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UN COUP D'ASCENSEUR

 

L’Anru retrouve le chemin des chantiers

09/10/2019 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

Immeuble en construction-1428 ©Catherine CLAVERY - adobestock

Décembre 2018 ? Une éternité… C’est à cette époque que le gouvernement décide de doubler le budget du nouveau plan de rénovation urbaine. Les dossiers se bouclent les uns après les autres et les pelleteuses réinvestissent les quartiers bénéficiaires. Ça tombe bien, les populations commençaient à s’impatienter…

« Des questions se sont posées sur les capacités à démarrer les projets. En septembre 2018, le gouvernement a décidé de doubler le budget du NPNRU et depuis, nous avons démontré que nous avons dépassé cette phase d’inquiétude pour entrer dans l’accélération ». Dans son dernier communiqué, publié au mois de juillet 2019, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) a annoncé la validation de vingt nouveaux projets mobilisant environ 820 millions d’euros de concours financiers. Ce qui porte le nombre de quartiers bénéficiant du NPNRU à 290, pour une enveloppe globale de 7,3 milliards d’euros.

 

L’Anru a mis une enveloppe globale de 7,3 milliards d’euros à disposition des collectivités et des bailleurs

 

L’Anru a raison de s’envoyer des fleurs et de juger son activité d’une « densité exceptionnelle » : ça saute en effet aux yeux. L’agence présidée par Olivier Klein a ainsi donné son feu vert pour des chantiers de renouvellement urbain situés dans des communes ou agglomérations telles que Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne), Gennevilliers (Hauts-de-Seine), Stains et La Courneuve (Seine-Saint-Denis), Villiers-le-Bel (Val-d’Oise), le 20e arrondissement de Paris, Dunkerque – Grande-Synthe (Nord), Mulhouse (Haut-Rhin), Lyon (quartier de la Duchère, au nord-ouest) et Vénissieux (Rhône), ou encore Nice (Alpes-Maritimes).

 

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Accélération des engagements

Pour le NPNRU (nouveau programme national de renouvellement urbain), l’Anru a donc mis une enveloppe globale de 7,3 milliards d’euros à disposition des collectivités territoriales et des bailleurs. Les engagements financiers déjà pris devraient permettre de concrétiser des projets estimés à plus de 25,6 milliards d’euros, tous financeurs confondus. Parmi ces chantiers réalisés dans le parc social, l’organisme public envisage notamment 9 000 démolitions, 46 000 reconstructions, 81 000 réhabilitations et plus de 560 équipements divers, dont 165 écoles.

 

« Nous avons démontré que nous avons dépassé cette phase d’inquiétude pour entrer dans l’accélération »

 

Julien Denormandie, ministre de la Ville et du Logement, se félicite « que la rénovation des logements et du cadre de vie dans les quartiers aille de plus en plus vite. C’est une véritable politique de l’habitat que nous développons avec l’Anru ». De son côté, l’agence assure qu’elle ne va pas s’arrêter en si bon chemin : « l’instruction des projets se poursuit ces prochaines semaines afin de préparer les prochaines validations au mois de septembre et au dernier trimestre 2019, qui s’annonce également d’une densité très forte en projets de qualité ».

 

