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Damien Berthilier : « Les projets éducatifs des territoires sont en jachère »

19/02/2020 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

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L’appel de Bobigny, lancé en 2010, avait soulevé un vent d’espoir chez les acteurs de l’éducation dans les collectivités territoriales. Mais les grandes idées de la loi de Refondation de l’École de la République, qui collaient à l’esprit de l’appel, sont progressivement remises en cause. RFVE, par la voix de son président, entend rappeler que l’éducation de proximité, au sens large, est un enjeu cardinal.

Vous allez publier prochainement un manifeste sur les politiques éducatives territoriales à la fin février. Qu’est-ce qui motive une telle démarche ?

RFVE est l’un des initiateurs de l’appel de Bobigny, lancé en 2010 par plusieurs organisations. Cet appel reposait sur l’idée de replacer l’éducation au cœur de l’action territoriale. Cet appel a eu un effet inespéré puisque certaines de ses propositions figurent dans la loi de Refondation de l’École de la République de juillet 2013, mise en place par le ministre d’alors, Vincent Peillon.

On avait donc eu l’impression que cette mobilisation avait porté ses fruits. Mais cette joie fut de courte durée puisque, pour ne prendre que le thème des rythmes scolaires, le ministre Jean-Michel Blanquer a fortement affaibli la portée de ce travail en permettant aux communes de choisir de les conserver… ou pas ! Avec à la clef des suppressions massives d’activités périscolaires. Pour nous, cette question n’est pas anodine. Il faut réaffirmer le principe d’une priorité accordée à l’éducation au sein même des territoires. D’où le manifeste que nous allons prochainement publier…

 

Il faut réaffirmer le principe d’une priorité accordée à l’éducation au sein même des territoires

 

Que pourra-t-on lire dans ce manifeste ?

Il vient en complément de ce que nous défendons depuis des années. Mais il était important, dans le contexte électoral, de réaffirmer la question centrale de l’éducation. Nous avions organisé nos rencontres nationales en novembre dernier sur le thème suivant : Quelle éducation en 2030 ? C’est à partir de la synthèse de ces débats que l’idée d’un manifeste a émergé. Comment ne pas comprendre que la réussite de la transition écologique, qui s’est imposée comme une priorité dans les politiques publiques, ne pourra se faire qu’en y associant les plus jeunes ? Cette génération climat que forment les jeunes a besoin de comprendre les enjeux, de savoir les décrypter. Elle a besoin de savoir où trouver les bonnes informations, de déjouer les pièges des fake news, etc. Face à tous les défis que nous devons relever, l’éducation doit pouvoir fournir tous les outils nécessaires à une bonne connaissance du contexte.

 

Cette génération climat que forment les jeunes a besoin de comprendre les enjeux, de savoir les décrypter

 

Comment réaffirmer cette place de l’éducation à l’échelle territoriale ?

En refaisant de la politique. Nous vivons une crise sociale, une crise du sens. Les projets éducatifs des territoires sont en jachère.

Le gouvernement agit seul, sans concertation. Je n’ai jamais connu ça, que ce soit sous un gouvernement de droite ou de gauche. Ce gouvernement considère que les corps intermédiaires ne servent à rien.

On l’a encore vu avec l’école obligatoire dès 3 ans et le forfait avec les écoles privées ou la fragilisation du secteur de l’animation. Et le Plan mercredi ne compense pas le nombre d’élèves qui se trouvent aujourd’hui livrés à eux-mêmes. Dans une grande ville de la région parisienne, sur les 8 000 élèves concernés par les activités périscolaires, un peu moins de 1 000 seulement aujourd’hui ont accès à une activité depuis la fin de la semaine de 4 jours et demi. Ce stop-and-go n’est pas une bonne chose. Il faut du temps aux politiques éducatives pour s’installer dans la durée et trouver le chemin de l’efficience.

 

Le Plan mercredi ne compense pas le nombre d’élèves qui se trouvent aujourd’hui livrés à eux-mêmes

 

« Besoin de prendre du recul »
Il en a fait l’annonce récemment via un message Facebook. Damien Berthilier ne se représentera en 2020 pour les prochaines municipales et métropolitaines. « On n’est réellement indispensable qu’à peu de monde. Il faut avoir la lucidité de ne pas l’oublier et savoir faire des choix en conséquence.
Après 20 ans d’engagement politique sous différentes formes et deux mandats municipaux, le moment est venu de tourner une page. J’ai une pensée particulière pour mes collègues qui m’ont apporté par la sincérité de leur engagement et dont beaucoup font le même choix », dit-il. « Il faut savoir prendre du recul. Je vais rester actif mais d’une autre manière. Pour l’heure, j’ai besoin de me consacrer à d’autres activités », nous confirme-t-il. Après l’élection municipale, RFVE procédera donc à la désignation d’un nouveau président.

 

Quand le politique est moins performant, l’administration centrale reprend la main

 

Considérez-vous que l’éducation est moins prise en compte dans les collectivités territoriales ?

J’insiste sur le fait qu’il faut garder de la constance en matière éducative. L’éducation, à l’instar de la culture, est une variable d’ajustement à la baisse dans un contexte de frugalité des finances publiques. Certaines villes peuvent être par exemple tentées de supprimer des postes d’Atsem dans les écoles. Les dotations ont tendance à baisser. C’est pour cette raison que je dis qu’il faut faire de la politique. Quand le politique est moins performant, l’administration centrale reprend la main. Et pour elle, le prisme budgétaire prévaut sur tout le reste. Elle ne sait pas ce qu’est une politique éducative de proximité. C’est aux élus de s’imposer et c’est ce que fait la centaine de villes qui composent RFVE.

 

Lire aussi : « La transmission de l’idéal de paix se fait par l’éducation »

 

Damien Berthilier est président du Réseau français des villes éducatrices (RFVE).
Il est adjoint au maire de Villeurbanne chargé de l’éducation et des universités depuis 2008. Il a décidé de ne pas se représenter aux prochaines élections municipales et métropolitaines.

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