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PAS TOUJOURS AU NIVEAU

 

Contrats aidés « PEC » : un bilan contrasté

21/01/2020 | par Séverine Cattiaux | Actualités

©Andy-Shell_AdobeStock_265466400

Le gouvernement se félicite d’un taux d’insertion à la hausse depuis la mise en place du Parcours emploi compétences (PEC). Une médaille qui a aussi un revers. Les petites collectivités et les missions locales, en particulier, ont bien du mal à s’y retrouver.

« Le changement de politique est radical » note Aurélia de Portzamparc, DRH de la ville et de la communauté d’agglomération de Pau. « Avant les contrats aidés venaient renforcer les équipes, aujourd’hui on est clairement dans de l’insertion, poursuit-elle. Cela ne veut pas dire que ça ne marche pas, mais cela demande plus d’effort au départ. » Depuis deux ans, les contrats aidés ont ainsi laissé place aux Parcours emploi compétences (PEC).

 

Pour les collectivités qui recouraient aux contrats aidés par escouade, l’arrivée du PEC a sifflé la fin de la récréation

 

Et pour l’inspirateur du PEC, Jean-Marc Borello, auteur du rapport « Donnons-nous les moyens de l’inclusion », l’objectif est atteint puisque le taux d’insertion s’élève. En 2017, 36 % des gens retrouvaient un emploi durable six mois après la sortie des contrats aidés ancienne formule. En 2018, ce taux est passé à 41 %, puis à 45 % en 2019 où les PEC ont complètement pris la relève. Cette progression ne présente rien d’exceptionnel, convient Jean-Marc Borello, étant donné que les personnes en PEC sont mieux accompagnées et mieux formées. Loin de rassurer tous les décideurs, cette réussite ne peut occulter quelques trous dans la raquette.

 

Peu de contrats… parfois non pourvus

Pour les collectivités qui recouraient aux contrats aidés par escouade, l’arrivée du PEC a sifflé la fin de la récréation. Certains de ces contrats aidés ont été titularisés, mais pas tous. Et les permanents ont récupéré du travail supplémentaire. La ville et l’agglo de Pau n’ont jamais abusé des contrats aidés, rappelle la DRH. En revanche, force est de constater que « les critères du PEC se sont vraiment durcis ». Sur vingt postes en PEC, les deux collectivités n’ont pourvu que six d’entre eux, faute de candidats répondant aux exigences de la Direecte, la DRH concédant aussi que certains services ne sont « suffisamment volontaires ». De son côté, Rennes Métropole a opéré assez sereinement la transition. « Nous visions déjà les personnes très éloignées de l’emploi dans nos contrats aidés, qui ne duraient déjà qu’un an » commente Ghislaine Esnault, responsable insertion à Rennes, ville et métropole.

 

La vingtaine de PEC recrutée par la ville et l’agglomération est quasi sûre de pouvoir trouver un emploi stable

 

L’insertion dans l’emploi « n’est pas meilleure, ni moins bonne, car nous avions déjà tout un arsenal d’accompagnements » jauge-t-elle. Rennes, ville et métropole, emploie en permanence une cinquantaine de PEC : des jeunes, des seniors, comme des personnes en situation de handicap, orientés vers des métiers en tension, peu qualifiés, et qui pourront déboucher sur un emploi d’agents d’entretien, d’aide en maison de retraite, d’aide dans les écoles, d’adjoint du patrimoine dans les bibliothèques.

Au Mans, « la commune n’a jamais fait dans l’inflation de contrats aidés » assure à son tour Patrick Delpech, délégué aux Finances et aux Ressources humaines au Mans. La vingtaine de PEC recrutée par la ville et l’agglomération est quasi sûre de pouvoir trouver un emploi stable, « à la faveur des départs à la retraite ». La collectivité ne recrute que des jeunes sur ces PEC. « Les seniors ne tiendraient pas longtemps sur ces métiers assez physiques, de cantonniers et d’éboueurs ».

 

Lire aussi : Les nouveaux contrats aidés « PEC » sont-ils si dissuasifs ?

 

Du mieux pour les travailleurs handicapés

Le point fort du PEC, c’est le suivi des personnes par les prescripteurs et la formation. À Rennes, ville et métropole, l’entretien tripartite, prévu dans le processus, n’a jamais eu lieu avec Pôle emploi, qui se contente d’un suivi par formulaire interposé. L’adjoint du Mans évoque un prescripteur peu investi. « Pôle emploi nous propose très peu de candidats sur le PEC […] On a vu des jeunes envoyés par Pôle emploi, arrivant devant le jury et méconnaissant le contenu de l’offre. » Autre territoire, autre son de cloche… Chantal Gantch, maire de Savignac-de-l’Isle a embauché une personne en PEC cette année. La maire est satisfaite : « il y a eu un échange très constructif avec Pôle emploi […] on ne laisse pas la personne dans le vide ».

