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Bristol, vers la neutralité carbone

13/09/2019 | par Marjolaine Koch | Actualités

Bristol city of England flag waving on the top sunrise mist fog ©Oleksii - adobestock

Objectif : devenir neutre en émission de carbone d’ici 2030. À l’automne dernier, la ville de Bristol a choisi de marquer le coup en déclarant l’urgence climatique. C’est l’un des programmes les plus ambitieux au monde.

Le plan a été adopté à l’unanimité par les membres du conseil municipal. S’appuyant sur un rapport des Nations Unies paru quelques semaines auparavant, alertant sur le fait qu’il ne restait plus que douze ans pour éviter un véritable chamboulement climatique, Carla Denyer, conseillère verte, a déposé une motion. Son vote conduit la ville de Bristol à adopter le plan le plus drastique de toutes les villes du Royaume-Uni. « Nous ne pouvons attendre que les Nations Unies ou les gouvernements nationaux négocient quand nous avons seulement douze ans pour agir. Nous devons montrer qu’il est possible de le faire et se fixer des objectifs ambitieux au niveau des villes, ce que nous avons fait ce soir », déclarait Carla Denyer à la sortie de cette séance historique pour la ville.

 

Modifier les modes de consommation

Car l’objectif est bien plus radical que celui fixé par le gouvernement britannique, de 80 % de réduction des émissions d’ici 2050. La ville de Bristol se laisse 12 ans – 11 maintenant –, pour atteindre la neutralité carbone.

Pour mettre en œuvre des actions précises, la municipalité a commandé un rapport qui lui permet de déterminer où se trouvent les marges de progression. « Le rapport montre que notre plus gros défi est la consommation de biens et de services provenant hors de Bristol, a expliqué le maire Marvin Rees. C’est un défi fondamental pour notre administration municipale, mais aussi pour les entreprises et citoyens du territoire. Nous devons tous prendre nos responsabilités et modifier nos comportements. »

 

60 % des émissions de carbone de la ville, 2,4 millions de tonnes par an, proviennent de l’importation de biens ou de services

 

Pour la première fois, un maire compte agir concrètement pour modifier les modes de consommation de notre société. Ce rapport pointe en effet les émissions conséquentes de carbone causées par la consommation : 2,4 millions de tonnes de carbone par an, provenant de l’importation de biens ou de services, soit près de 60 % des émissions de carbone de la ville. La part de l’empreinte carbone individuelle provenant de la consommation est directement déterminée par le revenu disponible.

 

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Révision complète des habitudes

Concrètement, la motion se traduit par une révision complète des habitudes. Outre les changements de comportements de consommation, la municipalité :
- déploie le « City Leap Programme », un plan pour générer, transporter, stocker et utiliser l’énergie de manière plus optimale, la ville vise une augmentation de 200 % des énergies renouvelables ;
- développe un système de transport public à faible émission et étudie la mise en place d’un péage urbain ;
- améliore l’efficacité énergétique des nouveaux habitats et s’assure que les nouvelles constructions atteignent bien le standard environnemental de 20 % d’émissions en moins ;
- s’oriente vers la génération de chaleur à partir de ressources naturelles (géothermie notamment) ;

 

Bristol s’est fixé un objectif de 50 000 véhicules électriques dans la ville

 

- installe des panneaux solaires sur 10 000 maisons appartenant à la municipalité et encourage le déploiement de l’énergie solaire ;
- réduit les émissions de carbone des régies municipales ;
- améliore le recyclage, incluant la construction d’un nouveau centre de recyclage des déchets ménagers ;
- rénove 7 000 maisons chaque année ;
- souhaite atteindre l’objectif de 50 000 véhicules électriques dans la ville.

 

À New York, un « Climate Mobilization Act »
En avril dernier, la ville de New York votait à la quasi-unanimité un « Climate Mobilization Act » visant à réduire drastiquement les émissions de carbone. Cette loi a pour ambition de respecter les objectifs de l’Accord de Paris, en déployant une dizaine de mesures destinées à réduire l’usage des énergies fossiles, les passoires énergétiques ou encore les véhicules polluants.

