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Management : gérons nos collègues toxiques

14/01/2016 | par Maurice Thévenet | Management d'équipe

Pas toujours facile de travailler avec des collègues toxiques... © Jag_cz

Pas toujours facile de travailler avec des collègues toxiques...

Qui n'a pas un collègue toxique ? Fainéant ou boulimique de travail, bizarre, menteur, manipulateur... on retrouve toutes les perversions dans les organisations. À défaut de pouvoir s'en débarrasser, savoir gérer ses collègues toxiques relève de la survie dans un milieu hostile.

En 2007, un sérieux professeur de Stanford crée l’événement sémantique et managérial en publiant un ouvrage (1) universel. Le livre pointait du doigt le caractère toxique de certains managers qui rendent la vie impossible à leurs collaborateurs en abusant de leur pouvoir. Chacun se retrouvait dans la critique du chef et des dérives du pouvoir.

 

Plus présent, aussi toxique que votre chef

Mais les managers ne sont pas seuls à vous empoisonner l’existence. La toxicité est universelle, présente même chez ses collègues de travail auxquels nous unit évidemment la grande solidarité confraternelle, la valeur déclarée (comme on dit à la douane) de notre vie professionnelle. Les collègues sont souvent toxiques, ils vous empoisonnent la vie.

La situation est plus délicate qu’avec un chef qu’il est normal de critiquer (2). Mais si les collègues ont moins d’influence sur votre rémunération ou votre carrière, ils sont plus présents que le manager et leur côté toxique est plus nuisible.

 

Le collègue toxique a la mauvaise foi de dire qu’il ne savait pas, ou tout autre mensonge justifiant son incompétence ou sa mauvaise volonté.

 

Les collègues ont en commun avec les champignons de pousser partout et avec des formes de toxicité très diverses. Je ne les remercierai jamais assez d’avoir, pour préparer cet article, complété ma galerie de portraits déjà fournie.

Le collègue toxique est celui qui n’honore pas sa promesse. Le travail est toujours collectif, on ne peut faire le sien que si les autres font le leur. La paresse, le manque de conscience professionnelle voire la flânerie des uns, comme on disait au XIXe siècle, empoisonnent le travail des autres. Le toxique a la mauvaise foi de dire qu’il ne savait pas, ou tout autre mensonge justifiant son incompétence ou sa mauvaise volonté. Sans parler des supposés lents qui, à force de lenteur, laissent faire le travail aux autres.

 

La toxicité ne se mesure pas qu’à la méchanceté des comportements mais à celle des intentions.

 

Il y a les politicards qui arpentent les couloirs, montent les gens les uns contre les autres, complotent, diffusent rumeurs et informations pernicieuses. Ils parlent en feignant le secret, vous tirent les vers du nez, se répandent sur les autres comme sur vous-même en votre absence. Ils jouent de vous, manipulent, ont la finesse du diable à vous prendre dans le sens du poil pour mener leurs propres stratégies à vos dépens.

Il y a aussi les bizarres, aux réactions et comportements incompréhensibles, mais nuisibles. Ils se mettent à hurler inconsidérément, ou alors ils boudent et cessent de bouder sans que l’on comprenne pourquoi, ils fouillent dans votre vie privée, se plaisent à vous dire ce qui fâche, vous mettent en dépendance en toute occasion pour vous attirer dans l’engrenage d’une domination malsaine dont on ne sait comment s’extirper. Chacun complétera sa liste. Je vous propose même, comme l’avait fait Robert Sutton pour les managers, de m’envoyer vos propres expériences de collègue toxique pour en faire une encyclopédie…

 

Un renvoi vers soi
On peut évidemment considérer qu’un collègue toxique est un individu à part, un malade que les médecins du travail ne manqueront pas de traiter quand ils en auront fini avec les risques psychosociaux. Malheureusement la situation n’est pas si simple. La toxicité ne relève pas seulement des caractéristiques pathologiques de certaines personnes. L’effet de toxicité renvoie aussi à soi-même. La personne consciencieuse supportera d’autant moins la paresse et la mauvaise foi professionnelle de son collègue que sa valeur travail est forte.
Les psychologues savent que le sentiment de victimisation est parfois la répétition d’événements douloureux et structurants du passé comme si inconsciemment la personne rejouait régulièrement la même scène du film. La toxicité n’est pas réservée à quelques individus particuliers (3). C’est comme dans la scène de ménage, un enchaînement d’interactions et des circonstances peuvent conduire chacun à devenir toxique ou à être plus sensible à la toxicité des autres.

