publicité

LE TEMPS DES PYRAMIDES

Temporairement en accès libre

 

L’organisation des collectivités : une (r)évolution en marche ?

11/12/2018 | par Emilie Baudet | E=MC²

metal springs 3d render illustration © lznogood - adobestock

Manque de transversalité, de responsabilisation et d’initiative, procédures de décision trop longues, l’inadaptation des organisations territoriales pèse sur les managers.

Véritable petit coup de tonnerre dans la territoriale, les modèles d’organisation semblent changer et évoluer pour gagner en souplesse et en agilité. Quelles sont les tendances ? Quelles questions ces mutations posent-elles au quotidien aux cadres qui les font vivre ?

 

État des lieux des modèles d’organisation dans la FPT

Si les collectivités restent majoritairement hiérarchiques  (45 % d’entre elles le sont en 2018), leur proportion enregistre un net recul : -11,8 points par rapport à 2016. Ce fléchissement est significatif ! À l’inverse, les organisations dites « en mode projet » ou « matricielles » progressent sensiblement (respectivement +5 points et +6 points).

Ces variations notables des modèles d’organisation marquent donc un net recul de l’organisation classique pyramidale et descendante au profit d’une avancée sensible des modes d’organisation plus aplatis et plus souples (mode projet ou matriciel), bien qu’ils restent encore minoritaires. Le secteur public local ne serait-il pas si figé que ça… ?

 

Pertinence de l’organisation : la pyramide est mise en cause

Autre chiffre clé : les dirigeants territoriaux considèrent l’organisation de leur collectivité non pertinente dans 51 % des cas. Or, un lien peut être établi entre la pertinence ressentie et le type d’organisation choisi par la collectivité. Autrement dit, l’organisation hiérarchique est celle qui, de loin, satisfait le moins les cadres dirigeants. Plus des 2/3 d’entre eux la disqualifie, considérant qu’elle ne permet pas de répondre aux défis et enjeux du secteur public local. À l’inverse, les autres modes d’organisation enregistrent des taux de satisfaction majoritairement positifs.

 

L’organisation hiérarchique est celle qui, de loin, satisfait le moins les cadres dirigeants

 

Ajoutons que lorsque l’organisation n’est pas jugée pertinente, cela est imputé notamment : au manque de transversalité, au manque de responsabilisation et d’initiative, aux procédures de décision trop longues.

Les causes du manque de pertinence des organisations sont les mêmes qu’en 2016.

On mesure parfaitement à travers ces critiques que la rigidité des organisations publiques territoriales est et reste la principale source de reproche des dirigeants. « La difficulté des managers ? Ils ont une aspiration très forte à développer de nouvelles pratiques mais on bute sur la question des organisations. Cela crée des frustrations. Je le ressens au quotidien. On lance des choses (nouvelles techniques), on prône des valeurs mais après, l’étape supplémentaire, c’est d’alléger et assouplir les organisations. Et là on a du mal, c’est très complexe », analyse l’ADRH-GCT.

 

La rigidité des organisations publiques territoriales est et reste la principale source de reproche des dirigeants

 

Un paradoxe quand l’on sait que les répondants à cette enquête occupent des fonctions stratégiques (DGS, DGA, directeurs) qui devraient leur permettre d’intervenir voire de décider de l’ampleur et des modalités des processus de transformations. Comment expliquer cet écart ?

 

Vers une convergence des attentes et des modèles d’organisation ?

Cependant – bonne nouvelle –, le jugement sur le manque de pertinence enregistre un net recul (-17 points par rapport à 2016) laissant présager une amélioration, un meilleur alignement entre les attentes des cadres et les résultats obtenus. On peut formuler l’hypothèse que le modèle des organisations – déclarées plus souples, plus agiles – qui a sensiblement évolué ces deux dernières années semble se répercuter sur le degré d’appréciation des cadres dirigeants.

 

On a moins besoin de tout matérialiser, de tout écrire, de tout mettre en procédure. On simplifie, on va vers ce qui est le plus efficace pour le service public

 

Une hypothèse complétée par l’AATF : « on est moins en organisation hiérarchique, pas forcément parce que l’organigramme a changé mais parce qu’on se sent davantage autorisés à faire autrement, à faire au-delà. L’organigramme est une référence mais on peut agir autour et à l’intérieur. Le fonctionnement est plus souple, plus agile. On a moins besoin de tout matérialiser, de tout écrire, de tout mettre en procédure. On simplifie, on va vers ce qui est le plus efficace pour le service public ».

Alors, ce jugement plus favorable sur la pertinence est-il une question d’organisation ou de pratiques internes ? Dans tous les cas, retenons qu’il s’améliore.

 

 

 

 

FOCUS

Assez naturellement, le jugement sur la non-pertinence faiblit à 38,8 % si l’on est DG. Mais inversement, si l’on se concentre sur la proportion de jeunes dirigeants (- de 40 ans), ils sont plus nombreux à la juger non pertinente (+2,5 points que la moyenne) pour répondre aux défis actuels. De ce fait, il apparaît que plus on est « haut » dans la hiérarchie, plus l’organisation paraît satisfaisante, plus on descend ou plus on est jeune, plus on est critique par rapport à cette organisation. « Silos, empilement hiérarchique, patrimoine historique sont autant de facteurs bloquants. Je pense qu’on peut faire bouger le cadre, l’organisation des collectivités pour attirer les nouvelles générations, les talents. Mais c’est un long travail de sensibilisation des encadrants, un changement de culture des exécutifs. Si les collectivités n’évoluent pas, elles seront concurrencées sur leurs segments par le parapublic, le privé ou l’ubérisation. L’usager ne supportera pas la défaillance. Ça change déjà très fort, les administrations d’aujourd’hui ne sont plus celles d’il y a 20 ans mais il reste beaucoup à faire » analyse Johan Theuret.

 

Organisation versus pratiques : qui de l’œuf ou de la poule ?
Néanmoins, il est une question qui demeure : les organisations hiérarchiques sont-elles la cause de tous les maux et de tous les dysfonctionnements ou existe-t-il une marge de manœuvre au quotidien ? Les associations de territoriaux confrontent leurs analyses : « je pense qu’on essaie de résoudre par l’organisation des choses qui relèvent des pratiques et du management. Je pense qu’il faudrait faire le contraire : avancer sur les pratiques et adapter l’organisation après. On met le ‘‘comment’’ avant le ‘‘pourquoi’’. On focalise beaucoup sur outils, méthodes, process, organisation alors que le sujet au cœur, c’est celui de ‘‘comment on veut manager tout ça’’ avec quelles valeurs ? L’organisation ne devrait être qu’une traduction » évoque Harmony Roche de l’AATF. Le SNDGCT est même encore plus sceptique sur la mise en cause des organisations : « l’insatisfaction de l’organisation est liée en réalité à la question des pratiques managériales plutôt qu’à l’organisation elle-même. Il existe un effet générationnel qui se confirme, qui montre des frustrations plus élevées chez les jeunes dirigeants. Mais elles sont basées sur des incompréhensions : les collectivités ne sont pas des entreprises. Les collectivités sont garantes du cadre légal lui-même lié à des contraintes : on ne peut pas dire que l’on va bousculer ça. Ce n’est pas vrai. Cependant, il est possible d’être plus agile, plus innovant, plus humain. Et c’est une attente ».

 

Abonnement

Un commentaire

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Tous les champs sont obligatoires (votre adresse e-mail ne sera pas publiée)

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

publicité