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REPOSITIONNEMENT

 

Cédric Renaud : « Les cadres territoriaux de la sécurité participent de la cohésion sociale »

01/02/2019 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

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Statut des policiers municipaux, Gilets jaunes, rapport Thourot-Fauvergue, police de sécurité du quotidien… les collectivités sont sur tous les fronts sur les dossiers de sécurité. Entretien avec Cédric Renaud, président de l’Association nationale des cadres territoriaux de la sécurité.

La sécurité est une fonction régalienne mais l’actualité implique aussi les élus locaux. Gilets jaunes, terrorisme, dérèglement climatique, rapport Thourot-Fauvergue … Comment les collectivités territoriales s’impliquent-elles dans le débat ?

Nous allons fêter prochainement les 20 ans de la loi du 15 avril 1999 sur les polices municipales. Une évidence saute aux yeux : nous sommes de plus en plus en première ligne face à des administrés toujours plus exigeants et dont certains, minoritaires heureusement, recourent à des moyens radicaux. Les formes d’insécurité se multiplient, le réchauffement climatique, par exemple, entraîne des événements météorologiques de plus en plus violents et impose une révision des modes d’intervention de la sécurité civile. Autant de nouveaux défis que nous devons relever. Nous devons donc réinterroger les moyens humains et financiers à mettre en œuvre pour faire face à ces nouvelles menaces et trouver le juste positionnement.

 

Lire aussi : Du bloc régalien au bloc communal : la grande transition de la sécurité publique

 

Le rapport Thourot-Fauvergue pointe un certain nombre d’évolutions nécessaires, notamment sur le plan statutaire. Les 78 mesures avancées ont-elles fait l’objet d’une consultation ?

Ce rapport (1) a été remis au Premier ministre le 11 septembre 2018, dans un moment qui a précédé la démission de Gérard Collomb et la nomination de Christophe Castaner. Depuis, notre pays est confronté à la crise que vous connaissez et on peut comprendre que le ministre ait eu d’autres préoccupations que celle de s’approprier ce rapport. Pour autant, dans l’objectif d’une meilleure coordination entre les acteurs de la sécurité dans ce pays, la réflexion sur la place des agents territoriaux dans cette organisation est nécessaire et devient urgente. Les aspects statutaires doivent être tranchés, notamment les évolutions de carrière des policiers municipaux qui ne se caractérisent pas, c’est le moins que l’on puisse dire, par la clarté.

 

Les aspects statutaires doivent être tranchés, notamment les évolutions de carrière des policiers municipaux qui ne se caractérisent pas par la clarté

 

Un autre point suscite notre inquiétude : la recentralisation de la prévention de la délinquance vers l’État préconisée par ce rapport. Il y a là un risque de détricoter ce qui a été fait depuis 20 ans, avec plus ou moins de succès mais surtout avec la certitude que seul le maire peut être le pivot du dispositif, tout simplement parce que l’État n’a pas la culture du partenariat. Le rapport propose de supprimer tous les groupements locaux de prévention de la délinquance existants. Or, dans certaines de ces instances, de vrais échanges ont lieu et je ne pense pas qu’un commissaire de police, fonctionnaire d’État, ait la même appétence qu’un maire, ni même le temps pour jouer ce rôle. Sur le statut des policiers municipaux, le développement des catégories A est préconisé pour rendre les fonctions encadrantes plus attractives. Ce rapport est en tuyaux d’orgues, nous aimerions bien avoir notre mot à dire…

 

Grand débat, l’ANCTS s’implique
À l’occasion du Grand débat national lancé par le président de la République, pour répondre aux attentes des Gilets jaunes, certaines questions relèveront de la manière dont la sécurité au sens large s’organise à l’échelle locale. L’ANCTS entend bien participer à sa manière à la réflexion.
« Notre association a appelé l’ensemble de ses adhérents et sympathisants à s’y impliquer, directement ou à distance, afin de faire des sujets de sécurité publique, de sécurité civile et de prévention de la délinquance et de la radicalisation, des sujets de cette grande consultation.
En effet, ces questions traversent deux grandes catégories du Grand débat, à savoir celle sur les services publics et celle sur les institutions. La place des collectivités territoriales dans ces domaines mais également les moyens, statutaires et financiers qui leur sont alloués, influent directement sur la qualité du service public rendu aux usagers. Les cadres territoriaux de la sécurité ne peuvent donc rester étrangers à ces discussions et appellent à une ouverture rapide d’un dialogue qui devra être régulier et en profondeur, et non soumis aux aléas politiques comme il l’est actuellement. Le rétablissement de la confiance passera par là », précise Cédric Renaud.
Une des revendications des gilets jaunes concerne en effet la remise en cause de la limitation des 80 km/h. Un sujet qui tourne en boucle et qui fait… débat. En effet, le nombre de morts sur les routes françaises a connu une baisse « historique » en 2018. 3 259 personnes ont trouvé la mort sur les routes en France métropolitaine l’année dernière, soit 189 de moins qu’en 2017. Le débat est lancé.

 

Lancée en février 2018, la police de sécurité du quotidien (PSQ) vise à rapprocher les forces de l’ordre de la population. Où en sommes-nous de sa mise en œuvre ?

Concernant l’État, nous disposons de peu de retours. Il n’y a plus de réunions à ce sujet ni de communication. Le mouvement des Gilets jaunes occupe tout l’espace médiatique pour l’heure et empêche ce dispositif à se mettre en place. Mais le contenu de la PSQ rejoint globalement celui que défend au quotidien la police municipale. Beaucoup de maires élus en 2014 ont abandonné l’idée d’une « police bis », qui se substituerait aux défaillances de la police nationale.

 

Nous sommes une des portes d’entrée de la cohésion sociale

 

La police municipale a sa spécificité territoriale, elle connaît les habitants. La nature territoriale de la police municipale est également importante car elle fait régulièrement le lien avec les autres agents territoriaux en charge de l’éducation, de la propreté ou des associations. Nous sommes une des portes d’entrée de la cohésion sociale, tout comme les pompiers, les éducateurs, etc.

 

Cédric Renaud
Directeur de la police et de la sécurité civile municipale, Cédric Renaud est président de l’Association nationale des cadres territoriaux de la sécurité (ANCTS) qui organisait son deuxième congrès national à Romans-sur-Isère, dans la Drôme, le 7 février. Cette association transversale réunit les agents territoriaux qui exercent des missions d’encadrement ou d’expertise dans le secteur de la sécurité au sens large : police municipale, prévention de la délinquance, des risques majeurs, de l’habitat indigne, des effets du dérèglement climatique.

 

Voir aussi nos Fiches pratiques de la police territoriale sur www.territorial.fr/presse en ligne/fiches pratiques police

Note

(01)Rapport de 78 mesures sur le continuum de sécurité remis le 11 septembre au Premier ministre par les deux députés LREM, Jean-Michel Fauvergue, ex-patron du Raid, et l’avocate Alice Thourot. Un rapport resté pour l’heure sans prolongement, essentiellement pour des raisons de calendrier : démission de Gérard Collomb, crise des Gilets jaunes, attentat de Strasbourg, etc. - Retourner au texte

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