, onze actions ont d’ores et déjà été identifiées dans le cadre de ce dispositif : programme de requalification du parc immobilier ancien, galerie Victor-Hugo, Passage du Commerce, technopole numérique Niortech, requalification de la rue Basse, entre autres… Certes, ces projets sont déjà sur les rails « mais avec Action Cœur de ville, nous pouvons compter de façon pérenne sur l’État dont nous avons l’assurance des financements », se réjouit le maire Jérôme Baloge. « C’est aussi la reconnaissance de notre travail et un encouragement. C’est le premier geste depuis longtemps envoyé par l’État vers des collectivités de taille intermédiaire, qui constituent un maillage important et qui jouent leur rôle ».
Le maire espère aussi que le dispositif aura un effet d’entraînement, en enclenchant « un mécanisme positif pour commencer d’autres projets à l’avenir, pour le quartier de la gare par exemple ou la place Denfert-Rochereau. Il faut y voir un premier pas ». Pour le premier adjoint Marc Thébault, il s’agit même ni plus ni moins que « du dossier majeur de notre mandature pour requalifier et redynamiser le centre ancien, qui vient conforter notre action ».

 

La Caisse des dépôts change d’approche

Le directeur général de la Caisse des dépôts, Éric Lombard, a rappelé que le changement de doctrine en matière d’investissement de sa noble institution n’était pas anodin ; généralement, la CDC investit pour que le retour sur investissement entraîne une dynamique territoriale positive. Sur Action Cœur de ville, il est acté que le retour sur investissement sera plus modeste.

 

L’État a profité du moment solennel pour lancer un appel aux régions afin qu’elles s’impliquent

 

L’État a profité du moment solennel pour lancer un appel aux régions afin qu’elles s’impliquent, à l’instar de ce que la région Grand Est a fait avec Lunéville (Meurthe-et-Moselle), première commune à avoir signé sa convention, le 7 juin. Une ville de 19 900 habitants qui se bat depuis des années pour infléchir la courbe record de vacance commerciale, de l’ordre de 37 % en 2015 ! La région Grand Est a décidé de soutenir 37 villes moyennes. L’Association des petites villes de France (APVF), a appelé « solennellement le gouvernement à prendre conscience de la situation des petites villes et à leur porter une attention plus soutenue ». « Ce sont près de 700 collectivités — et prioritairement, des petites villes — qui sont confrontées à ce phénomène de désertification de leurs centres-villes », insiste-t-elle.

 

Lire aussi : Quel avenir pour les zones commerciales ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note

(01)Réunion organisée dans les locaux du Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), en présence des élus des 222 villes concernées et de tous les partenaires du plan (Caisse des dépôts, Anru, Anah, Action logement, Epareca…). - Retourner au texte

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