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SECONDE CHANCE

 

Urgence climatique : prendre en compte la « vraie » réalité économique

01/04/2019 | par Philippe Nikonoff | Actualités

527-dossier3_AdobeStock_56875173 ©Štěpán Kápl - adobestock

Savoir ce que nous n’avons pas fait, c’est aussi être conscient de ce que nous pourrions faire désormais. Parler des « externalités négatives », c’est mettre en œuvre une autre logique de développement pour demain. Plus respectueuse de l’environnement.

Si le prix de vente est un prix incomplet, une sacrée question se pose : qu’en est-il réellement des accords internationaux qui évoquent à longueur de paragraphes la question de la concurrence libre et non faussée ?

Dit autrement, si le prix de vente n’est que la partie visible de l’iceberg, ne serait-il pas temps de regarder puis de calculer ce qui est « sous l’eau » avant que nous y soyons tous ?

 

Les sirènes du développement économique

Dit autrement encore, à partir du moment où nous avons compris qu’il existe des « externalités négatives », c’est-à-dire des coûts que les entreprises ne supportent pas directement mais qu’elles font subir à l’ensemble des humains, ne faut-il pas reprendre l’ensemble des modèles économiques et des traités internationaux ?

Cela vaut pour les États et l’Union européenne mais on peut aussi imaginer que si vingt ans d’expérience avaient été accumulés localement, les collectivités territoriales seraient aujourd’hui bien mieux armées pour aborder les questions, mesurer réellement les coûts/avantages de tel ou tel projet, la contribution réelle des entreprises et des opérateurs immobiliers, l’impact positif d’une piste cyclable, d’un habitat à prix modéré proche des lieux de travail, d’un transport en commun en site propre, etc.

 

Les travaux de modélisation des coûts environnementaux qui étaient nombreux dès les années 90 ont été étouffés par les sirènes de la promotion

 

Il faut admettre que nous sommes à ce jour loin du compte. Les travaux de modélisation des coûts environnementaux qui étaient nombreux dès la fin des années 1990 et avaient un début de diffusion dans le monde local semblent avoir été étouffés par les sirènes de la promotion, par l’illusion que la création permanente de nouveaux parcs d’activité était la solution, par les divers lobbys européens…

 

TÉMOIGNAGE
Un autre développement des territoires
« Le développement économique n’est pas le seul souci en matière d’organisation environnementale des territoires. Avec la métropolisation, on a encore davantage concentré les activités économiques sur les grosses villes. Comme les gens sont obligés de se déplacer de plus en plus loin pour aller là où se concentre l’emploi, on produit ainsi de plus en plus de déplacements pendulaires, avec des conséquences importantes sur l’environnement. La maille économique des territoires est de moins en moins adaptée aux enjeux environnementaux. C’est sans doute aux pouvoirs publics de définir un développement économique avec une « maille fine » de 30 à 40 km pour réduire ces déplacements pendulaires, coûteux pour l’environnement et pour les individus et qui contribue à la désertification des campagnes.
Pour concilier cette « petite » activité économique avec l’habitat : l’alternative de la revitalisation des centres-villes des petites villes est évidemment impérative. »
Cédric Gatel, responsable pôle aménagement et territoires Sembreizh

 

Imaginer de nouvelles politiques publiques locales

Imaginons en effet que nous ayons capitalisé collectivement deux décennies de calculs, d’expertises, d’expériences, de recherches sur des centaines de collectivités en France et des milliers en Europe. Imaginons que ces travaux locaux aient bénéficié des recherches et de l’implication du Parlement européen pour mesurer les coûts environnementaux et chercher à établir une fiscalité environnementale juste parce que prenant en compte la partie cachée de l’iceberg, celle que nous payons tous en lieu et place des entreprises à l’origine de la nuisance.

Bref, avec un peu d’imagination, on peut se dire qu’aujourd’hui nous saurions mesurer (en positif ou négatif) l’impact d’une piste cyclable, d’une valorisation du circuit court dans la restauration scolaire, d’un projet de nouvelle zone d’activité ou de centre commercial, d’une stratégie de « métropolisation » attirant des populations jusque-là obligées d’étendre leur zone de recherche d’emploi, etc.

 

Nous pourrions dire que telle action locale concrète génère une économie collective qui justifie l’investissement prévu

 

Nous serions alors en mesure de dire que telle action locale concrète génère une économie collective (sur la santé, les congestions urbaines, l’accidentologie, les retards au travail, la dégradation de l’habitat, l’usage d’antidépresseurs ou d’anxiolytiques, etc.) et que cette économie collective justifie l’investissement prévu, que cet investissement doit donc bénéficier d’une subvention environnementale nationale ou européenne, à hauteur de ce qu’elle contribue à faire économiser à tous.

Il en est de même pour les projets d’extension ou de création de parcs d’activité. Alors ? Alors, jetons-nous à l’eau. Le retard est peut-être rattrapable.

 

TÉMOIGNAGE
« Vers une évaluation plus scientifique »
« En tant que Sem, LPA innove parce que ses actionnaires – la ville et la métropole de Lyon – ont conscience que la mobilité doit avoir une empreinte carbone améliorée. Leur constat est objectivé par des évaluations, mais sans lien direct avec des objectifs qui nous sont demandés. Nous nous en fixons cependant. Nous allons ainsi vers une approche plus scientifique de l’évaluation des consommations de nos parcs, poste par poste (ascenseurs, éclairage…). Mais lorsqu’on regarde des indicateurs, il faut être vigilant : un parc peut voir sa consommation électrique augmenter parce qu’on y a créé un espace de recharge de batteries de vélos… Lorsque nous créons un espace de logistique urbaine (ELU), une évaluation socio-économique, renouvelée chaque année, permet aussi d’observer l’ensemble des kilomètres – et des émissions de CO2 – évités par les transporteurs. »
Philippe Bossin, directeur R & D Lyon Parc Auto (LPA)

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