 

L’entretien tripartite, prévu dans le processus, n’a jamais eu lieu avec Pôle emploi

 

Pôle emploi est très impliqué, les engagements sont jusque-là respectés ». À Pau, ville et agglomération, ainsi qu’à la communauté d’agglomération Paris-Saclay, le PEC apparaît particulièrement profitable aux personnes en situation de handicap. « Un public qu’on n’aurait pas pu recruter sans le PEC, reconnaît Aurélia de Portzamparc, et qui apporte beaucoup à la cohésion des équipes ».

Renchérissant, Pascal Visset, directeur du réseau des médiathèques à Paris Saclay déclare : « Cap emploi se montre très disponible pour répondre aux questions ». Quant à la formation pour ces publics en PEC, elle consiste surtout à des remises à niveau en maths, français, lecture, indique-t-on, à la ville du Mans. À Rennes, ville et métropole, les personnes sur des missions d’Atsem préparent tout de même un diplôme, le CAP Accompagnant éducatif petite enfance, en l’occurrence.

 

Perte sèche pour les petites collectivités

Pour Rennes, ville et métropole, et Le Mans, ville et agglomération, la diminution de l’aide de l’État s’avère quasi indolore. Rennes maintient même des volumes horaires à 35 heures. « Le budget de la masse salariale du Mans, avoisinant les 60 millions d’euros peut bien supporter une vingtaine de PEC qui coûtent, en charge brute 1 200 euros par mois » estime, magnanime, Patrick Delpech. Mais les petites collectivités, elles, tirent la langue. Sans les contrats aidés ancienne mouture, elles avancent à marche forcée. La commune de Savignac-de-l’Isle a connu jusqu’à quatre contrats aidés, un à la voirie, deux en périscolaire, et un à l’administratif pour soulager la secrétaire. « Tous ont retrouvé un emploi par la suite » affirme la maire de la commune Chantal Gantch. La commune n’a plus qu’un PEC de 20 heures assuré par une dame de 57 ans, œuvrant à la cantine et sur un temps administratif.

 

« Ce sont les femmes qui trinquent encore dans cette histoire »

 

« Ce sont les femmes qui trinquent encore dans cette histoire, tance la vice-présidente de l’Association des maires ruraux de Gironde. Les contrats aidés permettaient de faire bouillir la marmite, cela évitait aux familles monoparentales des charges de mobilité ». Pas de quoi attendrir Jean-Marc Borello : « le problème d’argent des collectivités demeure, mais ce n’est pas au ministère du Travail de le résoudre ». Or, pour 2020, aucune embellie n’est annoncée, l’enveloppe PEC au niveau national sera quasiment équivalente à celle de 2019, soit de 100 000 contrats. C’est trois fois moins de contrats aidés qu’en 2017, et presque cinq fois moins qu’en 2016, époque certes où le secteur marchand était également employeur.

Lire aussi : Pourquoi le coût de la mobilité fragilise l’emploi des femmes

 

Moins de jeunes « aidés » dans les collectivités

Les jeunes sont la partie congrue des bénéficiaires du PEC. En Nouvelle Aquitaine, la Direecte délivre des PEC au compte-gouttes pour ce public. Les dix missions locales de la Gironde ont conclu 140 PEC en 2019, ce qui est très loin des 2 500 contrats aidés signés en 2018. Interpellés, les députés, pour beaucoup issus de la majorité gouvernementale, ont rétorqué que d’autres dispositifs existaient. Jean-Michel Birem, directeur de la Mission locale des deux rives à Cadillac en Gironde s’inscrit en faux : « rien n’a remplacé les contrats d’avenir pour les jeunes ».

 

« Quand on a 20 ans, le but c’est d’acquérir une compétence et un métier plutôt que de faire bouche-trou dans un contrat aidé »

 

Conséquence pour les petites et moyennes collectivités ? « Faire une croix sur des services proposés à leurs concitoyens, adossés à des jeunes qui, en trois ans, avaient le temps de se former, d’acquérir une expérience et un premier logement » regrette le directeur.

Là, non plus, Jean-Michel Borello n’y va pas par quatre chemins : « Je suis absolument désolée pour les collectivités territoriales, mais quand on a 20 ans, le but c’est d’acquérir une compétence et un métier plutôt que de faire bouche-trou dans un contrat aidé et de se retrouver au chômage ».

 

 

 

 

 

 

 

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