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DÉSENCHANTEMENT

 

Grand débat national : on en attendait davantage

30/01/2019 | par Nicolas Braemer | Toute l'actualité

525-edito-AdobeStock_167229959 © iulianvalentin - adobestoco

Le questionnaire publié sur internet pour étayer le Grand débat national a de quoi faire peur. À force de ne pas voir la réalité en face, on finira par porter une responsabilité certaine dans la crise qui vient.

On a donc vu circuler ça sur les réseaux sociaux. L’étrange manière qu’a le gouvernement de proposer aux Français de trancher des questions cruciales pour le modèle de société que nous souhaitons dans le questionnaire du Grand débat national.

Celui-ci, publié sur le site internet du Grand débat, pose donc trois questions successives dans sa rubrique « fiscalité et dépenses publiques » : « afin de réduire le déficit public de la France qui dépense plus qu’elle ne gagne, pensez-vous qu’il faut avant tout… » réduire la dépense publique, augmenter les impôts ou les deux ?

 

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Ça veut dire quoi « augmenter les impôts ? »

Puis « afin de baisser les impôts et réduire la dette », on nous demande quelles dépenses publiques « il faut réduire en priorité » : les dépenses de l’État, celles des collectivités territoriales et les dépenses sociales.

Enfin, on nous demande dans quelles dépenses on souhaite couper : l’éducation et la recherche, la défense, la sécurité, les transports, l’environnement, la politique du logement. Et on a le droit de proposer d’autres choses.

 

On impose l’idée que toute dépense publique est un « coût » qu’il convient de réduire, et non un outil qui permet à la République de tenir ses grandes promesses

 

Cette manière singulière de voir les choses est quand même hallucinante. D’abord parce qu’à aucun moment, on ne précise ce que veut dire « augmenter les impôts ». Les impôts de qui ? Des plus riches (coucou l’ISF !), des classes moyennes, des sociétés (coucou le CICE !) ? Augmenter quels impôts ? Ceux sur les revenus ? Comment ? En rajoutant des tranches ?

Et la TVA, on en parle ? Et les niches fiscales ? Et la fiscalité écologique ? Ensuite parce qu’on impose l’idée que toute dépense publique est un « coût » qu’il convient de réduire, et au grand jamais un outil qui permet à la République de tenir ses grandes promesses de liberté d’égalité et de fraternité.

 

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Des réponses toutes faites

En clair, on prétend poser un vrai débat de société, proposer aux Français de choisir l’avenir qui sera le leur et celui de leurs enfants et on les enferme dans des réponses toutes faites qui ne font même pas semblant de prendre en compte les demandes portées par la mobilisation sociale qui a contraint à ce Grand débat. Les poncifs libéraux comme seule réponse à la demande d’égalité. On n’est pas sortis de l’auberge.

 

Ces réponses toutes faites ne font même pas semblant de prendre en compte les demandes portées par la mobilisation sociale

 

À l’heure où Oxfam montre que l’enrichissement sans fins et sans efforts de quelques-uns au détriment de la majorité s’accélère, à l’heure où il est de plus en plus flagrant qu’il faudra bien plus que des mesurettes de fiscalité écologique pour répondre à l’immense défi environnemental, à l’heure où la réponse autoritaire et xénophobe passe pour une solution auprès d’une partie toujours croissante du peuple européen…

À cette heure-là, oui, on en attendait beaucoup plus.

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