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Voyage au cœur des CHSCT

07/07/2017 | par Bruno Cohen-Bacrie | Management d'équipe

bonheur_travail ©vernonwiley -istock

Dans les entreprises, la santé au travail est devenue un sujet de débat, d'inquiétude pour les salariés, de responsabilité pour les employeurs. C'est au sein des comités hygiène, sécurité et conditions de travail que cette question est prise en charge. Hélène Adam et Louis-Marie Barnier proposent, dans leur livre « La santé n'a pas de prix », un véritable voyage au coeur des CHSCT. Ils répondent à nos questions.

 

 

Article publié le 16 septembre 2014

Hélène Adam syndicaliste, a été membre du CHSCT national de France Telecom de 1989 à 2000.

Louis-Marie Barnier sociologue, membre associé d’un laboratoire du CNRS, syndicaliste et ancien secrétaire de CHSCT d’Air France. Il est coauteur de « Ceux qui croyaient au ciel. Enjeux et conflits à Air France » (Syllepse). Membre de la fondation Copernic, il a participé à différentes « Notes » de cette fondation, dont « Répression et discrimination syndicale » (Syllepse, 2011) et « Revendiquer et s’organiser » (Syllepse 2008).

Qu’est-ce qui est à l’origine de ce « voyage au cœur des CHSCT », un thème rarement traité ?

Nous sommes tous les deux des syndicalistes. Nous avons été membres de CHSCT dans d’importantes entreprises, elles-mêmes soumises à de grands bouleversements et confrontées à de nombreuses questions liées à la santé et à la sécurité au travail, aux conditions de travail dégradées notamment, aux modifications structurelles de l’organisation du travail.

Notre expérience recoupe de nombreux thèmes de l’actualité récente (la souffrance au travail, les suicides, l’amiante, AZF etc.). Les lois Auroux avaient modifié il y a trente ans substantiellement les droits des travailleurs dans les entreprises. L’une de leurs dispositions ouvrait le champ des CHSCT aux conditions de travail. La recherche de profit actuelle met justement au centre ce lien entre conditions de travail et santé au travail.

 

Quel constat faites-vous du rôle joué par les CHSCT au sein des entreprises ?

 Les CHSCT jouent un rôle essentiel. Ils représentent le collectif de travail, les salariés qui prennent part à l’organisation du travail comme le prévoit le préambule de la Constitution française. C’est un contre-pouvoir. Ils permettent que les salariés s’organisent collectivement pour prendre en main les questions de santé, du moins c’est notre conception de l’activité syndicale. Les membres des CHSCT sont à la fois experts dans le domaine de la santé et élus du personnel.

 

 Les membres des CHSCT sont à la fois experts dans le domaine de la santé et élus du personnel.

 

C’est une position difficile, leurs connaissances leur permettent de traduire les exigences des salariés dans ce domaine particulier, qui s’appuient sur le regard et les connaissances des salariés eux-mêmes. Ce sont des intermédiaires avec les directions pour permettre que la santé au travail soit l’affaire de toutes et tous. Ces élus sont aussi soumis à la répression syndicale pour limiter leur action.

 

Voir notre sondage : Faut-il regrouper CHSCT et CT dans une instance unique ?

 

Quels enseignements en tirez-vous quant à l’évolution du monde du travail, des pratiques managériales ?

Les pratiques managériales sont devenues extrêmement violentes. De nombreuses recherches mettent en lumière les atteintes à la santé des salariés, sous toutes ses formes, et c’est absolument essentiel. Ce n’est plus « normal » de souffrir ou de voir son espérance de vie se réduire à cause du travail.

 

 Ce n’est plus « normal » de souffrir ou de voir son espérance de vie se réduire à cause du travail.

 

Mais ces approches restent trop souvent sur le terrain du constat. Or il existe beaucoup de résistances, à commencer par le travail opiniâtre des élus des 40.000 CHSCT, auquel ce travail rend hommage. Il faut aussi faire connaître toutes les initiatives du mouvement social ou de militants intellectuels.

