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COPAINS D'APRÈS

 

Décentralisation, acte V : le grand chantier de l’égalité

21/12/2018 | par Nicolas Braemer | Toute l'actualité

524-edito-AdobeStock_98073661 © tai111 - adobestock

Après des décennies d’errances, le pouvoir politique se rend compte que les maires et les territoires peuvent être utiles. Pour désespérée qu’elle paraisse, cette redécouverte est heureuse. Mais le président de la République saura-t-il réellement aller au bout ?

Après avoir passé un an et demi à réduire au possible la capacité d’intervention des corps intermédiaires, Emmanuel Macron a donc appelé à l’aide les syndicats et les maires pour l’aider à sortir de la crise politique dans laquelle la France est plongée depuis novembre. Il était temps.

 

15 ans à subir

On dira à sa décharge que le président de la République n’est pas le premier, depuis des années, voire des décennies, à s’essuyer les pieds sur la décentralisation. Chacun à sa manière, au moins depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, a mis une certaine volonté dans l’impuissantement des pouvoirs locaux.

Ce dernier donc, en supprimant la taxe professionnelle, a porté un dur coup à la forme de financement des collectivités locales trouvée dès le début des années quatre-vingt, qui liait les ressources fiscales à la dynamique des territoires et donnait aux élus locaux les moyens de décider de leurs ressources. Ce fut un premier – et énorme – accroc.

 

Une baisse radicale sur fond de désagrégation durable des services publics dans les territoires fragilisés

 

Puis vient François Hollande, avec d’autres manières. Il a aussi donné son lot aux entreprises (avec le CICE) mais sans que cela impacte réellement le monde local. En revanche, avec Jean-Marc Ayrault, il a monté (ou laissé monter, difficile de prouver qu’il y fut pour quelque chose en la matière comme en beaucoup d’autres) une invraisemblable réforme des compétences locales en trois actes, mécano complexe qui dura si longtemps qu’il laisse, des années après, les collectivités encore asphyxiées par un changement à marche forcée.

S’y est ajoutée avec Manuel Valls, et ce n’est pas la moindre des choses, une punition financière qui a vu les dotations aux collectivités locales baisser drastiquement. La mesure a été d’autant plus radicale qu’elle s’est faite sur un fond de désagrégation durable des services publics dans les territoires fragilisés et qu’elle a consisté à faire payer aux collectivités les déficits de l’État.

 

Les défis de l’égalité

En plus de 15 ans, le bilan est lourd pour les collectivités. Elles y ont perdu beaucoup d’argent et beaucoup d’autonomie. Elles y ont peu gagné en compétence et en clarté, à part peut-être ces winneuses de métropoles.

 

S’il s’engage dans cette voie d’égalité, le président a devant lui un chantier immense

 

Que va donc faire Emmanuel Macron ? Considérer que les maires peuvent l’aider ponctuellement à administrer son grand débat national et revenir à la tendance de fond une fois qu’il estimera sa mise sauvée ? Ou prendre conscience que la crise des Gilets jaunes est avant tout une demande d’égalité de tous les territoires, égalité devant les services publics, devant les besoins de déplacement, devant le coût du logement, devant l’éducation, devant l’environnement, devant l’accès à l’énergie, devant l’emploi, devant l’impôt…

S’il s’engage dans cette voie d’égalité, il a devant lui un chantier immense. Mais il pourra s’appuyer pour réussir sur les collectivités locales.

 

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