Des symptômes communs

Il ne faut pourtant pas cacher deux difficultés. Au-delà de ces types classiques, il est des formes parfois plus subtiles ou dont il est plus difficile de parler. Certains pointent comme toxique l’obsessionnel du travail dont les 15 heures font paraître pâle figure à ceux qui font leur travail normalement. D’autres suggèrent aussi que la promiscuité de certains bureaux fait du comportement, de l’odeur ou du ton de la voix, même s’ils ne sont pas volontaires, des facteurs de toxicité. Pire, la toxicité ressemble à ce sparadrap dont le capitaine Haddock tente vainement de se débarrasser. La toxicité c’est comme le fumeur : il était toxique en fumant dans votre bureau, il l’est tout autant en vous laissant faire son travail alors qu’il soutient les piliers de la porte d’entrée sur le trottoir, une cigarette à la main.

Il existe quelques symptômes communs à la toxicité des collègues. Le premier est le sentiment d’être victime, de subir ce que l’autre vous impose. Il perturbe votre espace vital, franchit les frontières de ce que l’on considère être son droit au respect. Ce qui est imposé, c’est rarement des coups ou la force, mais souvent l’insinuation, l’information vénéneuse, la suggestion qui crée la peur. La toxicité ne se mesure pas qu’à la méchanceté des comportements mais à celle des intentions, surtout si elles prennent la forme du sourire, de l’obséquiosité, de la fausse proximité et du rire carnassier.

 

Les collègues sont comme les champignons, ils poussent partout et avec des formes de toxicité très diverses.

 

Deuxième symptôme, le collègue toxique ne nous renvoie pas l’image idéale que nous avons de nous-même. Or, elle nous est indispensable pour vivre, certains l’appellent la reconnaissance. Les toxiques sont d’autant plus difficiles à supporter qu’ils ont souvent, volontairement ou non, l’intelligence de savoir appuyer là où cela fait mal, sur des aspects de vous-même que vous avez du mal à accepter ou à aimer.

Le dernier symptôme est celui de la tétanisation. On ne sait comment sortir de leur emprise. On sent leur toxicité, on a l’impression d’avoir tout essayé et l’on ne sait plus que faire, entachant ainsi encore plus une image de soi déjà mise à mal.

 

Sur ce sujet, lire aussi : Kits de survie du travailleur

 

Collègue toxique : que faire ?

Alors que faire ? Tout d’abord cette question de la toxicité des collègues requiert un peu de discernement. Y a-t-il un phénomène anormal ou simplement la banalité des épines des relations humaines ? Dans le couple, la famille, le syndicat ou l’immeuble, les relations sont toujours difficiles. La toxicité n’est-elle qu’un terme plus moderne à consonance technocratique pour exprimer une banalité qu’il faut bien assumer à moins de vivre sur une île déserte non déclarée ? Ou alors, cet effet de l’autre sur moi n’est-il pas lié à une image de soi disproportionnée, des attentes inconsidérées vis-à-vis des autres ?

Mais si la toxicité est réellement un problème, plusieurs pistes d’action doivent être considérées :
- premièrement, il faut réagir très vite pour que la situation n’empire pas ou ne s’établisse pas ;
- deuxièmement, il ne faut pas accepter l’inacceptable, encore faut-il être clair de ce qu’est cet inacceptable, cela demande un peu de réflexion ;

 

Il ne faut pas accepter l’inacceptable, encore faut-il être clair de ce qu’est cet inacceptable.

 

- troisièmement, il ne faut pas craindre de dire « je » à la personne concernée, lui dire ce que l’on ressent avant de lui faire la leçon ;
- quatrièmement, il est toujours utile de prendre de la distance, vis-à-vis de la personne, vis-à-vis de son travail : la toxicité prend d’autant plus de place qu’il n’y a rien d’autre dans notre vie relationnelle ;
- cinquièmement, on peut toujours cesser une relation qui s’enfonce dans une impasse ;
- sixièmement, il ne faut jamais oublier de consulter : il y a un moment où l’on n’échappe pas à l’aide nécessaire et utile de quelqu’un de compétent qui permet de recadrer et de traiter pour soi-même la situation.

Note

(01)R. Sutton, The No Asshole Rule, New-York : Warner Books, 2007. - Retourner au texte

(02)Bouvard, Insupportables collègues, Eyrolles, 2007. - Retourner au texte

(03)J. Lipman-Blumen, The Allure of Toxic Leaders, Oxford University Press, 2006. - Retourner au texte

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