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DU LIEN

 

Finissons-en avec les SDF : Rennes, un médiateur en plus

17/04/2019 | par Marjolaine Koch | Toute l'actualité

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Dans la capitale de la région Bretagne, la municipalité a choisi de créer un poste de médiateur pour renforcer le lien avec les sans-abri, et les inciter davantage à se tourner vers les dispositifs d’aide existants.

C’est un lieu de ralliement depuis sa création au 18e siècle : le « Fourneau » vient d’être entièrement rénové, au centre de Rennes. Cette institution locale est, depuis 60 ans, entre les mains de la municipalité. Chaque jour, on y sert 140 repas sur place et 300 paniers repas à emporter. Ouvert dès 8 h 30 et jusqu’à 13 h, le Fourneau sert petits-déjeuners, déjeuners et repas à emporter, au moyen d’une équipe composée de trois agentes techniques de restauration, de deux animateurs éducateurs, d’une infirmière, d’un responsable d’établissement et, dernier arrivé, d’un chargé de médiation et d’accès aux droits sur l’espace public.

 

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Les familles sont les plus difficiles à approcher

Ce poste de médiateur a été créé en juin 2018. Nouveauté dans le dispositif mis en place par la mairie, il consiste à tisser du lien avec des personnes sans-abri ne se déplaçant pas jusqu’au restaurant social, pour les encourager à reprendre des démarches et les orienter vers les bons interlocuteurs. C’est Cyrille Freulon qui incarne ce rôle rare, voire unique en France. Depuis sa prise de fonction, il a rencontré environ 140 SDF.

« Après avoir fait le point avec mes collègues au Fourneau, je me mets à sillonner la ville à partir de 8 h 30 », explique le médiateur. En complément des maraudes associatives qui ont généralement lieu en soirée, « j’interviens le matin, quand les personnes sont en phase de réveil et ont encore les idées assez claires pour discuter. Beaucoup ont des problèmes d’addiction, souvent à l’alcool : ils sont plus réceptifs au lever, c’est là où l’on peut leur donner envie de prendre les choses en main ».

 

À force de discussion, le lien se crée et certains acceptent de procéder à des démarches salvatrices

 

À force de discussion, le lien se crée et certains acceptent de procéder à des démarches salvatrices pour eux. « J’obtiens un résultat positif quand des personnes acceptent de partir en cure de désintoxication, prennent contact avec des assistants sociaux ou rentrent dans des hébergements sociaux. » Si la majorité des sans-abri sont des hommes, Cyrille Freulon croise aussi des familles. « Avec les migrants qui craignent d’être « rattrapés par la patrouille », les familles sont les plus difficiles à approcher. Souvent, elles craignent de perdre la garde de leurs enfants si elles se lancent dans des démarches de réinsertion. »

 

« Housing first », les éléments clés
Cette méthode, déployée sous l’administration Reagan aux États-Unis, consiste à :
• Recenser et identifier les citoyens dont la rue est devenue un habitat par défaut
• Laisser aux bénéficiaires, dans la mesure du possible, le choix du logement : ils doivent être traités comme des clients et non des assistés
• Mettre à disposition un logement, qui doit s’accompagner de la mise en place d’une offre de services à caractère social, médical ou psychologique
• Au cours des premiers mois, mettre à disposition un logement de façon inconditionnelle : la consommation d’alcool ou de stupéfiants, par exemple, ne peut engendrer une exclusion.
• À terme, une participation financière est attendue des résidents, sans qu’elle ne puisse excéder 30 % de leurs revenus et peut être acquittée à un rythme plus flexible que pour un loyer mensuel.

 

Le parcours dans la ville est un début d’autonomie

Ses maraudes, le médiateur les organise en fonction des informations transmises par la référente Errance de la ville de Rennes, Sandrine Landais. Chargée de filtrer et de prioriser les interventions, elle lui transmet une liste élaborée à partir des signalements qui sont remontés jusqu’à elle. Les critères de priorisation dépendent de la vulnérabilité des personnes signalées et des nuisances relevées (chiens, aboiements, déchets).

« Si je suis interpellé directement, précise le médiateur, j’en fais part au service et je le laisse décider. » En moyenne, Cyrille Freulon passe 70 % de son temps de travail dans l’espace public pour rencontrer des sans-abri, et le reste au restaurant social pour renforcer l’équipe.

 

« Nous avons fait le choix historiquement à Rennes de ne pas concentrer toutes les démarches sur un même lieu »

 

Au Fourneau, en plus de se sustenter, les sans-abri peuvent se renseigner sur les démarches nécessaires pour obtenir des rendez-vous médicaux, sociaux ou d’insertion. « Le lieu est destiné à accueillir, orienter, prendre et faire du contact avec les sans-abri », explique Frédéric Bourcier, adjoint chargé de la solidarité et de la cohésion sociale.

« Il est au cœur de notre réseau, mais il est bien un point d’entrée. Nous avons fait le choix historiquement à Rennes de ne pas concentrer toutes les démarches sur un même lieu. Nous considérons que le parcours dans la ville est un début d’autonomie, le démarrage de la construction du parcours. » Manquait un médiateur pour faire le lien entre la rue et ces institutions. Le contrat de Cyrille Freulon était prévu pour durer un an, le temps de valider l’utilité de ce nouveau poste. En juin 2019, il devrait être reconduit pour trois ans, selon des modalités qui restent à définir.

 

Nuit de la solidarité, de plus en plus de villes s’y mettent
Rennes a rejoint le cortège des villes qui organisent une nuit de la solidarité, pour partir à la rencontre des sans-abri. Dans la nuit du 27 au 28 février dernier, 400 bénévoles ont sillonné les rues pour les répertorier et discuter avec eux, questionnaire en main.
L’objectif : mieux les identifier et cerner des problématiques qui n’auraient pas émergé par les canaux traditionnels. Paris, Grenoble ou encore Metz ont aussi eu leur nuit de la solidarité cette année. Première à l’avoir organisée en 2018, la ville de Paris a ainsi pu établir que parmi les 3 035 personnes dormant dehors, 12 % étaient des femmes. Le questionnaire a permis de comprendre que ces dernières n’osaient pas se rendre en centre d’hébergement par peur d’être agressées par des hommes, même si les chambres sont non mixtes. Depuis ce recensement, trois centres spécifiquement dédiés aux femmes ont été créés dans la capitale, et des créneaux horaires leur sont réservés pour l’accès aux bains douches.

 

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