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CULTURBANISME

 

Besoin d’un lifting (abordable) pour votre ville ? Essayez le street art !

18/09/2019 | par Séverine Cattiaux | Toute l'actualité

Grenoble - parking Hoche ©Hélène Dellaroqua

Grenoble - parking Hoche

Égayer les murs pignons, redonner du lustre à un quartier sans âme, créer du lien social dans les zones sensibles, attirer les touristes et faire (re)venir des entreprises, tout cela avec presque pas d’argent public ? Grenoble et Paris ont testé pour vous le street art à haute dose.

Relégué aux quartiers périphériques et à la quasi-clandestinité, le street art ne se cache plus : il se démocratise et se diffuse partout. Il gagne du terrain dans les villes, grandes et moyennes, à Paris, au Havre, à Grenoble, Montpellier, Nancy, Marseille…

Il est loin le temps où les graffeurs étaient traqués comme des parias. Les villes leur déroulent à présent le tapis rouge. Elles inaugurent les fresques en grande pompe, organisent des événementiels, des festivals et des parcours urbains, à l’instar du projet « Boulevard 13 » né d’un partenariat entre la mairie du 13e et la galerie Itinerrance.

 

« Tout ce qui suscite la discussion et les échanges entre les gens est une bonne chose »

 

Les touristes s’y bousculent, friands de cet art urbain monumental. « Toutes les planètes sont alignées au développement du street art » explique Serge Contat, directeur général de la Régie immobilière de la ville de Paris, (RIVP), l’un des mécènes de Boulevard 13. Les élus soutiennent cet art, les copropriétés et les bailleurs qui ont des murs en redemandent, les artistes locaux et internationaux accourent, et les habitants semblent, majoritairement, adhérer à cette profusion de fresques.

 

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Un art relativement encadré

On ne pourra pas dire le contraire, le street art fait parler et souvent réagir. C’est le but recherché, commente Corinne Bernard, adjointe au maire de Grenoble chargée de la culture, qui se réjouit aussi que « cet art soit accessible à tous, et permette une ouverture sur la création artistique notamment pour ceux qui vont le moins dans les musées ».

Pour le directeur du Street art fest Grenoble-Alpes, Jérôme Catz, rien n’est plus précieux dans la société actuelle que de créer du lien social : « tout ce qui suscite la discussion et les échanges entre les gens est une bonne chose ». Il ne faudrait toutefois pas laisser croire que les artistes ont une totale carte blanche. Le contenu des fresques demeure relativement sous contrôle.

 

On est loin du principe de la commande publique où l’artiste accepte de se plier à un cahier des charges très strict

 

La commune de Grenoble ne se mêle, certes, pas des projets artistiques, laissant le soin à une association de gérer le processus de mise en œuvre des fresques. Il n’en demeure pas moins que les artistes sont tenus de montrer l’esquisse de leur projet aux propriétaires et au service d’urbanisme, pour obtenir le feu vert.

Le fonctionnement est assez proche dans le 13e arrondissement de Paris. Et lorsque le bailleur est propriétaire du mur, les locataires ont souvent leurs mots à dire, associés au choix de l’artiste et de l’œuvre. À Grenoble ou à Paris, on est toutefois loin du principe de la commande publique où l’artiste accepte de se plier à un cahier des charges très strict.

C’est en revanche l’option prise par d’autres collectivités, comme Lorient. « Pour nous, le street art doit renforcer le récit de la ville en ayant un lien avec l’histoire de la commune. On ne veut pas ressembler à toutes les communes qui font du street art » explique Emmanuelle Williamson-Grouazel, adjointe à la culture.

 

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Changer l’image d’un quartier

En quelques années, le 13e arrondissement de Paris est devenu une sorte de « Mecque du street art » au sein de la capitale française.

Pour Jérôme Coumet, le maire PS de l’arrondissement, « le street art a permis de donner une orientation culturelle, qui était peu visible dans l’arrondissement, abritant pourtant des ateliers d’artistes ». Effet boule de neige, au fur et mesure de l’avancement du projet Boulevard 13, des nouveaux lieux de loisirs se sont installés dans le 13e. « Sans cette dynamique impulsée par le street art, je ne sais pas si la station F [le plus grand campus de start-up au monde, créé par Xavier Niel Ndlr] se serait installée, se demande le maire […] Après, il faut raison garder, c’est un ensemble de paramètres qui ont probablement joué » nuance-t-il.

 

« Il vaut mieux raconter des histoires que de laisser ces bâtiments avec une vie monotone »

 

Quid du revers de la médaille, redouté par certains, la gentrification des quartiers ? « Les logements sociaux ne vont pas disparaître du 13e arrondissement » écarte Jérôme Coumet, préférant souligner le bénéfice immédiat pour les gens qui vivent sur place. « Les habitants sont fiers qu’on prête attention à leur quartier, qu’on le regarde avec un nouvel intérêt ». Serge Contat abonde dans son sens : « il vaut mieux raconter des histoires que de laisser ces bâtiments avec une vie monotone ».

Sur le terrain, l’immobilier ne s’est pas encore envolé, du simple fait de la présence de street art. « Ce n’est pas ce que regardent les acquéreurs d’un bien, c’est très secondaire » témoigne un responsable de l’agence CPH Immobilier dans le 13e arrondissement.

 

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Coût abordable, entretien peu contraignant

Oui, mais combien pour repeindre sa ville à coups de fresques monumentales ? Paris comme Grenoble s’en sortent plutôt bien, en collectant des dons privés pour financer les principales dépenses engendrées par le street art, à savoir les frais de déplacements des artistes internationaux, leur hébergement et la location de nacelles. « En dehors de quelques subventions publiques limitées pour le démarrage, Boulevard 13 a fait uniquement appel au don privé » affirme Jérôme Coumet. À Paris, la RIVP participe aux frais de la location des nacelles. Le budget du festival de la métropole grenobloise provient pour 90 % de mécènes. Quant aux artistes, ils sont indemnisés pour leurs frais à Paris. Grenoble les rémunère en plus, entre 500 à 3 000 euros selon les fresques.

 

Aux propriétaires de décider de restaurer les œuvres ou pas, voire de les effacer au rouleau blanc

 

Se pose tout de même la question de l’entretien des œuvres… Impeccables aujourd’hui, elles n’auront plus la même fraîcheur dans une dizaine d’années et ne sont pas à l’abri d’actes de vandalisme… Aux propriétaires de décider de les restaurer ou pas, voire de les effacer au rouleau blanc.

« Le temps sera le juge de paix, estime Serge Contat. On remettra probablement en état les œuvres auxquelles les gens sont attachés, et celles des grands artistes, comme la Marianne d’Obey ». Bref l’entretien du street art n’a rien de contraignant. Une simple convention dédouane les propriétaires de leurs obligations d’entretenir les œuvres artistiques. « La France est le pays qui protège le plus les droits des artistes » fait remarquer Jérôme Catz. « Si on respectait scrupuleusement ces droits, les propriétaires seraient tenus d’entretenir les fresques ad vitam aeternam » poursuit-il.

En matière de droit, il n’est pas inutile de s’enquérir de l’accord écrit de l’architecte ou de ses ayants droit des bâtiments avant la réalisation de la fresque. Le cas échéant, l’architecte peut intenter un procès et le gagner, en invoquant son droit moral. Le RIVP en a fait l’amère expérience.

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