![]() |
Education
La suppression de la carte scolaire a-t-elle été efficace ? Il semble que la mixité sociale n'ait pas progressé et que le système éducatif souffre toujours des mêmes maux. Pour améliorer les choses, c'est donc une vraie réflexion sur le fonctionnement de notre système éducatif qui s'impose. |
|
|
La question de la carte scolaire est revenue au centre des débats lors de la dernière Présidentielle. Il y avait alors une forme de consensus parmi les principaux candidats pour dire qu'il était urgent d'assouplir le fonctionnement de la sectorisation scolaire. Pour mémoire, le principe de la sectorisation permettait de répartir les enfants selon des secteurs d'affectation liés au lieu d'habitation. La « carte scolaire » était donc un outil de gestion des personnels et élèves et n'a jamais été figée. Elle avait également pour fonction de garantir la mixité sociale de nos collèges et lycées, en permettant que les enfants de médecins et d'ouvriers partagent les mêmes établissements, classes et enseignants.
Peu à peu pourtant, son contournement est devenu une réalité, mais aussi un « luxe » réservé à ceux qui connaissent le système (options rares...) ou les bonnes personnes, afin d'éviter un établissement à mauvaise réputation ou trop éloigné. Le nouveau président a estimé que l'urgence pour améliorer notre système éducatif était d'assouplir cette carte. On a donc permis aux collégiens et lycéens de ne plus être automatiquement affectés dans l'établissement déterminé par leur lieu d'habitation, mais d'établir une liste de quelques établissements désirés dans leur département. Peu importe que les conditions pédagogiques et sociales des élèves restent les critères essentiels de réussite, il fallait frapper fort dès le début du mandat. La carte scolaire fut désignée comme l'ennemi de la réussite individuelle et la raison de nos malheurs scolaires, voire comme un outil de maintien des inégalités.
Mais ceux qui ont brandi sa suppression ou son assouplissement, comme l'outil magique pour mettre fin aux « ghettos » scolaires, ont fait preuve de naïveté ou de cynisme. Il fallait rendre l'école publique plus attractive avec une liberté de choix de l'établissement, comme dans l'enseignement privé. Puisque certains pouvaient se libérer de la « contrainte » de la carte par leur connaissance du système, il fallait simplement y mettre fin. La démarche intellectuelle est pourtant assez discutable. Faut-il abroger un système juste parce qu'il est contourné par quelques-uns ?
Même s'ils n'étaient pas tous favorables au dispositif, les défenseurs du service public d'éducation auraient aimé que cela réussisse. Seulement, les résultats ne démontrent pas ou peu d'amélioration de la mixité dans nos établissements scolaires : il n'y a pas plus de riches chez les pauvres et pas plus de pauvres chez les riches. L'assouplissement de la carte aurait même plutôt engendré une accélération et un renforcement des phénomènes de déclassement des établissements les plus fragiles. Le peu de mixité sociale semble y être définitivement condamné. Les enfants des classes moyennes de ces zones ont quitté ces établissements en laissant entre eux les enfants les plus en difficulté. Les quelques gestes de « bons » lycées qui ont accepté quelques élèves de ZEP permettent de ne pas se pencher sur les établissements des territoires qui souffrent, qui manquent de moyens et pour qui nous n'avons plus beaucoup d'ambition.
La suppression de la carte scolaire a plutôt occulté les autres problèmes auxquels nos collèges et lycées sont réellement confrontés. Il aurait fallu reposer son rôle, ses défauts pour qu'elle devienne l'outil de l'égalité en la resituant dans un contexte plus global. Réforme du Bac, accompagnement éducatif, accès au soutien scolaire... les sujets ne manquent pas pour aborder la question de l'amélioration de notre système éducatif : des pans entiers de notre territoire sont exclus de la véritable réussite éducative, les élèves, les enseignants et les parents de ZEP se sentent souvent abandonnés. La baisse annoncée de la DSU et de la DGF aux communes en difficulté ne viendra pas améliorer les conditions d'études des enfants.
Xavier Darcos
ministre de l'éducation nationale
« En supprimant la carte scolaire comme outil systématique, en la remplaçant par un système de critères beaucoup plus souple, beaucoup plus juste et beaucoup plus transparent qui n'intervient que lorsque le nombre de places disponibles dans un établissement ne permet plus de faire face à la demande des familles, nous avons voulu affirmer la nécessité absolue d'un consensus, d'un respect mutuel entre l'école et les familles sans lequel il n'est pas d'éducation réussie. Les familles se sont emparées de ce nouveau droit, cette année encore plus que l'année dernière où elles le découvraient. Les demandes de dérogation ont progressé de 17 % cette année ; elles ont été satisfaites dans 88 % des cas et le nombre d'élèves boursiers ayant obtenu l'affectation qu'ils sollicitaient a progressé de plus de 30 %. Qui peut encore affirmer aujourd'hui que la suppression de la carte scolaire n'est pas conforme à l'exigence de liberté et de justice qu'expriment les Français ? »
Extrait du discours sur la Rentrée scolaire 2008, prononcé le 28 août 2008.
