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Prenez du recul

 

Renforcez votre blindage !

28/10/2013 | par Nicolas Braemer, Maria-Gabriella Cairo | Toute l'actualité

Personne n’est égal face au harcèlement. Il existe, heureusement, des solutions pour prendre conscience de la situation et pour enclencher les bonnes actions afin de ne pas s’enfermer dans un cercle vicieux.

Face au cas de harcèlement, d’autres solutions que la voie juridique existent. Les professionnels des différents domaines concernés par la problématique, à savoir médecins du travail, avocats, victimologues et psychologues sont tous d’accord sur le fait que, face à un cas de harcèlement, il est fondamental que la victime ait une prise de conscience rapide. C’est en effet, la victime qui doit repérer le mécanisme d’emprise et intégrer qu’elle est en danger, pour enfin réagir.En réalité, les personnes souffrent de harcèlement, sans toutefois être conscientes qu’elles courent un vrai danger. Dans bien des cas, elles tardent à réagir.

Êtes-vous victime de harcèlement ?
Quels sont les éléments qui peuvent vous aider à soupçonner que vous êtes victime de harcèlement ? La réponse est d’ordre émotionnelle. Si vous ressentez de la culpabilité au point de vous justifier souvent auprès d’un élu ou d’un chef exigeant, redoublez d’attention. Si vous ressentez de la peur, et non du stress, lorsque vous êtes en contact avec cette même personne et si cette peur persiste, même à distance, dès lors qu’est mentionné son nom, il y a des risques que vous soyez sous emprise. Si vous vivez de l’angoisse, de façon constante, au point qu’il vous est difficile d’analyser la situation, si vous évitez les lieux qui pourraient vous mettre en présence de cette personne, si cette angoisse génère fréquemment des flash-back, qui vous ramènent par la pensée dans des situations qui provoquent une énième montée de peur et si vous vous sentez profondément fatigué. Réagissez !

À FAIRE
• Rester vigilant, écouter ses peurs sans les confondre avec du stress • Identifier des faits avérés et les noter • Demander conseil à un professionnel

A ÉVITER
• Ne pas tomber dans le piège de la justification • Ne pas s’isoler dans sa souffrance

Réagissez !
Vous devez identifier des faits avérés et noter scrupuleusement les moindres agissements de votre harceleur. Cette démarche étayera votre dossier dans le cas d’un procès mais surtout vous permet de prendre de la distance par rapport aux agissements malveillants, car elle s’inscrit dans une analyse rationnelle qui vous éloigne des 28 La Lettre du cadre territorial • novembre 2013 émotions négatives. Se rapprocher d’un professionnel spécialiste du harcèlement est également une solution pertinente. Des associations telles que l’Association des victimes de harcèlement au travail ou SOS harcèlement aident à constituer un dossier conséquent pour poursuivre en justice. Des professionnels proposent un accompagnement ciblé. Ils apportent des éclaircissements sur le mode de fonctionnement des harceleurs pour que la victime cerne mieux son bourreau. Ils aident à comprendre les impacts de ces agissements sur le système émotionnel, afin que les victimes maîtrisent leur détresse et sortent de l’emprise. L’écoute avertie d’un professionnel apporte un soulagement et permet de comprendre que le harceleur ne changera pas et que le deuil d’une communication normale et authentique est nécessaire. Dans cette démarche, la victime apprend des techniques, telles que la contremanipulation, ou adopte des parades au fait de se justifier.

Il n’est jamais trop tard
Évidemment, la solution idéale est de s’éloigner en tout point de son harceleur lorsque c’est possible. Malheureusement, ce scénario devient probable seulement lorsque l’institution accepte la réalité du harcèlement. Le cas échéant, on observe des victimes qui sollicitent une nouvelle affectation. Il n’est jamais trop tard pour stopper d’urgence tout système aliénant. Il faut agir au plus vite car sa propre vie en dépend. Les harceleurs semblent invincibles lorsque leur emprise est instaurée. En réalité, leur narcissisme induit un excès de confiance de leur part qui peut se retourner contre eux. À condition d’user de la bonne stratégie.

TÉMOIGNAGE ANONYME
« Pas de compromis possible »
« Il n’y a pas d’alternative que de fuir. Lorsque vous êtes directeur, vous êtes directement exposé car il y a une proximité très forte avec le maire. Il est l’employeur, il a l’autorité disciplinaire et la légitimité démocratique. Il n’y a pas de compromis possible. L’article 40, c’est l’arme nucléaire. En pratique, il est impossible de le mettre en oeuvre car le procureur appelle directement l’élu dans ces cas-là. Cela pose un vrai problème. La loi devrait évoluer. Il faudrait d’autres outils. En attendant de partir, avoir une direction soudée pour faire bloc face au maire aide beaucoup. Il faut aussi continuer à travailler dans une forme d’hypocrisie, faire le job pour ne pas être mis en cause. »

TÉMOIGNAGE ANONYME
« Quand votre élu vous harcèle, ou le long chemin de la perte de soi »
« Un jour, vous héritez d’un nouvel élu. Au début, pas de quoi se méfier d’un adjoint sympathique. Puis, il commence à montrer les signes de sa perversion. Vous refusez une fois d’accéder à une de ses demandes et tout commence à se dérégler. Des actes vexatoires d’abord, puis une grave accusation, enfin des mesures punitives : retrait de la NBI, annulation d’un rappel de rémunération, diminution de prime. Petit à petit l’atmosphère devient irrespirable. Vous finissez par ne même plus oser regarder votre élu dans les yeux : vous baissez le regard, vous restez muet, littéralement incapable de parler. Au début, vous vous battez, vous déposez plainte, saisissez le tribunal administratif, diligentez une enquête auprès du Procureur de la République, consultez un avocat, vous en appelez au maire et ses adjoints. Mais au fil des échecs (un maire qui ne tranche pas, une décision de justice qui n’est pas clairement en votre faveur), vous baissez les bras, vous vous repliez sur vous-même, la souffrance physique frappe (douleurs, paniques, cancer même). Un jour, c’est l’effondrement : vous ne pouvez plus aller travailler. On a bel et bien détruit votre personnalité professionnelle. La suite ne sera qu’un long travail de reconstruction, qui passe par la reconnaissance de la maladie professionnelle : un chemin de croix, mais essentiel pour retrouver sa dignité et refaire surface. »

 

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