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Rotterdam, ville résiliente

08/04/2020 | par Marjolaine Koch | Actualités

Rotterdam Central Station in the evening ©Peter de Kievith_Adobestock

La cité portuaire néerlandaise a déployé une équipe chargée de réfléchir à la résilience de la ville. Toute pratique au sein des services, tout projet lancé est désormais passé au crible d’un outil destiné à rendre la ville durable.

C’est devenu un passage obligé : chaque projet est examiné sous le prisme de la résilience. L’objectif : limiter les effets climatiques, améliorer la cohésion au sein et entre les quartiers, repenser chaque aménagement à la fois dans son usage et dans son apport environnemental à la ville en tant qu’ensemble.

 

D’abord un tableur Excel

À Rotterdam, une équipe « résilience de la ville » a été constituée.

Son travail consiste, d’une part, à réceptionner les demandes des différents services souhaitant rendre leurs tâches quotidiennes plus « résilientes ». D’autre part, les détenteurs de projets peuvent demander de l’assistance pour mesurer et améliorer la valeur de résilience d’une série de projets planifiés ou en cours. Cette équipe dédiée a conçu, avec l’aide du réseau 100RC (100 Resilient Cities), un outil flexible et adaptable pour tout projet. L’ambition de l’outil est double : il scanne chaque projet mais offre aussi une grille d’analyse pour articuler les projets les uns avec les autres, à l’aune de ces valeurs de résilience.

 

L’ambition de l’outil est double : il scanne chaque projet mais offre aussi une grille d’analyse pour articuler les projets les uns avec les autres

 

Dans un premier temps, cet outil a pris la forme d’un tableur Excel. Ce fichier d’analyse aide à produire une rapide évaluation pour aider les meneurs de projet et l’équipe « résilience » à comprendre où se situent les valeurs de résilience du projet. Sept qualités de résilience ont été définies (voir encadré) : elles forment la trame de ce fichier, l’outil d’analyse permettant de distinguer les qualités qui peuvent se référer au type de projet. Outil à la fois technique et participatif, chacune des parties prenantes est invitée à étudier le projet au regard du fichier, avant d’en tirer une synthèse qui comprendra des axes d’amélioration des valeurs de résilience.

 

Ville résiliente, définition
Est appelée ville résiliente une ville ayant la capacité de s’adapter aux événements, afin de limiter les effets des catastrophes naturelles et de retrouver un fonctionnement normal le plus rapidement possible. Ces villes sont conçues ou adaptées lors de réaménagements, de manière à être capables de réduire l’impact économique, social et écologique d’une crise qui surviendrait. Choix des matériaux, implantation et amélioration de la robustesse des réseaux, modes de construction à privilégier, évitement de zones majeures… La prise en compte du prisme de la résilience demande aux concepteurs une très forte capacité d’innovation.

 

Des dimensions exceptionnelles

Sur le site qui référence tous les projets passés par ce processus, resilientrotterdam.nl, le résultat est éclairant : sur la place de Benthemplein, la partie basse a été aménagée en aire de basket-ball et de baseball. Mais lorsqu’il pleut, sa configuration permet de l’utiliser comme une zone tampon : les eaux des rues et des toits environnants s’y agglomèrent et rejoignent le réseau des égouts en entonnoir, amoindrissant ainsi la pression sur tout le système. Sur ce projet par exemple, l’outil de résilience a permis de repenser une aire de jeux en zone tampon pour les périodes de fortes pluies, pour soulager le réseau. L’intervention d’une série d’agents provenant de différents services a non seulement engendré une implication plus forte de ces services, mais a permis de trouver des solutions pour des problématiques concernant d’autres domaines.

D’autres projets ont pris des dimensions exceptionnelles, comme cette première ferme de ville flottante en cours d’aménagement. La ferme accueillera 40 vaches capables de livrer quotidiennement 800 litres de lait pour fournir les consommateurs locaux en lait et en yaourts. Sur trois étages, ce bâtiment flottant disposera de 120 panneaux solaires et proposera en plus des légumes frais. Ouverte aux visiteurs, ceux-ci pourront y découvrir toute l’infrastructure et les processus de traitement de l’eau, de recyclage et de transformation des produits. Le tout a été pensé de manière à fonctionner de la façon la plus circulaire possible.

 

Innovation de résilience : les outils de 100 Resilient Cities
Pour soutenir les villes dans leur démarche d’amélioration de la résilience, le réseau 100RC a créé, développé et optimisé un ensemble de ressources adaptables, en collaboration avec des villes partenaires, dont Rotterdam. Tous les outils sont réplicables et évolutifs, ils servent à définir ou améliorer la valeur de résilience de chaque projet. Ces outils garantissent que les objectifs de résilience ne soient à aucun moment perdus de vue dans la chaîne de conception du projet, jusqu’à sa livraison.
À cette date, 71 villes et gouvernements régionaux ont publié une stratégie de résilience en suivant les ressources fournies par 100RC : ces feuilles de route comprennent, au total, plus de 3 550 projets spécifiques et activités ciblées pour améliorer la résilience. Programmes sociaux, projets d’infrastructures, de réaménagements urbains, réorganisation de communautés impactées par un événement météorologique… les projets élaborés peuvent avoir une durée de quelques mois à plusieurs années. Dans ces villes, la gouvernance incluse de plus en plus spontanément ces caractéristiques et institutionnalise la résilience.
En fonction des régions du monde, 100RC a pu dresser un panorama représentant l’influence des conditions régionales : les villes africaines sont concentrées sur les questions d’énergie et de gestion des déchets, la région Asie-Pacifique angle sur la prévention des catastrophes, l’Amérique latine est orientée cohésion sociale, et l’Amérique du Nord donne la priorité à l’équité économique et sociale alors que l’Europe innove sur l’aménagement urbain.

 

Renforcer l’aspect participatif

Après avoir appliqué ce fichier Excel à une série de projets distincts, la ville a choisi de développer un outil plus sophistiqué, qui lui permet d’aller plus loin. Cet outil prend la forme d’ateliers pour renforcer l’aspect participatif de la première version, qui offrait le plus de valeur de résilience aux projets.

Cette nouvelle formule offre aussi la possibilité d’analyser plusieurs projets à la fois et donc, de les lier, de manière à renforcer le mouvement de résilience global de la ville. Depuis, d’autres villes, comme San Francisco ou le Greater Manchester, ont repris cette formule et l’ont appliquée, avec succès elles aussi.

 

LES SEPT QUALITÉS DE LA RÉSILIENCE
1. Pratique réflective : utilisation des expériences passées pour éclairer les futures décisions
2. Ingénieuse : explorer des solutions alternatives pour substituer certaines ressources
3. Robuste : des systèmes bien conçus et bien gérés
4. Superflue : des capacités de réserve créées pour disposer de palliatifs en cas de crise
5. Flexible : volonté et habilité à adopter des stratégies alternatives en réponse à des circonstances changeantes
6. Inclusive : privilégier les larges consultations pour créer un sentiment d’appartenance à la prise de décision
7. Intégrée : rassembler un lot de systèmes et d’institutions distincts.

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