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DOSSIER ÉGALITÉ PROFESSIONNELLE

 

Les quotas : un mal nécessaire

31/12/2013 | par Bénédicte Rallu | Non classé

On ne s’en réjouit pas, mas les quotas semblent la seule solution pour briser encore et toujours les femmes dans l’accès aux postes à responsabilités.

«Sans chiffres genrés, on ne peut rien suivre, ni avoir une photographie fiable. Cela peut conduire certaines propositions dans le mur ». Bénédicte Boyer, auteur du livre « Les femmes et la haute fonction publique » (Lextenso éditions, 2013) pointe ainsi l’une des principales difficultés dans la mise en oeuvre d’une politique d’égalité. La fonction publique est réputée être égalitaire en raison notamment de son concours et de son traitement indiciaire. « On croit que l’égalité est acquise, mais le chantier est totalement devant nous », estime Bénédicte Boyer.

Pour des statistiques sexuées

« Montrer les chiffres, identifier et décrire les inégalités est fondamental, confirme Gaëlle Abily, membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, vice-présidente du conseil régional de Bretagne. Les statistiques sexuées permettent de voir où sont les femmes (seulement 18 % de cadres au conseil régional), de les rendre visibles pour montrer les ressources internes afin de travailler à la mobilité interne. Il y aussi une nécessité de former à l’égalité car ce n’est pas seulement une affaire de convictions, mais aussi de compétences pour mettre en oeuvre. Il faut se former pour pouvoir appréhender les enjeux, outiller les acteurs car il y a encore beaucoup de stéréotypes ».

TÉMOIGNAGE
« Avoir la même représentation de la réussite »
« Les questions d’organisation (libérer du temps, absence de réunions le soir, temps partiel) ne sont pas les questions principales car elles ne sont que des moyens. Ce qui est important, c’est que les femmes se représentent la même vision de la réussite que les hommes et se disent qu’elles ont envie ou pas d’être DGS et de réussir quelque chose sur ce plan-là. Les jeunes en formation, notamment dans la FPT, aujourd’hui ont cette même représentation qu’ils soient femmes ou hommes. La vision de la carrière y est assez choisie puisqu’on y choisit nos employeurs. La vision de la réussite est moins compétitive, le travail est davantage fait en équipe. Cela correspond bien à la représentation que l’on peut avoir d’un monde dans lequel les hommes et les femmes sont égaux. Dans la pratique, c’est plus difficile. Mais on peut trouver des organisations adaptées. »
Valérie Chatel, présidente de l’Association des DRH des grandes collectivités, DGA au conseil régional de Rhône-Alpes

La signature de la Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes participe de cette démarche, l’obtention du label Égalité délivré par l’Afnor, la mise en oeuvre de termes et fonctions genrés aussi. « Il y a encore beaucoup de résistances », constate Gaëlle Abily. Le groupe de travail du Haut Conseil à l’égalité sur la lutte contre les stéréotypes doit faire des propositions pour développer cette féminisation des termes en février 2014.

Nécessité et limites des quotas

Pour beaucoup d’observateurs, l’instauration d’obligations est un mal nécessaire. La loi Sauvadet du 12 mars 2012 instaure des quotas de femmes dans les administrations publiques sous peine d’amendes. Le projet de loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes en cours d’examen au Parlement va pousser à la parité. Valérie Chatel, présidente de l’association des DRH des grandes collectivités, voit les quotas comme « une nécessité car c’est la manière de montrer qu’il faut atteindre un résultat, de se fixer des objectifs et de savoir où on en est de l’égalité. Travailler sur les quotas n’est pas réserver des places mais travailler sur un objectif de parité. Les quotas obligent à faire, les amendes montrent que ce ne sont pas des paroles en l’air ».

TÉMOIGNAGE
« Il faut se forcer à sélectionner des candidates féminines »
« Les cabinets de recrutement ont des discours de façade et sont assez conservateurs. Ils ont tendance à chasser des candidats qui sont déjà sur les postes de direction. Moins on se force à susciter, à aller chercher et à sélectionner des candidatures féminines, moins on aura de pourcentage de femmes parmi ces candidatures. Le vivier latent existe. C’est une forme de militantisme à avoir aussi bien dans les cabinets de recrutements qu’en interne pour poser des éléments d’objectivation en formulant par exemple des fiches de poste pour les cadres conduisant à ce que tout le monde soit traité de la même façon, même si les choses avancent de plus en plus. Les quotas permettent d’être proactifs. Si on laisse faire, il faudra encore combien de temps pour arriver à plus d’égalité ? »
Jérémie Daussin Charpantier, vice-président en charge de la promotion de l’égalité professionnelle femmes-hommes

Marie-Francine François, présidente de l’AATF, DGS de l’agglomération de Montbéliard ajoute : « Le retour en arrière peut être très rapide. Il suffit parfois d’un simple changement dans l’exécutif d’une collectivité, dans une direction pour que l’acquis soit balayé. Il faut une politique volontariste. Les quotas sont une manière d’y arriver pour les DGS. Il va falloir aller chercher les candidatures et organiser la mobilité géographique en travaillant à la façon d’accueillir les cadres et de les aider à s’installer ».

Mais ils ne suffisent pas car ils n’empêchent pas les stéréotypes, un moteur de la reproduction des plafonds de verre. Ceux-ci perdurent malgré un changement progressif des mentalités. Même chez les femmes. « Elles se posent trop souvent la question de leurs compétences et ne se sentent pas légitimes », constate Carmen Roig, chargée de mission à la DGA de Strasbourg. « Il faut faire un effort pour repérer les talents, avoir un changement culturel, et travailler sur la représentation des femmes, confirme Marie- Francine François. Un travail de longue haleine.

 TÉMOIGNAGE
« Le nombre ne produit pas forcément l’égalité »
« Les quotas, c’est fondamental. Ils ne sont pas une finalité mais un passage obligé. Depuis des décennies, on a laissé faire les choses. Rien n’a bougé. Il faut passer par des systèmes d’obligations. Nous n’avons pas trouvé mieux pour avancer. Le chemin est encore long. L’égalité est un principe républicain. Dans la FPT, plus de 53 % des cadres de catégorie A sont des femmes. Le nombre ne produit pas forcément de l’égalité. Il ne suffit pas d’avoir la parité pour produire de l’égalité. Il y a encore des filières très sexuées avec le médico-social très féminisé et les filières techniques plus masculines. Les disparités très fortes entretiennent des inégalités salariales. Les mentalités sont la clé pour faire bouger les lignes à travers les regards et vis-à-vis des stéréotypes. Il faut changer les représentations, avoir conscience des inégalités. »
Gaëlle Abily, membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes

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