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PETITS ATELIERS

 

Cours d’école : une démarche centrée usagers

04/01/2019 | par Marjolaine Koch | Actualités

524-dossier3-G Michallet ©G Michallet - mairie Villeurbanne

La ville de Saint-Étienne a lancé un vaste projet de rénovation du groupe scolaire Rosa Parks. Confié à une agence de design d’espace, ce projet a fait l’objet d’une méthodologie précise qui a impliqué toutes les parties prenantes.

Rénover l’extérieur de l’école Rosa Parks, le réaménager pour mieux exploiter l’espace disponible et le rendre plus attrayant, telle était la consigne donnée par la collectivité à Gaëtan Mazaloubeaud, designer, et à Elsa Guivarc’h, conceptrice paysagiste. Pour répondre à la demande, ils ont organisé trois ateliers avec les enseignants dans un délai très court : entre mars et mai 2018.

 

Discuter d’un scénario réaliste

Pour le premier atelier, toutes les parties prenantes étaient présentes aux côtés des enseignants : un membre d’un centre social voisin, l’inspecteur de l’Éducation nationale, des représentants de la ville, des agents du service bâtiment qui seront en charge des travaux et les services techniques chargés de l’entretien et la gestion des espaces verts.

Mais aussi, les urbanistes en charge de présenter le programme urbanistique du quartier, qui prévoit de piétonniser une avenue et d’ajouter des espaces verts. En réunissant toutes ces personnes autour de la table, il était possible de discuter d’un scénario réaliste.

 

Cet inventaire a ensuite été raccroché aux contraintes spatiales

 

Pour ce premier atelier, le travail a consisté à cartographier les usages des cours de récréation. L’objectif était de procéder à un inventaire thématique des usages des espaces extérieurs, à la fois sur les aspects pédagogiques, de vie collective, de récréation et d’ouverture sur le quartier. Quels projets les enseignants souhaitaient-ils mener ?

Cet inventaire a ensuite été raccroché aux contraintes spatiales : murets, séparations, pentes à prendre en compte… Que souhaitaient modifier les enseignants ? Cette réunion a permis aux designers de repartir avec un cahier des charges étayé. « Suite à cette rencontre, j’ai fait un travail de « projet chamboule-tout » décrit Gaëtan Mazaloubeaud. Je digère les informations et les propositions et sur cette base, je réalise plusieurs photomontages qui permettent de s’extraire du contexte présent pour envisager des choses un peu ambitieuses et ouvrir le champ des possibles. »

 

TÉMOIGNAGE
« Des cours d’école moins chaudes »
« À l’heure de rénover les cours d’école, opter pour de grandes cours carrées n’était ni conforme à nos idées, ni innovant. Nous avons d’abord réfléchi à un nouveau matériau pour éviter les sols noirs, capteurs de chaleur. Cet été nous avons rénové trois cours en optant pour un matériau biologique : la terre de Roussillon, mêlée à des agglomérants de colle d’arbre, un liquide issu de la fabrication du papier. Les couleurs sont claires et ocre, la température au sol devrait être moins élevée par journée ensoleillée. Ce projet coûte deux fois plus cher qu’un bitume classique, car cela demande à Eiffage, notre fournisseur, d’arrêter sa production de bitume pour fabriquer ces sols spécifiques. Nous sommes dans un volet expérimental, nous allons tâcher d’industrialiser la production pour faire baisser les coûts, y compris au niveau du mobilier que nous avons choisi. Car pour l’aspect de la mixité, nous avons remis des bancs qui sont intégrés dans la végétation. Nous avons cassé le grand espace de terrain sportif, laissé uniquement un terrain de basket et arboré la cour pour créer des recoins. Cette année, nous prévoyons de travailler avec des sociologues pour constater les usages faits de nos installations. »

Damien Berthilier, adjoint au maire PS de Villeurbanne, en charge de l’éducation

 

Balades augmentées

Deux à trois semaines après ce premier rendez-vous, un second atelier avait lieu avec les enseignants. Ils ont pu étudier ces « balades augmentées » sur la base de carnets de photomontages. Devant leurs idées concrétisées, les participants peuvent soulever de nouveaux besoins ou des questions relatives à la sécurité.

Outre les photomontages, ils ont pu également s’inspirer de projets existants.

Une fois la phase d’observation et de questionnement passée, l’atelier se conclut par un travail de hiérarchisation des propositions.

 

Les équipes se sont tournées vers des équipements favorisant la motricité et la rencontre

 

Outillés de gommettes, ils doivent qualifier chaque idée selon qu’elle leur semble envisageable (pastille verte), peu réaliste (pastille rouge), ou à clarifier (pastille orange). Pour Gaëtan Mazaloubeaud, « cette phase permet d’identifier les points de convergence très forts. C’est aussi l’occasion d’ouvrir des débats entre les enseignants sur le niveau de vigilance à avoir, le partage des espaces entre maternelle et élémentaire, les usages de chaque objet… »

Au final, les équipes se sont tournées vers des équipements favorisant la motricité et la rencontre, qui ne soient pas dédiés à des usages spécifiques.

 

Le designer et la paysagiste

Enfin, le troisième atelier était dédié à la concrétisation du projet. Le designer et la paysagiste ont présenté un projet en 3D, destiné à passer à la moulinette du budget. La ville, à cette occasion, a présenté son enveloppe et la répartition des dépenses : les travaux préparatoires incompressibles prennent une partie du montant, charge aux participants de s’accorder sur le reste et de hiérarchiser les priorités.

« Il est intéressant, à ce stade, de constituer plusieurs groupes, estime Gaëtan Mazaloubeaud. Cela permet de trouver une synthèse en analysant les points de convergence. » Cette étape, responsabilisante, fait prendre conscience des tenants et des aboutissants du projet, ainsi que ses contraintes.

 

Quelques murets seront découpés pour fabriquer des bancs

 

Au final, le projet d’aménagement retenu sera réalisé dans le courant 2019. Les équipes ont choisi d’ouvrir les espaces, de créer un talus de motricité pour exploiter une surface en pente, de créer des sentiers et d’utiliser les arbres abattus pour créer des structures en bois rond, grâce à un service de la ville chargé de valoriser le bois en interne. Quelques murets seront découpés pour fabriquer des bancs et des motifs abstraits seront dessinés au sol pour susciter des jeux que les enfants inventeront. Enfin, le stade de foot est « externalisé », puisqu’un stade jouxte le groupe scolaire. u

 

À Pontevedra, deux écoles font la récré dans la rue
Sur la côte Ouest de l’Espagne, en Galice, la ville de Pontevedra a éradiqué les voitures de son centre-ville (voir www.lettreducadre.fr/9945). Cet espace gagné sur la rue a permis à deux écoles de s’étendre. L’une, dans une ruelle historique, est une école maternelle. Le colegio San José envoie ses petits, à partir de trois ans, s’égayer sur la place bordée de petits immeubles où circulent les passants. Il arrive qu’un enfant échappe à la vigilance des instituteurs chargés de les surveiller, mais, selon une maman, « ils ne vont jamais très loin : ils sont repérables avec leurs blouses et il arrive qu’un passant les signale ! ». L’autre école, qui accueille des enfants de primaire, a pu annexer une ancienne place qui faisait office de rond-point. Des aires de jeux circonscrites – balançoires, murs d’escalade, terrains de basket – permettent de répartir différents groupes et de les surveiller facilement. Et si des habitants du quartier emmènent jouer leurs enfants, souvent des bébés, à l’heure de la récréation, ils se mêlent sans problème aux plus grands.

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