LA RELÈVE

 

Léonore Moncond’Huy : « Faire revenir à la politique des gens qui ne s’y intéressaient plus »

31/07/2020 | par Marjolaine Koch | Actualités

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Âgée d’à peine 30 ans, Léonore Moncond’Huy vient de souffler la place à Alain Claeys à la mairie de Poitiers. Une élection qui est l’aboutissement de deux années de préparation en mode démocratie participative, dont les méthodes promettent de revisiter les rôles de chacun, citoyens, élus et agents territoriaux.

Comment en vient-on à se présenter aux élections municipales d’une ville de 80 000 habitants, lorsqu’on a 30 ans ?

Je suis issue d’un mouvement, Poitiers collectif, né il y a deux ans. Un mouvement créé à l’échelle locale et qui visait à élaborer une démarche sur le long terme avec une méthode très structurée. L’objectif était de construire un programme, puis de désigner l’équipe, et enfin désigner la tête de liste. En faisant partie de la démarche depuis le début, mon engagement m’a légitimée auprès du groupe pour être la tête de liste.

 

En faisant partie de la démarche depuis le début, mon engagement m’a légitimée auprès du groupe pour être la tête de liste

 

Comment étiez-vous structuré au sein de Poitiers collectif ?

Nous avons passé un an à construire un programme en quinze groupes thématiques, avec une équipe qui assurait la coordination de l’ensemble. Des plénières publiques étaient organisées tous les quinze jours ou tous les mois selon l’actualité, où toutes nos décisions étaient prises de manière publique. C’est une forme qu’on a voulue très ouverte pour faire revenir à la politique des gens qui ne s’y intéressaient plus, qui se sentaient exclus par les formes traditionnelles de participation politique.

 

Ça marchait, du monde venait ?

Au début, nous étions un petit groupe. Mais l’opération a fait boule de neige et, lors des dernières plénières, il y avait entre 50 et 100 participants avec beaucoup de renouvellement. Au départ, les rangs comptaient principalement des personnes engagées dans la ville, à titre associatif, personnel, militant ou professionnel… puis le cercle s’est élargi et a réuni des personnes de tous horizons, avec un point commun : ils aiment la ville et la politique au sens noble du terme. Au final, notre liste est jeune : 39 ans de moyenne d’âge.

 

C’est une forme qu’on a voulue très ouverte pour faire revenir à la politique des gens qui ne s’y intéressaient plus

 

Comment allez-vous faire perdurer ce côté collectif du mouvement ?

Une association, qui est la continuité de Poitiers collectif, vient de voir le jour. Elle travaillera en parallèle de la mairie pour que l’on continue à avoir une vision très ouverte de la politique, très participative. Cette association accompagnera les élus, leur donnera l’opportunité de faire de la pédagogie, de présenter les avancées concrètes de leurs actions, pourra aussi les interpeller si c’est nécessaire. C’est une forme de conseil des sages et un pont entre élus et citoyens. Dans quelque temps, cette association pourra aussi animer des réflexions dans la ville. C’est très important pour moi de maintenir cette ouverture hors les murs de la mairie.

 

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Comment cela va-t-il s’articuler avec le conseil municipal ?

Notre programme contient beaucoup d’outils qui visent à faire évoluer le fonctionnement du conseil municipal. Par exemple, on envisage la création d’une assemblée citoyenne qui rassemblerait les instances déjà existantes : les comités de quartier, des associations, le conseil communal des jeunes… Cette assemblée aurait un droit d’interpellation. Lors de chaque conseil municipal, une partie de l’ordre du jour sera laissée aux représentants citoyens. Il y a aussi un droit d’initiative locale, un référendum d’initiative locale… nous espérons que tous ces outils permettront au citoyen d’entrer dans la vie municipale.

 

Lors de chaque conseil municipal, une partie de l’ordre du jour sera laissée aux représentants citoyens

 

L’autre point crucial sera également d’articuler votre projet avec l’administration territoriale, dont les services ont un mode de fonctionnement rodé, ce qui va leur demander ainsi qu’à vous des adaptations…

Tout à fait. Le message que l’on porte auprès des équipes, c’est que l’on s’inscrit dans la relève et non pas dans la rupture. Le changement n’implique pas forcément la brutalité. Le collectif se fait aussi avec les services et pour avancer ensemble, nous allons commencer dès la rentrée une démarche de formation pour que nous ayons une compréhension commune de notre projet, ce qui leur permettra d’en être les ambassadeurs. D’autre part, nous sommes convaincus que l’innovation peut aussi naître au sein des services d’une collectivité. Je suis sûre que des solutions à nos objectifs politiques se trouvent déjà dans certains cartons : à nous de libérer les énergies et de libérer la confiance pour qu’ils puissent proposer leurs idées et être pleinement associés à notre projet.

 

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Sur quoi porteront les formations de septembre ?

Les premières formations porteront sur notre programme, constitué de trois piliers : écologie, justice sociale et démocratie. Il est important d’avoir une compréhension commune des thématiques écologistes. Dans un second temps, nous envisagerons des formations plus poussées sur les thématiques qui nous tiennent à cœur, le climat ou la biodiversité. Il faut avoir une connaissance scientifique de ces enjeux-là pour comprendre la nécessité de ces actions.

 

Le collectif se fait aussi avec les services et pour avancer ensemble

 

Et des formations sur les méthodes aussi ?

En effet, les pratiques démocratiques nouvelles sont un point important. Nous nous inspirons beaucoup des principes de la sociocratie, c’est-à-dire comment arrive-t-on à fonctionner collectivement, avec des méthodes inspirées de l’éducation populaire ? C’est un sujet sur lequel nous souhaitons que la collectivité monte en compétence, pour être en mesure de prendre en charge en interne toute l’animation des processus participatifs que l’on veut développer. Notre objectif est que cela devienne un état d’esprit global dans les services.

 

Vous avez souhaité mettre aussi du collectif dans la relation des communes avec l’EPCI, en choisissant notamment de ne pas vous présenter comme il en était la coutume. Cela nécessite quels changements d’organisation ?

Nous avons effectivement fait le choix de soutenir une candidature d’une autre commune, pour rester cohérent avec notre volonté de gouvernance partagée. Mais comme nous héritons d’une situation où le maire de la ville-centre devenait automatiquement président de l’EPCI, l’organisation était tournée vers Poitiers. Pour rassurer sur le fait qu’il y aura une continuité politique et technique dans ce choix-là, nous avons décidé de conserver le même directeur des services pour les deux échelons de collectivité et un cabinet politique commun. C’est une manière de montrer que ce n’est pas parce qu’on partage la gouvernance, qu’il n’y a plus de cohérence ou d’efficacité dans l’action publique.

 

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