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LÀ OÙ ÇA FAIT MAL

 

L’État garde un œil sur la rénovation du centre-ville de Marseille

25/07/2019 | par Stéphane Menu | Actualités

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En nommant une chargée de mission « rénovation du centre-ville de Marseille » auprès du préfet des Bouches-du-Rhône, l’État veut remuscler son administration de proximité dans une ville traumatisée par le drame de la rue d’Aubagne. Un interventionnisme auquel les élus locaux adhèrent, en attendant d’en découdre lors des prochaines municipales.

C’est une nomination comme il en existe plusieurs par semaine dans le Journal officiel. Muriel Joer Le Corre a pris ses fonctions le 12 juin dernier à la direction du projet « rénovation du centre-ville de Marseille ».

Un intitulé qui fleure bon le recrutement dans une collectivité territoriale ? Que nenni ! Muriel Joer Le Corre travaille auprès de Pierre Dartout, le préfet de région Provence-Alpes-Côte d’Azur, et a pour mission la mise en place du projet partenarial d’aménagement (PPA). Six mois après les annonces de Julien Denormandie, ministre du Logement, en faveur de Marseille (240 M. d’euros de subventions, 240 M. d’euros dégagés par la métropole Aix-Marseille-Provence et 120 M. d’euros engagés par les autres collectivités, soit 600 millions en tout), l’État a donc décidé de muscler son administration de proximité pour activer la rénovation du centre-ville.

 

Plus jamais ça…

Ingénieure générale de la fonction publique, Muriel Joer Le Corre sera chargée d’assurer la coordination des services de l’État. Elle contribuera « à l’établissement d’un projet partenarial d’aménagement (PPA) et à la préfiguration et la mise en œuvre des outils nécessaires à sa réalisation », précise l’arrêté du Premier ministre, Édouard Philippe, et de la ministre de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, Jacqueline Gourault, publié le 9 mai dernier.

 

Marseille abrite l’un des parcs immobiliers les plus dégradés du pays

 

Depuis octobre 2016, Muriel Joer Le Corre était directrice adjointe de la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) de Guyane, en charge notamment de l’aménagement, de l’urbanisme et du logement. Elle avait auparavant occupé les fonctions de directrice générale adjointe du pôle économie, formation et cohésion sociale de la région de Guyane (2014-2016).

Avant cette expérience en outre-mer, elle a été successivement directrice générale de l’OPH Perpignan Méditerranée (2005-2011), puis directrice générale des services de la ville de Perpignan (2011-2014).

Sa mission sera claire : remettre de l’ordre dans une organisation administrative de la gestion de l’habitat indigne, qui a montré de cruelles défaillances lors du drame de la rue d’Aubagne (huit morts dans l’effondrement de deux immeubles le 5 novembre 2018).

 

Lire aussi : l’interview de Christophe Robert : « Le débat social ne s’oppose pas à l’urgence climatique »

 

Gestion marseillaise de l’urgence

Avec 40 400 logements jugés dangereux pour leurs habitants, soit 13 % de son parc immobilier, Marseille abrite en effet l’un des parcs immobiliers les plus dégradés du pays. Florent Houdmon, délégué régional de la Fondation Abbé Pierre, l’affirme : « Marseille ne gère que l’urgence, et de la pire des façons ». Ainsi, les services municipaux ne renseignent pas l’Orthi, l’outil de repérage et de traitement de l’habitat indigne, préliminaire incontournable pour définir une stratégie d’action. Les services municipaux en charge des périls et de l’hygiène ne se parlent pas. Le manque de logements sociaux (une demande sur sept est satisfaite sur les 50 000 demandes annuelles) rejaillit forcément sur le parc social privé et ensemence le terreau des marchands de sommeil.

 

Lire aussi : La Nouvelle-Orléans prend en main son habitat dégradé

 

Création d’une société publique locale d’aménagement d’intérêt national

L’État et Aix-Marseille Métropole ont décidé, au-delà des promesses financières, de mettre en place des mesures structurantes. Julien Denormandie a annoncé la création d’ici à la fin de l’année d’une société publique locale d’aménagement d’intérêt national qui pourra acheter les immeubles indignes dont les propriétaires sont défaillants et financer leur réhabilitation.

