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EFFONDREMENT

 

Yves Cochet : « La ZAD de Notre-Dame-des-Landes, c’est l’exemple à suivre »

09/03/2020 | par Séverine Cattiaux | Toute l'actualité

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Yves Cochet est l’homme des scénarios catastrophe. Depuis des années, il explique que l’effondrement est une certitude, qui va rayer de la carte la moitié de la population de la planète. Mais même à ceux qui n’y croient pas, ses prédictions peuvent donner à réfléchir sur les priorités à adopter.

Le livre « Devant l’effondrement » prévoit le début de la fin de notre monde vers 2035. « On n’est pas à cinq ans près » concède Yves Cochet, son auteur. Un roman fiction pour provoquer un sursaut dans l’opinion ? Même pas, Yves Cochet affirme tenir un discours de vérité et, pire encore, il n’entrevoit aucune échappatoire possible. Ainsi vers 2040, la population sera décimée, comme jamais, par des catastrophes de natures multiples et des guerres civiles. À l’origine de tous ces maux ? L’emballement climatique combiné à la fuite en avant de la croissance et l’incapacité des dirigeants à changer de logiciel. L’accalmie retrouvée, les survivants s’organiseront en communauté. Du moins, s’il en reste.

 

Votre livre annonce la fin de la société comme inéluctable et imminente… Vous vous rendez compte du choc que cela peut produire chez vos lecteurs ?

Ce n’est en effet pas d’une petite chose dont on parle, ça va être assez cruel, cruel au point qu’en termes démographiques, l’effondrement va décimer la population. C’est une estimation subjective, mais il est probable qu’en 2050, il n’y ait plus que quelques milliards d’individus, ou peut-être un ou deux ou trois… Mais en aucun cas dix milliards comme le prétend l’Institut national d’études démographiques (Ined) en France ou la division des populations de l’Onu au niveau international… Ces prévisions reposent sur des croyances de continuistes, alors que c’est impossible, le monde ne peut pas continuer comme maintenant. Demeure également l’hypothèse d’un épisode nucléaire civile ou nucléaire à envisager, et là c’est l’extinction elle-même de l’espèce humaine, et pas seulement… Oui c’est hélas une probabilité.

 

« C’est vraiment le plus calmement, le plus raisonnablement, le plus rationnellement, que j’ai essayé de formuler cette hypothèse de l’avenir »

 

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Et si vous étiez dans l’erreur ?

La plupart du temps les gens disent : « Ah c’est quand même très extrémiste ce que vous dites, ce n’est pas possible, quand même pas à cette échelle ». Ils croient que ce scénario est le plus extrême possible. Pas du tout. Je démens tout de suite un argument qui consiste à dire que ce sont les rêveries d’un fou, un peu comme il y a des cinglés de Allah, des salafistes et des terroristes… J’ai toujours été plutôt rationaliste, réformiste et lucide. C’est vraiment le plus calmement, le plus raisonnablement, le plus rationnellement, le plus quantitativement, que j’ai essayé de formuler cette hypothèse de l’avenir. Je ne fais que tirer les conséquences des rapports du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) sur la biodiversité, ou les rapports sur le Programme des Nations unies pour l’environnement. L’évolution de leurs propres rapports est d’ailleurs, vous l’observerez, de plus en plus pessimistes.

 

Il faudrait des grands changements qui, hélas, ne peuvent être entrepris par aucun pays dans le monde…

 

TÉMOIGNAGE
« Le jour où ça s’effondre, c’est pas mal d’être à Rennes »
« Aujourd’hui on ne parle de pas d’effondrement, mais de résilience et de transition à Rennes. Pour autant, il y a des réflexions sur l’autonomie alimentaire, sur la ceinture verte… On a promu le plan alimentaire durable, des filières écologiques… À Rennes, la ressource en eau est régie par la ville. On doit avancer plus loin sur la dépendance au pétrole, mais le jour où ça s’effondre, c’est pas mal d’être à Rennes. Je suis consultante à l’étranger, je mesure la chance qu’il y a d’être en Bretagne face aux perspectives d’effondrement […] Je crois qu’on commence aussi à être plus conscient que les questions migratoires, ce n’est que le début, au vu des graves événements climatiques qui surgissent. Donc qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on est en capacité d’accompagner, d’accueillir, de protéger, de soigner ? Je pense qu’on peut créer du gagnant-gagnant. On a vu que des migrants ont permis parfois de maintenir une école. Il faut essayer de porter aussi un récit positif face à ces questions-là… »

Charlotte Marchandise, adjointe déléguée chargée de la santé à Rennes

 

Pourquoi serait-il impossible d’empêcher le désastre que vous prédisez ?

