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L'OEIL DE L'EXPERT

 

« L’impact de la déconnexion des citoyens avec la nature est énorme »

02/04/2019 | par Véronique Vigne-Lepage | Actualités

527-oeil-expert ©V Vigne Lepage

Ancien élu local de la région parisienne, Frédi Meignan est, depuis 13 ans, gardien de refuges en Isère. Un choix radical et une passion qui l’ont conduit à être élu président de l’association Mountain Wilderness, qui appelle à « une remise en cause des pratiques déraisonnables » dans ce milieu fragile qu’est la montagne.

Comment votre association aborde-t-elle la question des coûts environnementaux des politiques publiques ?

Celui que je mets en avant, en tout premier, est méconnu et pourtant central : c’est la conséquence de la déconnexion des citoyens avec la nature. Avec les millions de citadins que comptent la France et d’autres pays, pour la première fois de l’Histoire, l’Homme n’a qu’un lien indirect avec celle-ci. Or vivre en permanence dans un milieu artificialisé influe sur nos choix de vie, de consommation, de voyages… L’impact est indirect, mais énorme. La montagne, avec ses caractéristiques naturelles à la fois exceptionnelles et fragiles, est le milieu parfait pour, au contraire, prendre conscience qu’on est dans un équilibre, qu’on n’est pas seuls sur terre. C’est l’idée que nous défendons, contre l’aménagement continu de la montagne qui, en outre, a des impacts très directs la nature.

 

Lire notre dossier : Dév’ éco, dév’ durable ? Mesurer localement l’impact environnemental des politiques publiques

 

Ces impacts directs sont-ils suffisamment évalués par les aménageurs ?

Des études sont bien sûr conduites, notamment pour évaluer les consommations d’eau des domaines skiables, mais elles sont faites avec un peu de légèreté : on ne compte par exemple pas la consommation d’énergie électrique ! Quant à ceux qui disent que l’eau utilisée pour les canons à neige retourne au milieu naturel, ils oublient que créer des bassins de rétention casse le cycle de la vie dans un milieu fragile. Sans compter les conséquences, toujours sur la vie, des terrassements lourds. À l’Alpe d’Huez, lorsque j’y étais gardien d’un refuge, on a dynamité un canyon rocheux en expliquant que pour gagner des parts de marché, il fallait faire sauter non seulement ce qui était dangereux, mais aussi ce qui était anxiogène ! Comme il n’y a pas de construction en cause, dans ce cas-là, cela passe au travers des mailles des filets réglementaires, comme l’obligation d’étude d’impact. Mais qui va reconstruire la montagne ? Pour qui on se prend !

 

Vivre en permanence dans un milieu artificialisé influe sur nos choix de vie, de consommation, de voyages…

 

L’argument en faveur du développement des stations est généralement l’apport pour l’économie et l’emploi. Est-ce pour vous un critère de développement durable ?

De 1950 à 2000, les stations ont incontestablement apporté un plus, en termes de vie économique et en amenant des gens à découvrir ce milieu. Mais Courchevel, par exemple, était à l’origine conçue pour faire venir les gens des banlieues, le « plan neige » avait un caractère social et sociétal. Depuis, cet objectif s’est totalement dégradé et la fréquentation, après s’être fortement développée, stagne, voire régresse. En cause : le réchauffement climatique qui limite la neige en moyenne montagne, mais aussi une usure du modèle ski. On a tellement artificialisé les pistes pour en faire des « boulevards », que les jeunes des vallées alpines, notamment, n’y trouvent plus le plaisir de se confronter à la montagne et préfèrent aller se balader ailleurs.

 

Les politiques devraient pourtant voir que ce tourisme diffus, plus proche de la nature, se développe

 

Aujourd’hui, sur les 11 Md d’euros/an produits par le tourisme en montagne (1)), 4,8 M d’euros sont générés dans le périmètre des stations et 6,2 M en dehors. Mais cela se voit moins… Les politiques devraient pourtant voir que ce tourisme diffus, plus proche de la nature, se développe. Mais ils continuent d’investir dans le dur, dans une surenchère des stations pour leur survie. À Chamrousse, par exemple, située entre 1400 et 2000 mètres, le remplacement d’un téléski par un télésiège a coûté 10 M d’euros pour une utilisation trois mois par an. Avec cette somme, on aurait pu construire cinq gîtes ou refuges pour accueillir des classes toute l’année et faire découvrir la montagne à des enfants. On peut tout à fait faire autrement.

 

Frédi Meignan, président de Mountain Wilderness

 

 

 

Note

(01)Données Atout France (Agence nationale de développement touristique. - Retourner au texte

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