ŒIL DE L'EXPERT

 

Vincent de Briant : « Pratiquez le management interculturel ! »

15/04/2016 | par Akim Chekhab, Eric Landot, Jean-Pierre Coblentz | Dossiers

management_mutualisation © Gstudio Group - fotolia

Pour notre expert en gouvernance locale, Vincent de Briant, l'intérêt communautaire doit dépasser les clivages en matière de management, qu'ils soient liés au politique ou à la culture propre à chaque collectivité membre.

Publié le 29 avril 2014

 

La mutualisation suppose-t-elle un changement de culture managériale ?

Mutualiser, c’est mettre en commun. Mais il y a deux manières de le faire. L’une qui ne change rien à la culture managériale, l’autre qui change tout. La première s’apparente à une relation client-fournisseur ou à une prestation de service. Elle s’épuise dans sa réalisation. Ce n’est pas le cas de l’autre, parce qu’elle poursuit sans fin… l’intérêt commun. C’est celle qui caractérise les EPCI, mais aussi les SDIS, les parcs naturels nationaux, les grands ports maritimes ou les EPLE… En clair, les établissements institués par l’État et qui imposent un espace commun à leurs membres : communes, départements, services déconcentrés de l’État, CAF… Là, il faut pratiquer le management interculturel ! Ces structures « marient » en effet des organisations aux cultures différentes avec lesquelles il faut forger une culture commune, elle-même différente. La devise de l’Union européenne pourrait s’appliquer à chacune d’elles : l’unité dans la diversité…

 

La devise de l’Union européenne pourrait s’appliquer à chacune des structures d’État : l’unité dans la diversité…

 

Or, ce n’est pas la culture des collectivités territoriales, souvent marquées par une histoire spécifique, ni celle de l’État ou des hôpitaux. Les trois fonctions publiques ont une culture particulière qui se singularise encore dans chaque organisation. Dès lors, il s’agit bien de les articuler plutôt que de les faire disparaître et de créer entre elles un espace commun par l’intermédiaire d’une mise à disposition fonctionnelle, d’autant plus en matière d’intercommunalité, quand il y a une commune-centre qui ne doit pas donner le sentiment d’annexer la périphérie.

 

Dans quelle mesure ce chantier nécessite-t-il que les élus dépassent leurs étiquettes partisanes ?

Cela ne peut fonctionner que s’ils sont eux-mêmes capables de pratiquer le management interculturel au niveau politique. En d’autres termes s’ils soutiennent la démarche et sont capables de compromis, y compris et surtout quand ils sont en position de force. L’intercommunalité a souvent été le lieu de cet apprentissage, « à l’abri » du suffrage universel. Dans certains cas, elle continue à l’être dans le cadre du nouveau scrutin de listes communautaires et municipales.

 

Cela ne signifie pas qu’il n’y a plus de clivages politiques, mais que l’intérêt communautaire déplace le débat et produit un espace commun propice à la mutualisation.

 

Le cas de la CU de Bordeaux est intéressant, puisqu’un accord de coopération y a été conclu entre son nouveau président, Alain Juppé, et l’opposition. On a pu le constater aussi à Lyon et à Lille. Cela ne signifie pas qu’il n’y a plus de clivages politiques, mais que l’intérêt communautaire déplace le débat et produit un espace commun propice à la mutualisation. Cela dit, elle n’a rien de fatal pour ce qui concerne les services fonctionnels ou « prestataires » parce qu’elle n’est pas obligatoire pour eux. Il arrive que les communes décident de démutualiser, si le soutien des élus et celui du management disparaissent… et que les collectivités se le permettent financièrement.

 

La mutualisation parviendra-t-elle à tenir ses promesses d’économies d’échelle ?

Les économies d’échelle sont tout autant internes qu’externes. Si les communes mutualisent les services fonctionnels, elles n’auront plus besoin d’adhérer au CDG. Des économies sont possibles à moyen et long terme, à condition de bien persuader les agents que rationaliser n’est pas nécessairement rationner.

 

Des économies sont possibles à moyen et long terme, à condition de bien persuader les agents que rationaliser n’est pas nécessairement rationner.

 

La mutualisation engendre même des surcoûts à court terme, auxquels il faut consentir, pour ensuite allouer de manière optimale les ressources disponibles. Ce qui peut vouloir dire redéployer si on ne fait pas le choix de diminuer la dépense. C’est la définition même de la notion d’économie.

 

Vincent de Briant, debriant@u-pec.fr
Vincent de Briant
enseignant-chercheur à l’université Paris-Est Créteil (UPEC), spécialiste de l’action commune et de la gouvernance locale.

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