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INTERCOMMUNALITÉ

 

Le cadre territorial à l’heure des fusions-acquisitions

30/12/2016 | par Rémi Uzan | Toute l'actualité

640px-MAIRIE_D'ECAUSSEVILLE_WITTYCYB (France) ©WITTYCYB (France)

Le bloc communal est entré dans l’ère des fusions-acquisitions. Bien des cadres territoriaux vont se trouver au centre d’un maelström organisationnel, avec une question lancinante : désormais à qui reporter ?

Article initialement publié le 18 novembre 2013

 

Depuis la loi Chevènement de 1999, les mariages de communes, plus ou moins volontaires, sont devenus la règle. Les prochaines lois de décentralisation vont encore augmenter ces phénomènes de fusion acquisition sur fond de rationalisation budgétaire.

 Mutualisations ascendantes et descendantes, mises à disposition, transferts, compétences partagées… sur le papier, employeurs, hiérarchies et missions semblent bien définies. Mais au quotidien, les cadres doivent trouver de nouveaux repères. Rien ne vaut pour cela que ce petit abécédaire non exhaustif des non dits de ces synergies. Et la parole des territoriaux…

A comme appartenance
« Avec un recul de dix ans, on s’aperçoit que de nombreux cadres transférés portent encore le maillot de leur ville d’origine avec laquelle ils gardent de forts liens affectifs. Or, pour réussir un processus de mutualisation, il faut recréer un sentiment d’appartenance via un projet de territoire, élaboré par les élus communautaires, que les personnels puissent s’approprier » comme l’affirme Laurence Malherbe, présidente de l’ADT-Inet et directrice des Affaires juridiques de la ville d’Antibes.

B comme brassage
« Les cadres transférés ont adopté de nouvelles postures managériales à travers le brassage avec des cadres de l’agglomération, favorisant la mixité des parcours et l’émulation. Cela facilite l’adoption d’une nouvelle culture de travail, un peu moins hiérarchique et davantage tournée vers le mode projet. » La encore, la parole est à Laurence Malherbe.

D comme double hiérarchie
« Dans le cadre de services communs, c’est compliqué car les cadres ont une double hiérarchie. Celle de la ville sur certains dossiers et celle de l’agglomération sur d’autres. En outre, dans certains services, le chef peut être rattaché à l’agglomération et certains de ses agents conserver leur lien hiérarchique avec leur ville d’origine » explique Denys Lamarzelle.

Le phénomène de reclassement douloureux va se répandre, mais il est politiquement correct de le taire

F comme flou hiérarchique
Tai Nguyen Duc, secrétaire national de l’Union des cadres territoriaux et consultant RH, se souvient d’un cadre informatique mis à disposition d’une intercommunalité : « Il s’est rapidement trouvé confronté à de multiples demandes émanant des communes membres. Son N + 1 était le DGS de l’agglomération, mais il ne lui fixait pas de priorités. Pour des raisons politiques, ça ne se faisait pas. Sans missions claires, le cadre ne se sentait pas vraiment à sa place. »

O comme organisation
« À l’Union nationale des cadres territoriaux, nous recevons de plus en plus d’appels à l’aide de cadres qui ont des difficultés à travailler dans des structures leur apparaissant éparpillées. L’administration des territoires mérite peut-être une meilleure clarification du qui fait quoi et l’optimisation des coopérations en interne » explique Roland Vigué, secrétaire adjoint de l’UNCT et directeur du pôle Affaires juridiques et réglementaires à la ville de Saint-Gilles (Gard).

 P comme une place pour deux
« Dans tous les cas de mutualisation, c’est souvent la règle du 1 pour 2 qui prévaut. Il n’y a plus qu’un directeur des finances, du personnel, etc. Dans les faits, la personne qui n’est plus directrice est recasée dans un office ou un satellite annexe. Dans pas mal de cas, c’est ressenti comme un échec. Certains cadres l’ont vécu très mal, tombant même en dépression. Ce phénomène de reclassement douloureux va se répandre. Mais il est politiquement correct de le taire » signale Denys Lamarzelle.

 R comme roi (qui t’a fait ?)
« En théorie, le cadre territorial transféré doit se référer à son nouveau chef de l’exécutif. Mais il se doit d’être particulièrement prudent et ne pas oublier son ancien employeur qui, en quelque sorte, l’a fait roi. Tous ces équilibres sont fragiles » expose Denys Lamarzelle.

 

TÉMOIGNAGE
« La charge mentale de travail du cadre est plus intense »
« Les structures territoriales perdurent et se complexifient alors que les financements se raréfient. Par conséquent, il va falloir mobiliser encore plus d’acteurs pour faire aboutir les projets sur un territoire donné.
Dans ce contexte, le cadre territorial devra travailler comme un ensemblier. Il y gagnera en envergure car il pourra agir au-delà des limites de son territoire. Mais il y a aussi intensification de sa charge mentale de travail : il lui faut être connecté en permanence. Il risque aussi davantage de se retrouver en défaut vis-à-vis de sa hiérarchie du fait d’un jeu d’acteurs qu’il ne maîtrise pas.
Le travail en mode réseau implique qu’on formalise de nouvelles instances d’échange et de validation. »
Jean-François Boyé
DGS de la ville de Montigny-les-Cormeilles

TÉMOIGNAGE
« Le cadre stratège va monter en puissance »

« Avec la montée en puissance de l’intercommunalité, on va assister à l’arrivée d’une nouvelle génération de cadres territoriaux. Celle des cadres stratèges qui tirent leur légitimité de leur compétence sur un thème : développement durable, contrôle de gestion, évaluation des politiques publiques… Ils ont l’habitude de travailler par projet dans une logique transversale. Tout l’enjeu pour le DG d’interco est de faire travailler cette population de jeunes cadres au fonctionnement transversal avec les cadres issus des communes qui restent dans une logique verticale classique. »
Denys Lamarzelle
Territorial-chercheur, auteur de nombreux livres sur le management territorial dont La face cachée de la territoriale.

 TÉMOIGNAGE
« Je reste loyale à ma ville »
Le quotidien d’une responsable de l’antenne communale d’une mission locale transférée
« Mon boulot de responsable, c’est de faire en sorte que les projets soient montés en partenariat entre l’agglo et la mairie. Le partage des compétences de chaque structure est la gageure d’une ouverture et d’un enrichissement du travail local. Au niveau de la hiérarchie, c’est parfois compliqué de travailler à la fois pour l’agglomération et les mairies. Nous sommes censés monter des projets pour tout le territoire, mais chaque maire veut que l’initiative se passe dans sa ville.
Si ces difficultés persistent, c’est aussi parce que le projet de territoire n’a pas été réellement pensé en amont.
Enfin, je reste loyale à ma ville. Pour moi, l’agglo manque de couleur et d’odeur et ne jouit pas du même historique local que la commune. »

 

 

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