 

Vous formulez un certain nombre de pistes de réflexion. Lesquelles vous semblent les plus « pertinentes » ?

Difficile de choisir ! La caractéristique des CHSCT est justement de considérer la santé, la sécurité et les conditions de travail comme un tout, ce tout étant le salarié lui-même. La lutte pour la retraite doit prendre en compte la pénibilité, à partir des diagnostics de pénibilité que doivent maintenant établir les entreprises.

Le fil conducteur de notre livre est la démarche syndicale et sociale pour la défense de la santé des salariés. Les salariés, les syndicalistes innovent sans cesse pour construire le rapport de force. Notre choix a été de mettre en lumière des expériences originales, depuis l’observatoire du stress et des mobilités forcées à France Telecom jusqu’aux travaux du GISCOP, un groupement de chercheurs de Seine-Saint-Denis qui tente de débusquer des causes éventuelles dans l’histoire professionnelle de personnes atteintes de cancer. Il faut par exemple admettre que la défense de l’environnement concerne autant la santé des salariés que des habitants (qui sont souvent les mêmes), les CHSCT doivent en faire une de leurs axes d’intervention. Ils doivent pouvoir inviter aux réunions du CHSCT ces associations. Et des expériences existent ! Que l’on pense au travail fait en commun entre syndicats de salariés sous-traitants du nucléaire et associations, ou bien sur l’amiante.

 

On ne pourra résoudre la santé au travail dans un face-à-face avec l’employeur.

 

L’enjeu, pour nous, c’est la conception de l’approche syndicale. On ne pourra résoudre la santé au travail dans un face-à-face avec l’employeur. Les syndicats, les CHSCT doivent associer à leurs travaux réguliers les associations, les mouvements pour la santé au travail. Il faut une grande campagne nationale pour la santé au travail, qui s’opposera forcément à des normes de compétitivité ou de rentabilité. La santé n’a pas de prix !

 

Vous évoquez le fait que dans la fonction publique les rapports agents/employeur n’ont jamais laissé de place à la santé au travail ?

La relation dans la fonction publique est particulière. La mission du fonctionnaire relève non des consignes du supérieur hiérarchique, mais d’un cadre donné par les gouvernements et à travers eux, l’État. Le fonctionnaire est donc réputé indépendant, juge en toute autonomie de l’interprétation de sa mission, autonomie confirmée par le statut de la fonction publique. L’État ne peut, comme le fait une entreprise privée, « exploiter » ses salariés. Il peut être négligent, mais cela ne peut relever d’une contradiction entre des intérêts opposés. Forte de cette conception, pendant des décennies la fonction publique est donc restée le « parent pauvre » du domaine du « droit du travail » et tout particulièrement des instances de représentations du personnel en lien avec santé et sécurité au travail.

Depuis quelques années, ce n’est plus le cas et c’est tant mieux. Surtout que les enjeux sont aujourd’hui primordiaux dans ce secteur. Le libéralisme a reconfiguré le secteur public pour en faire un domaine de concurrence, d’individualisme, de relations commerciales pures, niant tout ce que les missions de services publics comprenaient de solidarités, d’égalités d’accès, de biens communs. Progressivement, la recherche du profit est devenue là aussi, le moteur des évolutions.

 

Progressivement, la recherche du profit est devenue le moteur des évolutions.

 

Les conséquences sur le personnel ont été généralement négatives, la souffrance au travail s’est développée, les conditions de travail se sont dégradées. Aujourd’hui, les CHS de la fonction publique sont enfin devenus CHSCT. Il est donc officiellement reconnu le fait que l’organisation du travail peut être pathogène et que les représentants du personnel ont leur mot à dire pour la contester et proposer des alternatives. N’oublions pas non plus les contractuels de la fonction publique, pour qui tout reste à faire, y compris dans ce domaine de la santé au travail.

Serge Volkoff, qui préface l’ouvrage est directeur du Centre de recherches et d’études sur l’âge et les populations au travailet directeur au Centre d’étude de l’emploi.

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