TÉMOIGNAGE
« Les attentes fortes sur le terrain mettent naturellement trop de temps à coller avec l’effet d’annonce »
« L’Anru communique aujourd’hui de manière assez forte sur les projets validés parce que la phase de préfiguration a été plus longue que prévu et qu’elle doit vouloir montrer que le chantier du renouvellement urbain est bel et bien reparti de l’avant en France, ce qui est quasi le cas. Les études ont duré en général plus de 18 mois, pour englober la diversité des thématiques à faire se croiser dans une vision de 15 à 20 ans des quartiers. Il y a donc à ce jour un effet entonnoir classique, tous les sites concernés activant la finalisation des projets pour passer au plus vite en phase opérationnelle. Mais on constate qu’il peut y avoir encore du temps entre l’annonce d’un projet validé et la signature de sa convention, dû à des aspects d’ordre opérationnel et financier à affiner au local avec la DDT, puis l’Anru. Cela peut créer sur le terrain un décalage entre l’attente des habitants, avec lesquels les élus aidés des professionnels se sont concertés il y a maintenant quelques mois, et la concrétisation, toujours longue, des projets. Il a pu y avoir quand même des financements anticipés, à titre exceptionnel, sur quelques opérations ciblées – démolition ou réhabilitation de logements sociaux – et prêtes à démarrer, comme cela a été le cas à Metz. Dans le même temps, notre travail est de plus en plus imprégné par la philosophie transversale de la loi Lamy de 2014, avec des priorisations autour de la politique de peuplement, de mixité sociale dans ces secteurs et l’Anru valide cette démarche. En revanche, quand le gouvernement annonce le doublement des fonds pour la rénovation urbaine, l’effet d’annonce met naturellement trop de temps à coller avec les fortes attentes sur le terrain. Ce rapport au temps peut être une difficulté dans notre gestion quotidienne des quartiers et le développement social et urbain que nous animons avec l’ensemble des acteurs concernés ».

Julien Piquand, membre du bureau national de l’IRDSU
Il est aussi le trésorier de l’Inter-réseaux des professionnels du développement social urbain. Il est responsable de l’unité logement, cadre de vie, renouvellement urbain à Metz.

 

Le portage métropolitain francilien en défaut

« Des questions se sont posées sur les capacités à démarrer les projets. En septembre 2018, le gouvernement a décidé de doubler le budget du NPNRU et depuis, nous avons démontré que nous avons dépassé cette phase d’inquiétude pour entrer dans l’accélération », indique de son côté Olivier Klein. Récemment, il a porté un focus sur ce « territoire particulier » que représente la région Ile-de-France. « Le portage métropolitain n’est pas toujours à l’œuvre en Ile-de-France, comparé à ce qui est fait en région. Les territoires de la loi Notre (les EPT) doivent s’emparer de ces questions ».

 

« Près de 30 % des jeunes urbains de moins de 18 ans vivent dans ces quartiers, il était impératif de donner une preuve d’engagement public »

 

Les nouveaux réseaux de transports franciliens sont une « opportunité » pour les quartiers, de même que les Jeux olympiques et paralympiques de 2024 sont une possibilité « de bouleverser favorablement ou moins favorablement la vie de nos quartiers », selon lui. Il faut « prendre garde à ne pas créer de nouvelles disparités et fractures entre les régions ». L’héritage des JO 2024 nécessite de « prendre des décisions » pour éviter qu’il ne soit une « source de conflit ».

 

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Le chemin parcouru

Olivier Carré, maire d’Orléans et président d’Orléans-Métropole, se réjouit : « l’Anru a 15 ans. Elle est jeune. Et pourtant que de chemin parcouru. Quand l’Agence a été créée, la défiance régnait. Défiance envers l’État qui n’avait jamais vraiment tenu ses engagements, envers les collectivités dont la parole des élus avait été souvent dévaluée par l’impuissance à agir. Défiance envers les bailleurs sociaux dont la logique financière dominait la politique de peuplement dans les quartiers aux loyers les plus faibles et encourageait l’assignation à résidence. Mais surtout, défiance envers l’avenir, envers la République.

 

L’effet d’annonce met naturellement trop de temps à coller avec les fortes attentes sur le terrain

 

Alors que près de 30 % des jeunes urbains de moins de 18 ans vivent dans ces quartiers, il était impératif de restaurer la confiance, tout d’abord en donnant une preuve d’engagement public, puis en restaurant le fameux ascenseur social en panne depuis les années quatre-vingt-dix », écrit-il dans une tribune adressée à News Tank Cities en septembre 2019. Il semblerait que la confiance soit rétablie et que l’ANRU ait retrouvé, auprès des opérateurs locaux, la puissance d’impact qui a été la sienne et qui avait perdu de sa vigueur ces derniers mois.

 

 

 

 

 

 

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