publicité

PLAFOND DE VERRE

 

Les organisations fabriquent elles-mêmes les obstacles pour les carrières des femmes

31/12/2013 | par Bénédicte Rallu | Toute l'actualité

recrutement familial_18910055_©interlight - Fotolia.com ©interlight - Fotolia.com

Entretien avec la sociologue Catherine Mary, qui nous explique pourquoi les organisations fabriquent elles-mêmes les obstacles pour les carrières des femmes et comment des changements pourraient se mettre en place.

Quels sont les mécanismes organisationnels du plafond de verre ?
Les organisations fabriquent elles-mêmes les obstacles pour les carrières des femmes. La présence sur le lieu de travail, l’extensibilité du temps et la disponibilité sont le premier mécanisme qui nous a frappées dans notre étude. La mobilité géographique également. Les femmes sont le plus souvent en couple (80 % dans notre étude) avec des cadres qui eux-mêmes sont soumis à une mobilité dans leur carrière. Très souvent elles suivent leur conjoint, et même en disponibilité, elles ont ensuite du mal à retrouver un poste. Autre mécanisme : après le concours, le lieu de formation est souvent loin du lieu d’habitation. Or pour les concours internes, ils sont passés à un moment de la vie où les femmes sont souvent en couple et ont des enfants petits. En général, les femmes acceptent mieux que les hommes partent en formation que l’inverse. Et lorsqu’elles le font, cela peut conduire au divorce ou à des grosses difficultés.

Pourquoi les organisations en place produisent-elles de tels effets ?
Toutes ces contraintes organisationnelles ont été mises en place pour un modèle dans lequel les hommes occupaient ces postes [à responsabilités, ndlr] avec des femmes qui ne travaillaient pas ou avec des postes moins prestigieux les soutenant. C’est de moins en moins vrai pour celles-ci. Mais les hommes cadres A + sur les postes de direction générale restent encore le plus souvent des pères de familles nombreuses avec une femme au foyer. Pour les femmes, même si elles ont un conjoint pour les soutenir, ce n’est jamais un homme au foyer. Un ministère féminisé n’est pas plus favorable aux femmes, les hommes, plus visibles, y étant avantagés grâce à un escalator de verre. Dans les ministères masculins, les femmes y sont de la même manière plus visibles. Il n’y a par exemple quasiment pas de plafond de verre pour les postes de commissaire de police.

Comment des changements peuvent-ils intervenir ?
Pour les concours, ils peuvent éventuellement faire en sorte que les périodes de stages ne durent pas pendant deux ans. On peut réfléchir aussi à une organisation du travail moins chronophage et plus efficace pour éviter par exemple la réunionite le soir. Si vous êtes loin du travail, vous ne pouvez pas rester le soir. Réfléchir à une politique d’égalité, c’est réfléchir à tous les compartiments : les transports, le logement, l’école, les gardes d’enfants, etc. Les mentalités ont changé, les aspirations égalitaires ont énormément augmenté, mais ces mécanismes organisationnels sont d’une terrible inertie. Avoir des hommes que ce genre d’organisation gêne, plus égalitaires, qui ne veulent pas rester jusqu’à 11 heures du soir pour travailler, qui prennent leurs congés paternité, peut aider à changer les choses. Mais ce ne sont pas ces hommes-là qui vont faire les carrières les plus foudroyantes. En France, les choses doivent venir d’en haut.

 

Catherine Marry est sociologue, directrice de recherche au CNRS, au Centre Maurice Halbwachs (CMH), co-auteur de l’étude « Le plafond de verre dans les ministères. Une analyse de la fabrication organisationnelle des dirigeant.e.s. », 2013

Pas de commentaire

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Tous les champs sont obligatoires (votre adresse e-mail ne sera pas publiée)

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

publicité