Exclusion : au service d’une société qui a changé, les enjeux d’un nouvel État-providence

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ON SE RETROUSSE LES MANCHES

 

Exclusion : au service d’une société qui a changé, les enjeux d’un nouvel État-providence

19/07/2018 | par Rina Dupriet | Actualités

etat providence ©eyegelb - adobestock

Le manque de résultats tangibles dans la lutte contre l’exclusion et de nouvelles problématiques à gérer dans un contexte de rigueur budgétaire affaiblissent encore les collectivités. Il est urgent d’améliorer le dialogue avec l’État et de repenser les politiques des territoires...

Au moment où nous nous devons de faire un bilan des 20 ans de la loi relative la lutte contre les exclusions du 29 juillet 1998, le président de la République :
- réunit le Congrès à Versailles le 9 juillet 2018 pour repositionner les grands axes de sa politique ;
- convoque les élus des territoires le 12 juillet 2018 à la Conférence nationale des territoires ;
- organise un sommet social le 17 juillet 2018 avec l’ensemble des partenaires sociaux ;
- et s’engage à reconstruire les principes de l’État-providence du XXIe siècle.

 

25 000 mineurs isolés dorment chaque soir dans les rues de Paris, laissant aux associations et aux citoyens solidaires la responsabilité de subvenir à leurs besoins fondamentaux !

 

Et pendant ce temps, 9 millions de personnes vivent encore dans la pauvreté avec moins de 850 euros par mois. Parmi elles 35,6 % des personnes pauvres en France sont des enfants et des jeunes de moins de 20 ans (cf. : ministère des Affaires sociales 2015) et 20 % des étudiants vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté (Igas 2018).

Notons aussi que 25 000 mineurs isolés sont livrés à eux-mêmes et dorment chaque soir dans les rues de Paris, laissant aux associations et aux citoyens solidaires la responsabilité de subvenir à leurs besoins fondamentaux !

Toutes les politiques économiques et sociales sont mises à mal depuis des années ! Il est bien loin l’espoir apporté par la loi relative à la lutte contre les exclusions de 1998.

 

Des constats alarmants en matière de politiques économiques et sociales

Le chômage n’a pas cessé d’augmenter : les statistiques de l’Insee reconnaissaient le 23 mai 2018 que le taux de chômage touchait 8,9 % de la population active en France métropolitaine, soit 6 592 100 demandeurs d’emploi, c’est-à-dire une hausse de 0,3 point par rapport au dernier trimestre 2017 !

Le nombre de mal-logés n’a pas non plus cessé de croître avec près de 4 millions de personnes enregistrées à ce jour et les jeunes en situation d’exclusion et de pauvreté d’apparaître avec davantage de lisibilité enfin dans les statistiques des observatoires nationaux !

 

Des migrants arrivent sur notre sol en situation de très grande précarité sans aucune politique sérieuse d’accueil dans notre pays

 

Aujourd’hui viennent s’ajouter à ces problématiques inhérentes à la défaillance des politiques économiques et sociales des pouvoirs publics depuis près d’un quart de siècle :
- l’arrivée des migrants en situation de très grande précarité sociale et sanitaire sur notre sol alors qu’aucune politique sérieuse d’accueil dans notre pays n’a pas été définie depuis des années ;
- la nécessité de repenser l’urbanisme pour construire autrement et se déplacer autrement afin de redessiner la ville de demain à dimension humaine ;
- l’urgence à stopper la disparition des espaces naturels puisque l’urbain n’a cessé de prendre le pas sur les terres agricoles ou en friche tout en mettant en place des mesures concrètes sur le plan écologique et de la biodiversité notamment.

 

Lire aussi : On brade, on casse, on reconstruit, mais à quel prix ?

 

Des territoires dans l’attente d’un soutien maîtrisé de l’État

Les collectivités territoriales sont mises à dure épreuve dans un contexte particulier de rigueur budgétaire dans lequel logement et emploi seront à nouveau fortement à contribution afin de permettre des économies sur l’exercice 2019.

À l’occasion de la Conférence nationale des territoires du 12 juillet 2018, les élus des grandes associations (AMF, ADF, Régions de France) ont décidé collectivement de boycotter ce rendez-vous et de jouer la chaise vide.

Et pourtant, dans le cadre des maîtrises de la dépense locale, 70 % des collectivités concernées ont signé avec l’État cet engagement sans précédent ! Ce paradoxe nous montre à quel point il y a urgence à rénover la démocratie locale.

 

Les élus ont besoin d’une lecture partagée des territoires qu’ils administrent et d’un savoir-faire leur permettant de se comparer les uns aux autres, tout en mutualisant leurs actions sur le terrain

 

Les territoires sont en attente d’un soutien sérieux et maîtrisé de l’État. Ils ont besoin d’outils à mettre en œuvre pour mesurer les enjeux d’une cohésion à laquelle ils sont confrontés au quotidien.

Les élus ont besoin d’une lecture partagée des territoires qu’ils administrent et d’un savoir-faire leur permettant de se comparer les uns aux autres, tout en mutualisant leurs actions sur le terrain.

 

Lire aussi : Open-data discovery : aux armes numériques citoyens !

 

Des mesures locales pas forcément bien accueillies

La machine électorale au niveau local se prépare déjà aux prochaines élections municipales avec en fond de décor les élections européennes de 2019. Ainsi les maires sont tétanisés à l’idée de voir leur bilan exploser sous une pluie de critiques qu’ils jugent déjà infondées.

Ils ont développé leur politique de l’habitat, essayant à grand-peine de satisfaire les services de l’État en portant leur nombre de logements sociaux à près de 25 %. Ils ont favorisé une politique de transport au détriment parfois de nuisances sonores et atmosphériques qui ont généré un mécontentement fort de la population. Si les maires bâtisseurs et aménageurs ont souvent été qualifiés de maires bienfaiteurs, chacun se souviendra ici de ce vieil adage : maire bâtisseur, maire battu !

Ils ont aussi participé à l’accueil de migrants au grand désespoir d’une fraction de leur population hostile à la politique migratoire de l’État.

 

Toutes ces décisions pourraient entraîner un rejet profond des politiques et faire basculer un électorat vers des choix qui ne seraient plus en rapport avec l’évolution de la société

 

Toutes ces décisions pourraient entraîner un rejet profond des politiques et faire basculer un électorat vers des choix qui ne seraient plus en rapport avec l’évolution de la société d’aujourd’hui et compromettraient l’avenir d’une jeunesse déjà en manque de repères.

Même si les réformes, nécessaires du reste pour certaines, se multiplient, force est de constater que les populations les plus fragiles attendent avec impatience le grand « Plan Pauvreté » promis par le président de la République.

Il n’est en effet plus admissible, 20 ans après la loi relative à la lutte contre l’exclusion de compter aujourd’hui plus de 4 millions d’allocataires de minima sociaux (source du ministère de la Santé).

Le dialogue social entre les élus des collectivités territoriales, les partenaires sociaux et l’État n’a jamais été aussi prégnant et son insuffisance risque d’affaiblir la démocratie locale, le véritable cœur battant de nos libertés !

Alors, un nouvel État-providence ? Oui sans aucun doute… mais à quel prix et pour satisfaire quels objectifs !

C’est collectivement que nous aurons à répondre de ces résultats : le rendez-vous est déjà pris.

 

 

À lire et à relire
La Lutte contre l’exclusion : une loi, des avancées, de nouveaux défis ! de Rina Dupriet, Jacques Ladsous, Dominique Leroux et Michel Thierry, Juillet 2002 aux Éditions ENSP

 

 

 

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