Parmi les mesures, la « Dirty Buildings Bill », loi sur les immeubles sales, oblige les immeubles de plus de 2 320 mètres carrés à réduire leurs émissions de 40 % en 2030 et de 80 % en 2050 au moyen de rénovations énergétiques. S’ils ne s’y plient pas, les propriétaires devront régler des amendes indexées sur leurs émissions carbone pouvant atteindre plusieurs millions de dollars par an. C’est la première fois qu’une ville sort du champ de l’incitation simple et met en place une stratégie aussi radicale. Et la raison est simple : une étude réalisée par la ville de New York a révélé que 70 % des émissions de gaz à effet de serre sont imputables au secteur du bâtiment. Dans une ville composée d’un nombre impressionnant de gratte-ciel de verre énergivores, rien d’étonnant. Les chiffres sont d’ailleurs révélateurs : ils représentent 2 % du parc immobilier de la ville, mais la moitié de sa consommation globale ! Quatre milliards de dollars seraient nécessaires pour rénover les bâtiments et atteindre les objectifs fixés par la ville.

Certains leaders locaux se sont dits préoccupés par les objectifs climatiques fixés par le maire. Une barre fixée trop haut, des délais trop courts… mais Bill de Blasio estime, dans une interview donnée à WNYC, qu’« il est l’heure d’avoir une approche forte et agressive » pour parvenir à des résultats notables.

 

Des bénéfices concrets pour les habitants

Dans une déclaration récente, le maire estimait qu’il « doit être possible d’atteindre l’objectif tout en maintenant la même, voire une meilleure qualité de vie, car les changements qui réduisent les émissions de dioxyde de carbone touchent souvent aussi les inégalités, la santé publique, la qualité de l’air… Par exemple, encourager les déplacements actifs et les transports publics, ce qui réduirait au passage les embouteillages tout en améliorant la santé, résulte d’une réduction de la pollution de l’air et l’accroissement de l’usage du vélo et de la marche ».

 

Les nouvelles maisons seront moins génératrices de carbone, tout en éliminant les émissions de NOx locales

 

Le plan de développement d’habitat durable pour les 133 nouvelles maisons du quartier d’Ashton Rise tend à montrer les bénéfices concrets qu’en retireront les usagers : toutes équipées de pompes géothermiques individuelles connectées à une boucle souterraine qui les relie à des puits artésiens, ces maisons seront moins génératrices de carbone, tout en éliminant les émissions de NOx locales, et devraient surtout coûter moins cher à l’usage en chauffage à l’utilisateur final. 40 % de ces maisons seront des logements sociaux de la ville, les autres seront mises à la vente. 2 000 nouvelles maisons devraient être construites chaque année sur ce schéma.

 

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De nouvelles compétences pour les agents de la ville

Le maire a également alloué 50 000 £ pour la formation des employés de la ville, estimant nécessaire qu’ils cernent parfaitement la problématique et disposent des compétences leur permettant d’étudier toutes les décisions à prendre par le prisme de leur impact sur les émissions de gaz à effet de serre. Mais pour effectivement atteindre la neutralité carbone d’ici 2030, Marvin Rees estime qu’il lui faut plus de moyens : il s’est donc tourné vers le gouvernement pour lui demander des pouvoirs et des ressources supplémentaires.

 

Le loupé Beijing
En 2013, les autorités chinoises ont lancé un plan drastique de réduction des émissions carbone dans les grandes villes, dont une des actions consistait à externaliser la production énergétique. À Beijing, 53 % de la production énergétique a été externalisée, ce qui a permis de réduire la pollution de 25 %.

Mais une étude récente a montré que la pollution s’est juste déplacée : elle s’est propagée aux zones rurales environnantes et la pollution nationale est désormais plus forte. Le smog, qui avait disparu dans un premier temps, revient épisodiquement dans les villes.

Cette initiative a eu un autre effet désastreux : les centrales à charbon, très consommatrices d’eau, ont encore plus fragilisé ces régions rurales en raréfiant les ressources en eau.

 

 

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