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François Lamy : « Il faut relancer une politique d’intégration dans ce pays »

05/11/2019 | par Stéphane Menu | Actualités

ACTU_ITW_Pascal-Lamy

Ministre délégué à la Ville de 2012 à 2014, sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, François Lamy a été à l’origine d’une loi qui marque encore les esprits. Après une défaite électorale et une semi-retraite politique, il livre son regard sur les urgences sociales des « quartiers », qu’il faudrait bien traiter.

On vous a quitté sur une cinglante défaite aux législatives en 2017. Que faites-vous aujourd’hui ?

Je suis désormais consultant. Notamment sur la rénovation urbaine ou la revitalisation des centres-bourgs, où les attentes des élus sont importantes. Je travaille avec des collectivités mais aussi des privés qui veulent savoir comment s’inscrire dans ces dispositifs.

 

À RETENIR
Qu’est-ce que la loi Lamy ?
Sans entrer dans les détails, la loi Lamy du 21 février 2014, du nom du ministre délégué de la Ville François Lamy, est la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine. Elle met en œuvre une réforme du cadre de la politique de la ville pour concentrer les moyens vers les territoires les plus en difficulté. Avec une nouvelle méthodologie pour identifier les quartiers prioritaires, puisqu’un critère unique est requis : le revenu par habitant.

 

En 2014, vous avez fait voter une loi qui porte votre nom et qui est toujours la boussole des acteurs de la politique de la ville à ce jour…

C’est une vraie satisfaction pour moi car cela signifie qu’elle a bien été concertée en amont. Mais il reste encore des chantiers à mener. Par exemple, je trouve que la relation villes-intercos manque encore d’efficacité alors qu’une unanimité se dégage sur l’importance de ce lien. Je trouve aussi que l’Anru reste trop marquée comme une agence où ne s’élaborent que des projets d’urbanistes. La rénovation urbaine est une impérieuse nécessité mais elle doit aussi concerner d’autres domaines périphériques, comme le développement économique, la culture, la vitalité associative, etc.

 

L’Anru reste trop marquée comme une agence où ne s’élaborent que des projets d’urbanistes

 

Qu’avez-vous pensé du rapport Borloo demandé par le gouvernement et de son traitement ?

J’avais vu Jean-Louis Borloo une semaine avant. C’est une tradition, les ministres de la Ville ont tellement les mains dans le cambouis qu’ils ont l’habitude de travailler ensemble, d’échanger, après ou pendant leur expérience ministérielle. Jean-Louis Borloo a eu un effet blast sur l’actualité. Il a été un ministre marquant. Après, il ne faut pas se raconter d’histoire. La politique de la ville doit rester une politique de solidarité nationale et il y a encore du chemin à faire. Quand j’étais ministre, je pouvais compter sur cinquante-sept fonctionnaires en administration centrale pour mener à bien nos actions. C’est ridicule. En deux ans, nous avons fait bouger les choses. Je crois que nous sommes parvenus à faire sensibiliser le droit commun, à travers des signatures de convention avec de grands ministères régaliens. C’est là la vraie difficulté, celle d’embarquer tout le monde, de l’Intérieur à la Santé en passant par l’Économie et l’Éducation, pour que les habitants soient traités de la même façon sur l’ensemble du territoire. Il faut continuer à marteler la nécessité de cette approche interministérielle.

 

La vraie difficulté est d’embarquer tout le monde, de l’Intérieur à la Santé en passant par l’Économie et l’Éducation, pour que les habitants soient traités de la même façon sur l’ensemble du territoire

 

Êtes-vous optimiste sur la manière dont la situation évolue sur le terrain ?

Je ne suis pas très optimiste. Je le vois sur le terrain. La relation police-population se durcit. Le repli identitaire s’affirme de plus en plus. Les élus des communes et des intercos se mobilisent mais ça ne suffira pas. Je le vois à Nîmes où je travaille en ce moment. Il faut que l’État aide les élus.

 

Ça fait 20 ans qu’il n’y a plus de véritable politique d’intégration dans ce pays

 

Existe-t-il des solutions pour redonner un cap mobilisateur ?

Repartir du terrain, des associations… Ça fait 20 ans qu’il n’y a plus de véritable politique d’intégration dans ce pays depuis que l’immigration, et donc l’intégration, est passée dans le giron du ministère de l’Intérieur. Celui qui intègre ne peut pas être celui qui expulse… Il faut mettre beaucoup de moyens. Le monde associatif est fatigué ou inexistant. Il faut que l’État se réinvestisse. Je suis favorable à ce que les adultes-relais, par exemple, soient embauchés par l’État et qu’ils soient les oreilles des préfets dans les quartiers. Je pense qu’il serait bon d’expérimenter l’installation de gendarmerie dans les quartiers prioritaires parce que les relations entre les habitants et les policiers ont pratiquement atteint un point de non-retour. J’ai encore des idées, comme vous pouvez vous en rendre compte.

 

François Lamy
Membre du PS, François Lamy est aujourd’hui consultant (Stratégies urbaines). Il travaille notamment dans les QPV et sur la revitalisation des centres-bourgs. Il a été député de l’Essonne de 1997 à 2012 puis de 2014 à 2017, maire de Palaiseau de 2001 à 2012 et ministre délégué à la Ville de 2012 à 2014, dans les gouvernements de Jean-Marc Ayrault.

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