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UN GRAND PAS

 

20 ans de management des collectivités : quel bilan ?

03/12/2019 | par Emilie Agnoux | Actualités

533-dossier-1-GettyImages-816813856 ©Klaus Vedfelt - gettyimages

Depuis deux décennies, le management territorial a bien changé. Mais peut-être est-ce le reflet de la transformation des collectivités elles-mêmes et des enjeux auxquels elles ont à répondre. Comme de l’évolution des cadres territoriaux eux-mêmes.

Le management est devenu un sujet central dans la vie des organisations, et plus spécifiquement des collectivités. Le manager est placé au cœur du fonctionnement et des transformations de nos administrations locales. Il a la tâche difficile et néanmoins incontournable de faire travailler ensemble des personnes en vue de poursuivre des buts communs et de produire les résultats attendus.

 

De la définition d’un management territorial…

La France est héritière d’une longue tradition du service public, qui a façonné un rapport singulier à la chose commune et aux serviteurs de l’intérêt général. Nos collectivités ont créé une manière particulière de produire l’action publique, tout en épousant les grandes tendances organisationnelles qui se sont succédé. Elles n’ont pas échappé au phénomène de bureaucratisation et à l’appropriation de modes d’organisation fondés sur le modèle légal-rationnel caractérisé, entre autres, par la norme et les process.

Dans le même temps, le municipalisme, puis les lois de décentralisation des années 1980, ont conduit à l’extension du domaine des services publics locaux et donc de la FPT, dont le statut s’aligne et se différencie à la fois des autres branches de la fonction publique. Nouvelles collectivités, nouvelles compétences, nouveaux élus, nouveaux agents publics et nouvelles modalités d’action publique se sont donc ainsi rencontrés à la fin du XXe siècle pour inventer la décentralisation à la française.

 

Le statut des agents publics a connu des réformes successives tendant à le rapprocher progressivement du droit commun

 

La découverte des outils de management du secteur privé a prolongé les tendances émergentes de cette fin de siècle : évaluation des politiques publiques, contrôle de gestion, nouveau management public… se sont peu à peu diffusés sur l’ensemble du territoire national, tandis que certains services publics ont été privatisés ou délégués davantage au privé – l’approfondissement de la construction européenne n’étant pas étranger à ces évolutions – et que le statut des agents publics connaissait des réformes successives tendant à le rapprocher progressivement du droit commun. Le bénéficiaire des politiques publiques est perçu tout à la fois comme un usager et un citoyen. La hausse du niveau de qualification des agents publics comme des Français modifie progressivement la relation administrative. Les voies d’accès attirent quant à elle des profils spécifiques : concours, recrutement direct et contractualisation.

 

… à sa remise en question

Le terme même de management a aujourd’hui pris une connotation libérale, et suscite la controverse. Il recoupe pourtant à la fois des réalités homogènes (évaluation individuelle, fixation d’objectifs, tableaux de bord…) et hétérogènes, avec une grande diversité de projets managériaux et de pratiques.

 

La notion de performance a infusé nos organisations, avec des acceptions plus ou moins extensives

 

La notion de performance a infusé nos organisations, avec des acceptions plus ou moins extensives. Les réformes successives ont affecté tant l’organisation territoriale que le statut des agents publics. Les réorganisations permanentes ont participé de la perte de repères individuels et collectifs. La lutte contre les risques psychosociaux a fait place à la qualité de vie au travail, conséquence d’une préoccupation croissante pour les conditions de travail des agents.

C’est donc dans un contexte de profonde mutation du rapport à l’individu et au collectif, de désintermédiation des rapports sociaux et de recomposition du dialogue social, que le système de carrière laisse progressivement la place à des stratégies individuelles de parcours. La DRH voit ainsi son rôle renforcé, passant de gestionnaire à stratège et force de changement.

 

Les collectivités comme leurs agents restent encore trop souvent appréhendés au prisme des coûts qu’ils génèrent

 

La contrainte budgétaire désormais largement partagée laisse aujourd’hui de plus en plus de place à l’urgence écologique. Pourtant, les collectivités comme leurs agents restent encore trop souvent appréhendés au prisme des coûts qu’ils génèrent, plutôt qu’au travers de l’expression d’un projet de société ambitieux et plébiscité. Le cadre du statut est présenté comme un carcan inutile, là où il concrétise pourtant les principes d’égalité, de continuité et de mutabilité du service public.

Les représentations collectives que nous portons sur nos collectivités et leurs agents façonnent les stratégies et les politiques que l’on y déploie. Tout le défi réside dans le renouvellement du regard sur nos administrations qui, si elles n’ont pas le monopole de l’intérêt général, l’exercent dans des conditions spécifiques et de manière obligatoire.

 

Lire aussi : Contractuels et carrières : moins de protection ou plus de souplesse ?

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