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ENTRETIEN

 

Johanna Rolland : « L’avenir passe par la social-écologie »

01/07/2019 | par Stéphane Menu | Actualités

530-johanna-rolland ©Martial Ruaud

La maire de Nantes fait sans doute partie des premiers magistrats français qui ont le plus marqué la mandature municipale 2014-2020. Appréciée ou critiquée, elle ne laisse pas indifférent. Elle croit à l’équilibre métropole-périphérie, veut complètement repenser les mobilités et réclame une nouvelle fois la confiance des Nantais en 2020 pour poursuivre le chantier.

Quel bilan rapide tirez-vous de votre premier mandat à la tête de la ville de Nantes et de la métropole ? Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez été confrontée ?

En 2014, j’ai passé un contrat avec les Nantais. À l’issue de ce mandat, plus de 90 % des engagements seront tenus. C’est fondamental, car la confiance dans l’action publique, passe d’abord par le respect de la parole donnée. Nantes est une ville dynamique, notamment en matière d’emploi. Nous avons développé de nombreux services aux habitants, grâce au service public et à ses agents compétents et engagés. Mais oui, notre société et Nantes évidemment sont confrontées à des enjeux inédits qui imposent de changer de paradigme et de modèles de développement. Ce que j’ai engagé à Nantes, forte d’une conviction : l’avenir passe par la social-écologie.

 

L’enjeu, c’est de coopérer entre urbain, périurbain et rural au bénéfice de tous, c’est ce que j’appelle l’alliance des territoires

 

Quel regard portez-vous sur l’action du gouvernement vis-à-vis des territoires ? Donne-t-il la priorité aux métropoles, comme on le lui reproche ?

Il se dit beaucoup de choses sur ce sujet, trop souvent pour cultiver une opposition stérile entre territoires. Il faut la dépasser. Il y a de la précarité dans les villes comme il y a des territoires ruraux très dynamiques. L’enjeu, c’est de coopérer entre urbain, périurbain et rural au bénéfice de tous. C’est ce que j’appelle l’alliance des territoires que j’invente au quotidien, à Nantes. C’est dans cet esprit que nous travaillons, avec cinq intercommunalités, au sein du pôle métropolitain Nantes – Saint-Nazaire. Autre exemple, je viens de signer un contrat de réciprocité avec le PETR du Pays de Retz, sur deux axes concrets : la mobilité (expérimentation de voies de circulation dédiées au covoiturage et aux véhicules non polluants) et l’alimentation (circuits courts et nouvelles filières entre zone de production et bassin de consommation).

 

La sécurité, c’est d’abord une mission de l’État, qui doit davantage s’engager contre la grande délinquance, les trafics de stupéfiants et d’armes

 

Vos opposants vous reprochent une certaine mansuétude dans l’approche de l’insécurité qui touche votre ville ? Ce thème est-il prégnant à Nantes et son agglo ?

C’est une question qui se pose dans toutes les grandes villes. Je mesure l’attente de nos concitoyens sur ces sujets. Et je le redis avec force, la sécurité est un droit pour chacun et chacune. La sécurité, c’est d’abord une mission de l’État, qui doit davantage s’engager, notamment contre la grande délinquance, les trafics de stupéfiants et d’armes. Il faut qu’il déploie plus de moyens, notamment humains, sur les territoires.

 

Il faut inventer de nouveaux usages de la voiture, qui est nécessaire dans un certain nombre de situations

 

C’est une demande que je formule en permanence, avec tous mes collègues, maires de grandes villes. Naturellement, sur ces sujets, les villes ont leur rôle à jouer. À Nantes, j’ai pris des initiatives fortes : le déploiement de la vidéoprotection, l’ouverture d’une Maison de la tranquillité publique, l’augmentation de 20 % des effectifs de la police municipale pour plus d’îlotage dans tous les quartiers.

 

Lire aussi : Les cadres territoriaux de la sécurité participent de la cohésion sociale

 

Vous êtes très innovante en matière de mobilités. Comment faire pour sortir toujours plus les villes de la pollution et de la voiture et ce, sans braquer ceux qui sont, malgré eux, dépendants de leur voiture ?

À Nantes, nous avons une longueur d’avance en matière de mobilités et bien l’intention de la garder en innovant toujours. Bien sûr, on doit être très offensifs sur les transports en commun et les modes doux : c’est à la fois un impératif écologique et une nécessité pour le pouvoir d’achat, à l’heure de l’augmentation des prix du carburant. Pour cela, nous lançons le premier e-busway électrique de 24 mètres de long (première mondiale en septembre), nous avons créé 700 km de pistes cyclables sur le mandat et lancé de nouvelles navettes fluviales sur la Loire.

 

On ne peut plus construire la ville d’aujourd’hui et de demain comme on le faisait hier

 

Il faut également inventer de nouveaux usages de la voiture, ce qui est nécessaire dans un certain nombre de situations. Nous avons ainsi créé plus de 3 000 places de parking-relais supplémentaires et nous développons le covoiturage. En 2021, nous aurons des infrastructures dédiées et dès la fin 2019, un dispositif intégré à notre réseau de transport (offres tarifaires, rémunération des conducteurs).

 

Lire aussi : Aménagement, urbanisme et mobilités : les territoires périurbains, laboratoires de nouvelles approches

 

Qu’avez-vous retenu de la crise des Gilets jaunes ? Croyez-vous aux vertus d’une démocratie participative permanente qui viendrait remettre en cause la logique de la démocratie représentative ?

On ne peut plus construire la ville d’aujourd’hui et de demain comme on le faisait hier. C’est pour cela que j’ai fait du dialogue citoyen une pierre angulaire de mon action. Avec toujours une règle du jeu très claire : dire ce qui est au débat, ce qui n’y est pas, être absolument transparent sur le déroulement. À Nantes, ce sont 200 démarches engagées, du projet d’aménagement d’une place, à la feuille de route partagée pour la transition énergétique, fruit de l’engagement de 53 000 personnes lors d’un grand débat. À la clé : être intelligent dans nos politiques publiques, plus juste, plus sobre, plus adapté et plus efficace.

 

L’enjeu majeur pour demain, c’est celui de la conciliation entre transition écologique et justice sociale

 

Sur quels projets souhaitez-vous vous engager ? Vous êtes jeune, avez-vous des ambitions nationales ?

L’enjeu majeur pour demain, c’est celui de la conciliation entre transition écologique et justice sociale. C’est le projet que je mets en œuvre, chaque jour, à Nantes, avec mes équipes. Et à partir de mon expérience, parce que je crois que les villes, les métropoles sont des espaces de solutions, je souhaite contribuer à la refondation de la gauche de demain qui doit impérativement conjuguer social et écologie.

 

Lire aussi : Relations métropoles-départements : bientôt un modèle nantais ?

 

Johanna Rolland, maire de Nantes
Membre du PS, Johanna Rolland a été élue maire de Nantes en 2014 et présidente de Nantes Métropole dans la foulée. Elle l’une des six femmes maires de France dans une ville de plus de 100 000 habitants et l’une des deux seules à présider une métropole (avec Martine Vassal, pour la métropole Aix-Marseille-Provence).

 

 

 

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