Un millier de bâtiments du centre-ville pourraient ainsi être réhabilités en l’espace de dix ans.

 

La Fondation Abbé Pierre estime qu’un quart seulement du parc indigne pourra être traité

 

La métropole a décidé de créer un nouveau département fusionnant le service communal d’hygiène et celui de la prévention et de la gestion des risques. Elle a également prévu de débloquer des fonds pour des « travaux d’office » urgents que certains propriétaires rechigneraient à faire. Un effort jugé « insuffisant » par la Fondation Abbé Pierre, estimant qu’un quart seulement du parc indigne aura ainsi été traité alors que d’autres bâtiments dégradés seront venus entre-temps gonfler ce chiffre.

 

La loi « Bruno Gilles » adoptée au Sénat
Le Sénat a récemment adopté la proposition de loi du sénateur des Bouches-du-Rhône, Bruno Gilles, par ailleurs candidat déclaré à la mairie de Marseille en 2020, avec ou sans l’étiquette LR. Cette proposition vise « à améliorer la lutte contre l’habitat insalubre ou dangereux ». L’élu marseillais se réjouit de cette adoption, obtenue avec l’aval du gouvernement, ce qui témoigne à ses yeux de sa « faculté de rassemblement ». Il y a quelques semaines, il nous assurait : « cette catastrophe (Ndlr, de la rue d’Aubagne) pointe une situation terrible dans la deuxième ville de France et sur le plan national avec près d’un demi-million d’habitats indignes ou insalubres recensés.
Pour qu’un tel drame ne se reproduise plus, nous devons identifier toutes les responsabilités. Celle de la mairie (Ndlr, de Marseille) est indéniable mais elle n’est pas unique, il y a aussi l’État et ses services ». Plusieurs mesures du projet de loi ont été validées : le renforcement des amendes en cas de non-respect du permis de louer, qui sera expérimenté à Noailles, et l’accélération de certaines expropriations pour cause d’insalubrité ou la possibilité pour les associations de se constituer partie civile, avec l’accord des locataires. La sénatrice marseillaise Samia Ghali (PS) a par ailleurs fait adopter le principe d’un rapport sur la « sous-utilisation » de la consignation des allocations logement par la CAF en cas de logement indécent. Le texte a pris le chemin de l’Assemblée nationale.

 

Une préoccupation secondaire pour l’opinion ?

Reste à savoir si ce débat sur l’habitat indigne sera au cœur des prochaines élections municipales à Marseille. Une étude réalisée par la Fondation Jean-Jaurès en partenariat avec Libération, réalisée mi-mai 2019 par l’Ifop, et présentée par le collectif citoyen Mad Mars révèle le contraire puisque « la politique en matière de logement » ne motiverait que 8 % des sondés comme premier « sujet susceptible de les inciter à aller voter ». « Il est effectivement frappant de voir comment des sujets qui ont fait la une des médias et mobilisé les collectifs citoyens n’ont pas la même importance pour les électeurs marseillais », qui se sentent assez peu concernés, constate Joël Gombin, auteur de l’étude, dans les colonnes de Libération.

« Et pas seulement sur le logement : la défense des services publics, notamment des écoles, n’a été citée en premier que par 3 % des sondés. Cela incite à la prudence et rappelle l’inertie très forte de cet électorat », affirme-t-il. Toujours est-il qu’à quelques mois des municipales, alors que les candidatures s’affinent et qu’un flou artistique domine, certains candidats ne manqueront certainement pas d’appuyer là où ça fait mal, notamment pour fustiger les héritiers LR du maire actuel, Jean-Claude Gaudin, forcés de jouer aux équilibristes, un pied dedans, un autre dehors…

 

Voir aussi notre infographie : Pourquoi les quartiers défavorisés sont-ils défavorisés ?

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