L'ŒIL DU DGS

 

La légitimité d’un élu va se jouer dans les premières semaines

31/03/2014 | par Franck Plasse | Dossiers

emmanuel_cattiau

Emmanuel Cattiau, directeur général des services, ancien directeur de cabinet, nous fait partager son expérience des lendemains d'élections municipales.

Quel est votre pire souvenir de relations avec des élus ?

Il y en a quelques-uns. Par exemple au début d’un mandat, j’étais déjà DGS et les nouveaux élus n’avaient aucun point de repère de ce qu’était un DGS… Rien n’avait été organisé pour les informer. Une présentation orale aurait été nécessaire, y compris avec la diffusion de mon CV (et ceux de la DG). Nous aurions « brisé la glace » plus vite. J’ai également le souvenir d’une prise de fonction dans un environnement où la majorité était divisée et le maire en position de faiblesse. En tant que responsable de service, je me rappelle être arrivé sur un poste sans avoir été choisi par l’élu du secteur…

 

Que faire dans ce dernier cas de figure ?

Comment reformaliser une collaboration avec l’élu qui ne vous a pas choisi ? Les cas seront nombreux en avril. J’ai tenté, mais je suis parti au bout de deux ans car la relation s’est dégradée… même si j’estime avoir bien fait mon travail. Mon seul conseil : faire son travail et repartir vite !

 

Et le meilleur souvenir de début de collaboration ?

Un premier rendez-vous d’embauche réjouissant, avec un discours clair de l’élu, une confiance donnée a priori, la capacité de dire les choses sans jamais juger… Il faut savoir affronter les difficultés sans jamais tirer sur son équipage, sur le DGS ou le directeur de cabinet… Cette posture est l’apanage des gens intelligents, humbles et généreux. Dans ce contexte, j’ai donné le meilleur de moi-même et j’ai beaucoup appris.

 

Les épreuves arrivent vite et servent de test aux yeux de tous ceux qui vous observent

 

Quels sont les pièges à éviter ?

Penser que vous êtes le messie ou le sauveur (si, si, ça arrive…) : c’est naïf car tout changement peut voir le rejet du « corps étranger » comme réponse individuelle et collective, consciemment ou inconsciemment, même dans un climat favorable. Votre légitimité va se jouer dans les premières semaines, face aux premières difficultés. Les épreuves arrivent vite et servent de test aux yeux de tous ceux qui vous observent.

Ou penser que votre expérience va vous permettre de gérer la situation : certes l’expérience aide à maîtriser son émotionnel , mais un contexte est par définition toujours nouveau… en fonction des nouveaux acteurs. Aucun poste ne vous donnera de fait un brevet de Jedi. Vous pensez être arrivé, l’aventure ne fait que commencer même avec dix ou vingt ans de « bouteille ».

garder l’équilibre dans l’action est difficile

Penser que vous avez le temps : vrai en apparence dans un mandat de six ans. Faux en réalité car votre pertinence dépendra de votre vitesse de diagnostic de la carte des acteurs, des forces et faiblesses et des vrais lieux de décisions. Vous avez un à deux mois maximum pour faire une évaluation personnelle de la situation, la faire valider pour ensuite engager les adaptations nécessaires en fonction des opportunités et des priorités des élus. Parfois votre diagnostic vous invitera à faire un « touch and go » salutaire…

Ou encore penser que vous êtes légitime pour agir : garder l’équilibre dans l’action est difficile. Votre fonction vous permet « d’agiter le bocal », mais trop agir sera perçu comme insécurisant. Vous êtes censé être une référence et vous serez observé, manipulé, provoqué, évité, séduit, craint, sollicité… autant de comportements qu’il faudra intégrer sans se perdre dans le miroir des autres ! Et il faudra essayer d’installer un climat « normal », non pathogène pour vous et donc pour autrui.

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