SUR LE PONT

 

Coronavirus : paroles de DGS à l’heure du confinement – jour 15

30/03/2020 | par Stéphane Menu | Toute l'actualité

Epidemic infectious disease outbreak with person analyzing virus strain and worldwide situation. SARS-CoV-2 pathogen causing coronavirus covid-19 pandemic disrupting social and economic life ©NicoElNino_Adobestock

Après 15 jours de confinement, les DGS sont dans le dur. Le vocabulaire change, les priorité bougent. Voici le 3e article des témoignages de nos lecteurs sur leur vie de territorial.e en période de confinement.

Les territoriaux sont aux première loges de la gestion de la crise. Personnels confinés, urgences quotidiennes à gérer, possibilité de tomber malade… le quotidien est stressant, prenant. Certains font leurs les paroles du président et considèrent que « nous sommes en guerre ». D’autres comptent sur leur culture de la sécurité. La Lettre du cadre est allé à leur rencontre et leur donne la parole pour qu’il racontent leur quotidien. Deuxième article, au 4e jour du confinement.

 

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« Nous faisions collectivement l’autruche en France »

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 Témoignage anonyme, d’un DGS d’une ville moyenne

« Malade avec suspicion du coronavirus, je travaille à domicile et comme tout le monde, je digère tous les jours les nouvelles infos, ordres et contre-ordres tout en dirigeant les équipes avec les cadres. À l’évidence en France, nous n’étions pas prêts, contrairement aux pays asiatiques ayant vécu l’épidémie du SRAS, qui eux dépistent massivement, isolent les porteurs et malades et continuent à maintenir l’activité de leurs pays. Nous luttons avec le plus mauvais système, le confinement de quasi toute la population. Il suffit de relire la presse de 1918, la grippe espagnole, pour être stupéfait. Nous allons vers un drame et le confinement et le report des élections municipales auraient dû être décidés fin février. Les premières victimes de ce premier tour de scrutin sont des présidents de bureaux de vote, des assesseurs et des agents municipaux, alors qu’ils doivent gérer la proximité et la solidarité en temps de crise.

 

C’est dramatique et historique, mais c’est l’occasion pour reconstruire économiquement un pays social et écologique

 

Nous faisions collectivement l’autruche en France, hallucinés par les enjeux électoraux et économiques, en pensant, « rigolards », que l’épidémie s’arrêterait en Italie. Vous l’avez compris, je m’indigne. Même si nous assumons localement nos missions vitales, nous avons le service public chevillé au corps, l’Europe et les démocraties carbonées (et donc non résilientes) vont peut-être couler en ce printemps 2020.

 

C’est dramatique et historique, mais c’est l’occasion pour reconstruire économiquement un pays social et écologique respectant la charte de l’environnement, intégrée à notre Constitution depuis 2004. Car il n’est plus question de transition sociale et écologique pour retrouver nos souverainetés perdues, mais d’une rupture urgente et c’est un devoir pour les générations futures. Il n’y aura pas de deuxième chance. »

 

 

« Pour avoir déjà été au milieu d’un conflit armé, je peux confirmer que nous sommes en guerre »

 

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 Xavier Boivert, DGS de Mordelles (Ille-et-Vilaine)

« Dès l’annonce du confinement par le président de la République, nous avons instauré en mairie un mode de rotation des cadres et du personnel indispensable pour assurer les tâches essentielles. Nous répondons aussi à l’accueil des enfants des personnels soignants dans une école. Nous n’en avons pas plus de cinq, mais nous sommes présents. Sur les 85 agents, environ dix sont en travail à distance. Nous faisons régulièrement le point avec le CIAS (centre intercommunal de l’action sociale), la gendarmerie, les agents sur le terrain, etc. Une centaine de bénévoles habitués à accompagner les personnes isolées et âgées s’impliquent pour leur fournir des aliments, des médicaments ou de l’écoute. Beaucoup d’agents en mairie se sont proposé de prendre le relais de ces bénévoles, pour leur éviter une exposition trop grande et trop longue. Pour le moment, nous restons en réserve. J’ai un passé militaire, j’ai vécu des situations difficiles et selon moi nous y sommes. En termes de management, mon discours est clair : il faut à la fois gérer l’urgence et ménager les forces. Quand un agent ne se sent pas bien, ou se sent moins bien, je lui demande d’aller se reposer pour revenir plus fort.

 

Mon discours de management est clair : il faut à la fois gérer l’urgence et ménager les forces

 

Nous avons besoin de peu de personnes mais toutes mobilisées à 100 % et donc, avouer une faiblesse, c’est aussi être responsable, c’est participer à l’effort collectif. Pour avoir déjà été au milieu d’un conflit armé, je peux confirmer que nous sommes en guerre. Mais le cadre est posé, acté. Je sens cette prise de conscience collective. Et si certains ne se sentent pas concernés, il faut le leur faire comprendre par la loi et son application rigoureuse. »

 

 

 

« Nous protégeons avant tout les agents »

 

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Émilie Agnoux, directrice de la transformation et du dialogue social, ETP Grand Paris Sud Est Avenir (Essonne)

« Nous avons immédiatement activé un plan de continuité des services publics. En interne, concernant la paie, la gestion comptable. En externe, pour la propreté, l’assainissement, la livraison des repas aux personnes âgées, etc. Grâce à la mobilisation de la DSI et de la DRH, nous avons mobilisé le pôle santé au travail sur les gestes barrières, pour bien rappeler leur nécessité. Nous avons commandé du gel hydroalcoolique, des masques et des gants pour les personnels en contact avec le public. Nous avons des préventeurs dans notre service de la médecine du travail, ils nous apportent aussi une aide précieuse. Face à cet ennemi invisible, nous jouons, sans la moindre hésitation, la carte de la protection des agents. Les femmes agents enceintes sont confinées chez elles. Nous sommes très vigilants sur les agents en contact avec le public. Au final, 80 % de nos agents sont confinés à la maison. Nous appliquons le principe de précaution : restez chez vous. Le DG passera le temps qu’il faut, trois fois par semaine, pour gérer les urgences, les signatures, etc.

 

Nous appliquons le principe de précaution : restez chez vous

 

Sur le télétravail, nous sommes en avance puisque 12 % de nos agents travaillent de chez eux. 300 cadres disposent d’un ordinateur portable pour travailler de leur domicile. Soixante nouveaux ordinateurs ont été configurés pour faire face à d’autres demandes. Nous avons la chance d’avoir développé de nombreux outils numériques, ce qui permet par exemple aux agents que l’on appellerait sur leur poste fixe de bénéficier d’un transfert vers leur portable et d’assurer ainsi la continuité du service public. Dernier point, nous nous appuyons beaucoup sur les syndicats, qui jouent un rôle d’intermédiaires avec les agents, et ce, grâce à Google Teams qui permet d’échanger à plusieurs efficacement. »

 

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