Les mesurettes qui sont prises ne font pas le poids ! Il faudrait des grands changements qui, hélas, ne peuvent être entrepris par aucun pays dans le monde… 99 % des décideurs économiques et politiques pensent en gros que les trois piliers sur lesquels on s’appuie pour trouver le bonheur et la croissance, c’est justement premièrement la croissance, deuxièmement le marché, troisièmement plus de technologie. Mais c’est ce que j’appelle un élan vers le pire. Plus on va fonctionner comme cela, et plus vite la catastrophe arrivera… et moins vite on sera préparé, car l’anticipation est égale à zéro de la part des responsables politiques.

 

Il faut avoir trois obsessions : l’alimentation, l’énergie et disons la démocratie et la civilisation

 

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Quelle solution immédiate préconisez-vous ?

Ce qu’il faut, c’est se préparer, anticiper les drames immenses qui vont arriver. Mon programme politique est extrêmement modeste : minimiser le nombre de morts. C’est le programme principal qui devrait être l’objectif premier, largement premier, de toutes politiques. Il faut avoir trois obsessions : l’alimentation, l’énergie et disons la démocratie et la civilisation. Pensez bien qu’à côté de ça, se demander si la retraite va être par point ou par trimestre, et alors qu’on en discute depuis deux ans, semble vain. Quand on dit qu’il y a des priorités relevant de la survie même, on n’est pas là à se demander si les notaires doivent conserver leur régime autonome plutôt bien fourni en milliards… C’est ça qui me désole.

 

L’idée est de fuir tout ce s’apparente à la métropolisation, à des modèles du type Grand Paris, Grand Lyon, qui sont des bêtises absolues…

 

TÉMOIGNAGE
« On essaye de penser à quelque chose de moins violent »
« On essaye d’être positif, de penser à quelque chose de moins violent que l’effondrement, de promouvoir un changement de modèle sociétal. Notre objectif, c’est par exemple d’œuvrer à la relocalisation de l’emploi sur le territoire avec le développement de fermes urbaines dans le cadre d’une politique d’autonomie alimentaire… On a fait l’acquisition d’exploitations qui étaient en cessation d’activité pour pouvoir les convertir en maraîchage biologique et permettre l’installation de jeunes maraîchers sur la commune, et répondre aux besoins de nos cantines 100 % bio… On a beaucoup de grands groupes industriels localement dont les décisions sont prises hors de France. On a bien conscience que si on subissait le choc de fermeture de ces entreprises sur le territoire, ce serait assez catastrophique pour les habitants. »

Arnaud Houel, directeur du pôle transition, aménagement et développement de Grande-Synthe

 

Que feriez-vous si vous étiez à la tête d’une collectivité ?

Si j’étais à l’aménagement du territoire dans une ville, je commencerais par organiser l’exode urbain de manière la plus calme possible. Il faut ensuite s’évertuer à construire des biorégions résilientes partout en France, en Europe et dans le monde, il faut en construire plusieurs centaines, un millier, ou des milliers, que sais-je… L’idée est de fuir tout ce s’apparente à la métropolisation, à des modèles du type Grand Paris, Grand Lyon, qui sont des bêtises absolues… Dans un ouvrage sur le devenir de l’Ile-de-France en 2050, on prévoit que, vers 2040, Paris sera absolument invivable… Il n’y aura plus d’eau courante au robinet. Alors vous pouvez toujours avec votre casserole puiser de l’eau dans la Seine. Mais bon, vous n’irez pas bien loin… La ZAD de Notre-Dame-des-Landes, c’est un peu l’exemple à suivre pour vivre à la fois en paix et de manière assurée quant à la sustentation de la vie, c’est-à-dire avoir un peu d’énergie, un peu d’alimentation et un peu de civilité. Car le plus important est de garder nos valeurs… Comme disait notre ami Churchill : « Entre la civilisation et la barbarie, il y a cinq repas ».

 

Yves Cochet a été ministre de l’Environnement une petite année, sous le premier gouvernement de Lionel Jospin, député durant plusieurs mandats, et député européen. Docteur en mathématiques, il a été membre des Verts, puis du parti EELV. Fin des années 2000, il s’intéresse à la décroissance. En 2011, il cofonde l’Institut Momentum, un groupe de réflexion autour de la collapsologie, un courant qui étudie les risques d’un effondrement de la civilisation industrielle. Il se définit, pour sa part, comme « effondriste dans la version la plus dure ».

 

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