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COULEUR DU TEMPS

 

Le Manneken, le roitelet et les canaris

30/01/2019 | par Philippe Laporte | Toute l'actualité

525-coq ©sodesignby - adobestock

« Ce n’est pas parce que les pauvres ont peu qu’il ne convient pas de le leur prendre ». Ou comment le roi d'une basse-cour qui se rebelle finit par entendre, sans pour autant vouloir écouter.

Dans un pays hexagonal, régnait un coq-roitelet, coq par l’orgueil et roitelet par le pouvoir. Il avait charmé les animaux myopes de la basse-cour, ayant déjà été désigné par la Haute-cour.

 

Une assurance qui avait séduit les moutons

Son chant était assez faux mais il le disait avec une grande assurance et son plumage neuf et chatoyant avait séduit les moutons, qui forment la majorité. Il avait été envoyé là par un belge Manneken, qui arrosait d’aise une assemblée de vautours, qui se nourrissaient de mets fort riches, depuis qu’ils fabriquaient la monnaie.

Les autres animaux étaient à la diète depuis lors. Ils maigrissaient à vue d’œil et ce roitelet avait été choisi pour leur faire avaler une dernière potion amère, qui devait les endormir sans les tuer.

 

Le roitelet avait été choisi pour leur faire avaler une dernière potion amère, qui devait les endormir sans les tuer

 

« Ce n’est pas parce que les pauvres ont peu qu’il ne convient pas de le leur prendre » clamait le chérubin bruxellois. Il avait une grande expérience en la matière. Dernièrement, il avait extorqué toute la feta de la basse-cour grecque, qui avait surtout servi à engraisser un gros ours germain, déjà fort lourd et vieillissant.

 

Une basse-cour indisciplinée

Notre basse-cour était depuis toujours indisciplinée. Elle rechignait à supporter le licol wallono-flamand qui lui serrait la gorge, mais dont elle percevait peu la longueur de la longe, car celle-ci était d’une matière très subtile et presque invisible. Elle enviait un peu une chèvre grande et bretonne qui avait coupé son lien et qui allait bientôt gambader librement, dans une dangereuse mais souveraine prairie.

De nombreux canaris, naguère tous dispersés aux quatre coins de la cour, s’étaient trouvés rassemblés par une même faim. Ils s’étaient tous mis à glapir au même moment, surtout depuis qu’ils s’étaient rendu compte qu’on avait supprimé l’Impôt Sur le Foin (ISF), foin dont les plus riches des animaux organisaient l’exil, par exemple à la Cour du Luxembourg, pour ne pas tenter les appétits des pauvres. Leurs faibles voix s’additionnant, un grand bruit vint aux oreilles pourtant peu délicates du roitelet, habituellement surtout occupé à discuter très fort avec les autres chefs des autres basses-cours. Il renâclait d’ordinaire à jeter les yeux aux six coins de son royaume décrépi. Il s’y était récemment perdu dans une itinérance, pour y retrouver sa mémoire, et avait entendu quelques paroles blessantes de ses jaunes sujets.

 

Soulager ses tympans

« Que me reprochent ces vils animaux ? Ils devraient pourtant être bien aise d’œuvrer à fournir toujours plus de nourriture à mes amis superbes ». Mais les canaris avaient froid. Non seulement ils trimaient toute la journée à chercher des vermisseaux qu’on envoyait très loin, et dont ils ne verraient rien, mais leur chef emplumé avait récemment décidé de leur ôter le délicat duvet, afin de réaliser un bel oreiller, sur lequel ses camarades, banquiers ou ploutocrates aux derrières si fragiles, poseraient leur séant.

 

Il s’assura cependant de tenir la baguette pour organiser ces grands petits débats. Ainsi les voix originales des oiseaux clairvoyants ne porteraient pas

 

Afin de faire taire ces voix, et de soulager ses tympans, il décida alors de réunir ces jaunes serins, et de les faire discuter, passe-temps très couru dans cette ferme. Il s’assura cependant de tenir la baguette pour organiser ces grands petits débats. Ainsi les voix originales des oiseaux clairvoyants ne porteraient pas. Le roitelet continuerait alors son chant serpentin, visant à sacrifier le plus menu fretin.

Il est à craindre qu’il n’y ait guère de morale à cette histoire, dont la fin reste à écrire.

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