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Francis Massé, haut fonctionnaire
La période électorale en cours est propice aux débats d'opinion. En toute rigueur les fonctionnaires demeurent loyaux à l'Etat dont ils sont les serviteurs intelligents. En toute rigueur qui peut dire - sinon les fonctionnaires - sans doute pas mieux que d'autres mais en réalité avec d'autres - pourquoi et comment poursuivre le long mouvement de réforme de l'Etat ? Ils en ont la légitimité puisqu'ils en ont la compétence pratique.
Après avoir écrit le silence politique, puis le citoyen, clé de l'Europe, j'ai ressenti comme un manque. Dans le premier essai, je tentais de décrire l'impuissance publique, l'autisme des gouvernants ainsi que les méfaits de l'absence de discours et d'action sur la réforme de l'Etat, préalable, en France en tout cas, pour mieux agir sur l'environnement, la santé, l'éducation, l'emploi. Occultées, les grandes réformes indispensables, notamment la réforme des réformes, la matrice des réformes, celle qui facilite les autres, la réforme de l'Etat, pèsent en effet en creux sur la compétitivité globale du pays. Dans un deuxième essai, j'indiquais combien la globalisation impliquait la renaissance des Etats, en particulier de l'Etat indivis, national et européen. Dans un contexte d'interdépendance croissante, l'Europe est un acteur qui doit de nouveau émerger et s'en donner les moyens. Forte de sa diversité et de son histoire, elle peut être un acteur de référence dans le monde, notamment sur le plan de l'organisation des Etats du 21ème siècle. La crise financière ne fait qu'apporter la confirmation d'un nécessaire renforcement de l'Union européenne. Que manquait-il à l'analyse pour qu'elle soit, sinon complète, encore moins exhaustive, mais cohérente au regard de la démarche initialement choisie ? Dans la conclusion de mon deuxième essai, j'indiquais l'enjeu, la Culture.
On assimile société et Etat
Ce que je crois aujourd'hui, après des années de pratique et en dépit des courageuses réformes effectuées depuis des années, à tous les niveaux des rouages de l'Etat et de l'Administration, c'est que l'on ne peut modifier un système de pensée, une culture de service public, sans recourir à la société civile aux usagers aux citoyens, aux entreprises, au service des quel l'État existe.
Certes, il y a cette croyance fondée sur une réalité historique selon laquelle la nation française s'est construite à partir de son Etat et qui fait que l'on assimile encore trop souvent la société et l'Etat. Mais depuis l'apport essentiel des rois capétiens, celui des valeurs gréco latines et judéo chrétiennes, de l'islam du 12ème siècle, des valeurs du siècle des lumières et des droits de l'Homme et du Citoyen, l'Etat, républicain et laïque, est confronté aux forces de la globalisation et à l'enjeu européen, ainsi qu'aux aspirations d'une société qui veut exister par elle-même.
Aussi, dans ce contexte de complexité croissante et d'accélérations indéfinies dans tous les domaines, l'Etat ne doit-il pas devenir un instrument encore plus efficient pour gérer cette complexité des acteurs, des demandes sociales des bouleversements technologiques ou écologiques, des révolutions géopolitiques ? Qui peut être contre l'efficacité ?
Un Etat indispensable c'est...
Un Etat indispensable c'est un Etat qui sache traiter et analyser l'information, après l'avoir triée, qui sache décider à bon escient et compte tenu de l'intérêt général, ce dernier de plus en plus difficile à définir selon que l'on agisse à court, moyen ou long terme. Bref un Etat stratège !
Le système de pensée et la culture administrative sont donc à revisiter pour pouvoir faire face à ces nouveaux enjeux et contraintes. Il ne me semble plus aujourd'hui que l'Etat seul puisse se réformer si la société civile les citoyens les entrepreneurs l'ensemble des hommes et des femmes de métiers dans leur professions respectives ne l'exigent et n'y participent d'une façon ou d'une autre, dès los qu'eux-mêmes se mettent en mouvement. Dans mon livre « Refonder le Politique », dernier volet de mon triptyque sur la réforme de l'État, Je rappelle nous vivons une époque de rupture. Nous faisons face à une crise continue globale, une crise de la mondialisation, en particulier parce qu'elle souffre d'être inachevée. Une crise financière qui engendre une crise économique, puis sociale, et déjà politique et sociétale, une crise écologique la côtoyant.
Des défis démographiques majeurs et peu anticipés sont devant nous
Nous changeons de monde et c'est donc aussi une crise de civilisation ; un changement de modèle, une nouvelle culture s'imposent. Pour surmonter la crise, les crises, il faut un autre Etat et dessiner un projet de société ; il faut métamorphoser le Politique. Inquiets, les citoyens électeurs veulent comprendre ce qui se passe et pourquoi. Une pédagogie s'impose de même que la participation de tous est indispensable pour construire le sens des politiques à mener, pour répondre aux enjeux du réchauffement climatique, de la crise bancaire, du chômage, du terrorisme, de la fragmentation identitaire ou des inégalités. Cet autre Etat, à mon avis ne peut être qu'un Etat indivis, national et européen. Désormais il nous faut concevoir la réforme de l'Etat à l'aune de l'Europe et de la globalisation, par conséquent avec la société civile et les citoyens, avec les créateurs et les chefs d'entreprise. Car l'idée neuve c'est que nous avons besoin plus que jamais d'un Etat et de services publics efficients.
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Francis Massé haut fonctionnaire, Vice Président d'Europe Créative et membre du Cercle de la réforme de l'Etat
Auteur de « REFONDER LE POLITIQUE » NUVIS Phébes éditions
3 avenue Hoche, 75008 PARIS
T. 01 77 35 70 32
http://www.nuvis.fr
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