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L'ŒIL DE L'EXPERT

 

« Les cours d’école assignent aux enfants des places dont ils ne veulent pas toujours »

04/01/2019 | par Marjolaine Koch | Toute l'actualité

edith-maruejouls

Édith Maruejouls, docteure en géographie, a monté un bureau d’études pour conseiller les collectivités souhaitant revoir l’agencement d’espaces publics, afin de mettre en œuvre une politique publique intégrée d’égalité.

Vous avez analysé plusieurs cours d’école et avez pu en tirer un constat général, quel est-il ?

La cour de récréation est un micro-espace public de loisirs. C’est un espace de création sociétale, de liberté dans la relation. Si vous prescrivez de l’usage, vous allez proscrire tous les autres et donc, disqualifier des publics. Quand vous demandez aux enfants de dessiner une cour, ils commencent par le terrain de foot et par les garçons, comme si c’était le seul lieu qui faisait sens dans la récréation.

Les enfants savent qu’il se joue, à cet endroit, quelque chose en termes de popularité et de valeurs. Déjà, ne pas rejoindre ce terrain en tant que garçon, c’est une manière de déchoir. Mais eux n’ont pas cette vision collective de l’exclusion comme l’ont les filles : elles sont reléguées symboliquement par l’espace qui leur est alloué dans la cour. Les garçons expriment le fait d’être coincés : s’ils ne jouent pas au foot, ils n’ont pas non plus le droit de jouer avec les filles sous peine de se faire traiter de fille.

Ces comportements, le droit de faire ou ne pas faire, ce sont des codes imposés par la société et que l’on retrouve dans l’espace occupé par chacun dans la cour.

 

À Mont-de-Marsan, vous avez pu suivre l’évolution de la cour de l’école Peyrouat et donc des rapports des enfants. Comment ont-ils évolué ?

En supprimant des usages précis à certains endroits, en choisissant un agencement qui crée de la mixité, nous avons aussi créé du conflit, mais c’est ça qui est intéressant !

 

Le droit de faire ou ne pas faire, ce sont des codes imposés par la société et que l’on retrouve dans l’espace occupé par chacun dans la cour

 

Quand filles et garçons jouent ensemble, les filles arrêtent de jouer car les garçons trichent, ils débattent. En réalité, l’espace a créé de la relation et permis aux enfants d’entendre la souffrance des autres. Entendre que des enfants, filles comme garçons, se sentent exclus. Cela leur permet de s’interroger sur leur propre positionnement, sur l’utilité ou non d’aller dans un rapport de force. On est au cœur de la relation.

 

Qui vous sollicite généralement ?

Cela peut venir d’un agent territorial, d’élus en charge des questions d’égalité ou bien des élues femmes. Parfois aussi, ce sont des parents d’élèves qui me contactent pour réfléchir à des stratégies de partage de la cour de l’école. Bien sûr, je rencontre systématiquement l’équipe éducative concernée lors de tout projet.

Dans le Lot-et-Garonne par exemple, les écoles élémentaires, les collèges et les lycées vont se positionner sur un projet global d’égalité fille-garçon, avec, entre autres, l’instauration d’un conseil de vie collégien chargé de procéder à un diagnostic d’observation, la rédaction d’une charte de la mixité, un travail sur la question du consentement dans les lycées, la structuration des classes en fonction des options…

Sur un autre projet en Corrèze, c’est une élue qui a établi le diagnostic à l’aide de mes travaux. Elle me demande d’intervenir ensuite pour réfléchir avec les enseignants et la municipalité à l’organisation de la cour de récréation.

 

Et pour la première fois, vous allez pouvoir intervenir en amont avec la construction de collèges…

Oui, la directrice des collègues du conseil départemental de Gironde m’a demandé d’intervenir pour la construction de douze nouveaux collèges. J’ai été chargée de rédiger une note de préprogrammation, c’est-à-dire de faire des préconisations en direction des architectes. Cette note a pu se faire grâce à un premier travail mené dans un collège du département depuis trois ans, avec des observations in situ et des interventions en classe. Pour la première fois, l’aménagement-même des lieux et des bâtiments tiendra compte de ce principe de mixité.

 

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