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Sommes-nous vraiment « tous écologistes » ?

27/08/2020 | par Nicolas Braemer | Toute l'actualité

Fridays for future: students hands showing  banners and boards; SOS ©bravajulia_Adobestock

En matière de lutte climatique, l’opposition stérile entre « ceux qui parlent » et « ceux qui font » est mortifère. Elle sert d’excuse à ceux qui disent faire sans faire vraiment. Au contraire, pour sonner l’alerte, il faut parler et parler fort.

Au cours de l’été, le Premier ministre a publié une tribune dans Ouest-France*, intitulée dans « Tous écologistes ! », dans laquelle il livre « sa vision de l’écologie, ses priorités et sa méthode ».

En matière de priorité et de méthode, mon sentiment est que ce texte n’apporte pas grand-chose, mais on peut en discuter. En matière de « vision de l’écologie » en revanche, les choses sont plus claires. Jean Castex met au coeur de son propos la dénonciation d’une écologie de « l’incantation », pour l’opposer à « l’action de terrain » qu’il revendique. Il y aurait celles et ceux qui parlent, forcément trop fort, et celles et ceux qui font, sous-entendu bien et assez. Cette opposition formelle de la parole et de l’action relève au mieux d’une mise en scène stérile, au pire de l’imposture.

 

Face à l’ampleur du déni climatique, la parole est une arme

 

Dire

D’abord parce qu’en matière de lutte climatique, il est essentiel de dire. Face à l’ampleur du déni, la parole est une arme. La communication, l’explication, les films, les images… sont essentiels pour faire comprendre et pour faire agir. Face aux entreprises et aux États prédateurs, qui utiliseraient des moyens illimités pour nier la gravité de leur atteinte à la vie de la planète, les coupables seraient celles et ceux qui dénoncent ces scandales et demandent qu’on change de route ?

Heureusement, au contraire, qu’il y a sur cette terre, des Greta Thunberg (oui !), des Wanjuhi Njoroge, des Bruno Rodriguez… qui utilisent leurs talents de communication pour nous convaincre des dangers de notre modèle actuel.

 

Faire ne suffit pas. On peut faire, mais mal faire ou ne pas assez faire.

 

Dire et faire

Ensuite parce que celles et ceux qui disent peuvent également faire. Les maires qui se sont lancés dans des politiques ambitieuses de préservation de l’environnement (on pense à Daniel Cueff, ancien maire de Langouët connu pour son refus des pesticides et pour avoir engagé très tôt sa commune dans la transition écologique) ont aussi tenu, souvent avant tout le monde, des discours pour sonner l’alarme. Ont été dans l’incantation, dirait le Premier ministre.

Et que dire des chercheurs du GIEC et de leur essentiel travail (ils ont donc fait) sur les conséquences mortelles du réchauffement climatique, mais qui continuent à parler au quotidien pour nous inciter à en tirer les conclusions radicales qui s’imposent ?

 

Consacrer seulement un tiers des sommes allouées au plan de relance, ça n’est pas faire

 

Faire assez

Enfin, parce que faire ne suffit pas. On peut faire, mais mal faire ou ne pas assez faire. Les priorités (ou ce qui en tient lieu, car limiter l’écologie aux pistes cyclables et à la rénovation thermique… bref) affichées par le Premier ministre sont particulièrement insuffisantes. Et encore, si cette vision étroite était suivie d’effets…

Mais en réalité, consacrer seulement un tiers des sommes allouées au plan de relance, ça n’est pas faire. C’est faire bien trop peu. Surtout quand par ailleurs, on défait en réautorisant les néonicotinoïdes.

 

Donc non, contrairement à ce que dit Jean Castex, nous ne sommes pas « tous écologistes ».

 

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