Nathalie Blot
Attachée territoriale
En milieu rural, la question de la carte scolaire se pose différemment. Pour « bénéficier » des effets de cette réforme, encore faut-il en effet avoir le choix entre plusieurs établissements. Or, avec un collège par canton, soit vingt kilomètres de distance entre chaque structure, le choix n'existe pas dans les campagnes. Ce constat d'éloignement géographique est encore plus criant pour les lycées. On peut cependant craindre un effet pervers : la désertion des établissements des secteurs ruraux. En effet, la plupart des villages sont des cités dortoirs : on habite à la campagne et on travaille à la ville. Faire sauter le verrou de l'établissement de rattachement permet aux parents d'inscrire leurs enfants dans la ville où ils travaillent : beaucoup pourraient désormais profiter de cette opportunité dès la rentrée prochaine. Après la fermeture inexorable des petites écoles de village, assistera-t-on à la fermeture des collèges faute d'élèves, tous partis en ville ? Allons-nous vers un nouvel exode rural ?
Contact : nathalie.blot@caramail.com
Notre système éducatif va mal, c'est une certitude. Il exclut de manière « déterminée » (au sens de Bourdieu), ne sait pas parler à tous ses enfants et n'accepte toujours pas de s'adapter. Son amélioration passera d'abord par une prise de conscience. Il aurait été utile de poser de vraies questions et de porter sérieusement une réflexion nationale sur l'individualisation de la pédagogie, l'aide à la parentalité, le moyen de permettre à tous d'accéder au soutien scolaire. Car résumer nos problèmes éducatifs à la carte scolaire, c'est faire passer le message que le milieu d'origine, l'environnement d'apprentissage n'a pas d'influence sur la réussite des enfants. La carte scolaire peut permettre demain de déterminer les zones dans lesquelles l'État doit concentrer ses efforts, y compris financiers. Aujourd'hui, il est pourtant urgent d'agir pour que l'école devienne, enfin, un outil qui s'attaque aux inégalités et non qui les reproduit, même si certains pensent encore que c'est la présence de règles qui cause les dysfonctionnements, en économie comme dans l'éducation.
Mais c'est le volontarisme politique et collectif qui nous permettra d'améliorer l'éducation. La carte scolaire devient alors le premier support pour créer les conditions d'un système éducatif protecteur et dans son rôle de soutien de tous les élèves.
Cathy Soulès,
secrétaire générale
de la Fédération PEEP
La PEEP approuve l'assouplissement de la carte scolaire car, désormais, les critères de dérogation sont clairement définis et plus transparents. Cependant, nous considérons que cet assouplissement n'est pas une fin en soi et que des efforts doivent être portés en amont pour permettre à tous les établissements d'offrir, à chaque élève, l'enseignement que lui et sa famille sont en droit d'attendre.
Notons toutefois que, pour des raisons évidentes, les parents privilégient l'établissement de proximité. Ainsi, selon la 27e enquête de l'Observatoire des parents d'élèves (réalisée par BVA pour la PEEP, en septembre 2008), 81 % des parents n'ont pas demandé de dérogation cette année. Par ailleurs, changer un enfant d'établissement n'est pas forcément la bonne solution pour lui. Il faut donc aborder cette question dans un esprit ouvert et constructif car c'est l'enfant qui est au c½ur du sujet.
Ce magazine, qui paraîtra en novembre, traitera de l'ensemble des domaines qui concernent le lien commune/école : locaux, gestion des personnels, relations aux parents d'élèves et aux enseignants, activités périscolaires, restauration. C'est à la fois un outil de formation qui donne une information concrète et pointue aux différents acteurs, mais aussi un lieu de débat autour des questions d'éducation et de politique en direction de l'enfance. Il est destiné aux directeurs de l'éducation et des affaires scolaires, aux directeurs des écoles, aux maires et adjoints aux affaires scolaires ainsi qu'aux responsables de l'enfance, de la jeunesse et des activités périscolaires.
Contact : laurent.thoviste@territorial.fr
Flash info |
| Envoyez-nous un message pour rectifier cet article. |
