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Monde du travail : le contre-exemple américain

12/11/2018 | par Julien Damon | Toute l'actualité

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Le monde du travail américain ne va pas bien. La situation est particulièrement préoccupante en termes de santé. Jeffrey Pfeffer livre un état des lieux accablant pour les États-Unis. Travailler en France s’avère profondément préférable.

Un des thèmes en vogue, au sujet du travail, est celui dit des « bullshit jobs ». Le penseur à succès et militant anarchiste américain David Graeber est connu pour sa critique de ces « métiers à la con ». Avec un certain sens de la formule, il met au jour le caractère féodal d’un management supposé à l’écoute et le caractère soviétiforme d’organisations, publiques ou privées, prétendument agiles. Figure appréciée dans l’univers des nouvelles radicalités, il ne convainc pas totalement. Ses généralisations et exagérations sur l’univers professionnel procèdent de considérations souvent brouillonnes.

Il n’en va pas de même des travaux de son compatriote Jeffrey Pfeffer, professeur à Stanford, qui se penche sur les ravages contemporains du monde du travail aux États-Unis.

 

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Pollutions sociales

Le portrait général qui ressort s’avère terrifiant. Accidents et décès au travail ont certes diminué, outre Atlantique, des trois-quarts en une cinquantaine d’années. Parallèlement, stress et troubles associés ont augmenté de manière impressionnante.

Jeffrey Pfeffer écrit que les problèmes liés à des conditions de travail et à des modalités de management qu’il dit toxiques pèsent à la fois sur la santé des employés et sur la profitabilité des entreprises. Cette toxicité du travail, dans le contexte particulier de la protection sociale américaine, est perdante-perdante. Jeffrey Pfeffer parle d’un coût de 200 milliards de dollars par an pour le système de santé (8 % du total des dépenses de santé), et de 300 milliards de pertes pour les entreprises.

 

Les « pollutions sociales » précarisent les existences et mettent en danger la santé

 

Culte du résultat, extension du travail précaire et des horaires, immixtion grandissante de la sphère professionnelle dans la sphère professionnelle – toutes ces « pollutions sociales » précarisent les existences et mettent en danger la santé.

Pfeffer fait des estimations. Des mauvaises conditions de travail, il résulterait 120 000 morts par an, dont 50 000 liées à l’absence d’une assurance maladie (nous sommes aux États-Unis), 35 000 au chômage, 30 000 à l’insécurité de l’emploi. Les conditions de travail figureraient ainsi au cinquième rang dans la liste des causes de mortalité.

Ce chiffre colossal serait réduit de moitié si les États-Unis façonnaient leur droit du travail, leur système de santé et leur management comme dans les pays européens membres de l’OCDE.

 

Lire aussi : Menaces sur la protection sociale

 

Besoin de reconnaissance

Les employés, qui ont tendance à rationaliser leur souffrance au travail, ont besoin de reconnaissance et de soutien. L’analyse de Pfeffer porte sur le cas américain et se nourrit de multiples exemples ailleurs dans le monde anglo-saxon ou en Chine et au Japon. La situation française est peu évoquée, sinon, incidemment, pour rappeler les suicides chez Orange et, surtout, pour soutenir la légitimité du « droit à la déconnexion » qui y a été voté. Le lecteur français pourra estimer vivre dans une sorte d’Eden du droit du travail et de la sécurité sociale.

 

Les mauvaises conditions de travail feraient 50 000 par an liées à l’absence d’une assurance maladie, 35 000 au chômage, 30 000 à l’insécurité de l’emploi

 

Mais il pourra aussi trouver des ressemblances, dont Pfeffer assumerait pleinement la légitimité, avec des situations et personnages en France. Les critiques du présentéisme, de l’ouverture des magasins le dimanche, ou encore des licenciements (au régime très facilité aux États-Unis), donnent en tout cas à réfléchir, certes dans leur contexte. La charge globale est à l’encontre d’un pays à protection sociale défaillante. Mais la leçon, à la fois individuelle et collective, est générale : ne pas accepter l’inacceptable.

 

Jeffrey Pfeffer, Dying for a Paycheck. How modern management harms employee health and company performance – and what we can do about it, Harper Business, 2018, 259 pages

Extraits
« L’Amérique néglige la santé au travail et la santé en général, avec l’absence d’une couverture universelle, malgré les quelques avancées de l’époque d’Obama. »
« Les entreprises produisent aujourd’hui des rapports sur la soutenabilité environnementale, bien moins sur la soutenabilité humaine. »
« Offres de baby-foot ou stages de yoga ne sont que des à-côtés gadgets. »

 

 

 

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