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L'OEIL DE L'EXPERT

 

« La vacance des logements coûte cher, il faut la mobiliser »

19/04/2019 | par Marjolaine Koch | Actualités

Hands Holding Home ©aytuncoylum - adobestock

Il y a un an, Geneviève Iacono proposait de mobiliser temporairement les bâtiments vacants pour y loger des personnes sans abri. L’idée est entrée dans la loi, mais peine encore à se mettre en place.

Il y a un an, vous faisiez paraître dans le journal La Croix, avec d’autres chercheurs et des ONG, un texte sur les territoires Zéro SDF. Quelle idée souhaitiez-vous défendre ?

À ce moment, nous étions confrontés à un problème très concret : des migrants vivaient dans l’un des amphithéâtres où je suis maître de conférences. Avec le collectif qui s’est constitué, nous cherchions des solutions d’hébergement pour 60 jeunes hommes. Nous avons eu l’idée de faire l’inventaire de la vacance, notamment des logements publics vacants à Lyon. Puisque ces bâtiments sont vacants et sans projet imminent, ils peuvent, pour certains, héberger de manière temporaire ces migrants.

 

La vacance coûte cher, il faut souvent faire du gardiennage, sécuriser les lieux. Les nuitées d’hôtel pour les sans-abri sont coûteuses, elles aussi

 

Nous avons entrepris une balade photographique systématique pour repérer les bâtiments vides. Ensuite, nous avons imaginé un modèle plus juridiquement structuré qui consistait à formaliser des partenariats avec des associations, pour faire le lien entre propriétaire public et personnes hébergées, au moyen de conventions d’hébergement temporaire.

La vacance coûte cher, il faut souvent faire du gardiennage, sécuriser les lieux. Les nuitées d’hôtel pour les sans-abri sont coûteuses, elles aussi. L’idée était de réinjecter l’argent dédié à des coûts inutiles, pour réaménager ces bâtiments a minima afin qu’ils puissent recevoir du public. C’est un choc de l’offre qui reposerait sur un espace entre le moment où le bâtiment n’a plus de fonction et celui où il va être réhabilité. Ce délai peut être assez long, suffisamment en tout cas pour développer des projets intermédiaires.

 

C’est suite à cette expérience que vous avez proposé un amendement dans le cadre de la loi Elan ?

Oui, il est devenu l’article 29 et propose qu’à titre expérimental, mais de manière assez volontariste, les communes aient cette possibilité de mettre en œuvre la mobilisation de la vacance. Le texte n’est pas extrêmement directif, mais il permet de le faire de manière plus systématique qu’aujourd’hui. Nous attendons la parution du décret d’application.

 

Quelle issue a connu votre démarche à Lyon ?

Une suite pas vraiment empathique, puisque l’on s’est contenté de nous répondre que les bâtiments n’étaient pas adaptés en l’état et potentiellement insalubres. Mais il y a par exemple des logements d’instituteurs vides partout dans la ville : il serait possible d’installer ces personnes sans-abri dans ces appartements pour faire de l’habitat diffus et créer de la mixité sociale. On m’a juste répondu que ce n’était pas réaliste. Tous ces jeunes migrants ont donc atterri dans un énorme squat.

 

Comment percevez-vous le plan quinquennal du gouvernement de lutte contre le sans-abrisme ?

Sur le principe, le « logement d’abord » est une excellente idée. Actuellement, le problème c’est qu’il n’y a pas assez de logements. Remobiliser la vacance, créer un vrai choc d’investissement serait une vraie manière de signer la volonté politique de créer des logements nouveaux.

Je crois qu’il est préférable de mettre les personnes en posture d’autonomisation avec un accompagnement social. En les mettant dans une situation où ils sont complètement assistés, il me semble qu’on les place dans une position encore plus vulnérable. Pourtant, ces migrants ont traversé la mer, ils sont au contraire très autonomes. Cela crée un très grand décalage.

Il est nécessaire d’adapter les propositions aux différents types de publics concernés.

 

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