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« Liberté, inégalité, fraternité »

Parité

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La place des femmes aux postes de direction avance à pas comptés. La hiérarchie se conjugue encore majoritairement au masculin et la parité reste un optimal lointain. Les mentalités évoluent et les archaïsmes régressent... un peu. Mais la culture du présentéisme continue de peser sur l'équilibre des genres. Dès lors, chacun est mis devant ses responsabilités.

La Lettre du Cadre Territorial numéro 377 (1er avril 2009)


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En mai 2001, La Lettre du cadre s'interrogeait sur la place des femmes dans l'encadrement territorial. L'article, titré « La hiérarchie a-t-elle un sexe ? », composait un tableau de lourds archaïsmes. 2001, c'était avant les 35 heures et leur promesse de temps de vie réconciliés, avant l'adoption de nouveaux textes sur l'égalité professionnelle, avant l'inscription du principe de parité dans la Constitution... Huit ans plus tard, où en est-on ?


Chiffres cruels

Si l'on s'en tient aux chiffres, la démonstration n'est pas faite. Dans une FPT majoritairement féminine, la présence des femmes continue de se réduire comme peau de chagrin au fur et à mesure que l'on s'élève dans la hiérarchie. Ainsi, en 2007, les femmes qui représentaient 61 % des agents, dont 54,6 % des cadres A, n'occupaient que 18,6 % des emplois de direction et 16,4 % des emplois fonctionnels des grandes collectivités. Et on avance au rythme de l'escargot : entre 2003 et fin 2005, la part des femmes parmi les emplois de DGS, DGA et DGST des grandes collectivités a augmenté de 0,8 % ! « À ce rythme-là, la parité n'est pas pour après-demain ! » constate amèrement Élodie Defecques, DRH de Pont-de-Claix. Ces chiffres obligent à mesurer l'écart qui ­sépare le discours sur l'égalité professionnelle et la réalité des recrutements et des promotions. Nombre de gestionnaires et d'élus considèrent d'ailleurs toujours que la question ne se pose pas... la FPT étant par nature égalitaire, statut oblige.


Une évolution perceptible

Si le compte n'est pas bon, la tendance est à l'optimisme raisonné. « Même si les hommes restent ultra-majoritaires dans les postes de ­direction, l'évolution est perceptible. Quand il n'y a que des hommes, le réflexe aujourd'hui, c'est de rechercher une femme. On fait donc plus attention aux équilibres », note Françoise Patrigeon, DAC de la région Ile-de-France. Ces dernières années en effet, la proportion de femmes dans les emplois supérieurs est restée faible, mais leur part dans les nominations (20,6 %) est supérieure à leur part dans les emplois supérieurs (16,4 %). Le mouvement des nominations est plus dynamique pour les directeurs et les DGA que pour les DGS (a fortiori les DGST), il concerne plutôt des petites ou moyennes communes et des EPCI, jugés moins attractifs par les hommes. Il conforte la surreprésentation féminine dans les secteurs du ­social, de l'enfance et de la gestion des ressources.


Stéréotypes tenaces

Sur le front des archaïsmes sexistes, certains réflexes machistes persistent. Les femmes doivent parfois encore légitimer leur position professionnelle. « On pardonne plus à un homme et les femmes ont intériorisé le « complexe du bon élève » qui veut que l'on prouve à soi et aux autres que l'on est capable » relève Marie-Louise Coquillaud, DGS de la CA d'Orléans. Mais la plupart des dirigeantes attestent que leur expertise est ­aujourd'hui mieux reconnue. Elles n'en rappellent pas moins que la reconnaissance reste un combat ; la preuve, ces « petits ­errements » tellement signifiants : « quand je me présente comme sous-préfète, DGS du conseil régional, certains, incrédules, me font ­repréciser » raconte ainsi Laurence Lefèvre, DGS de la région Picardie.


Présentéisme intégré

C'est sur le terrain de l'articulation des temps de vie que les blocages demeurent les plus importants. La culture du présentéisme reste en effet dominante dans les têtes et les organisations. « Les femmes s'autodiscriminent souvent et ne briguent pas de postes d'encadrement. Elles savent qu'elles ­devront réduire les conflits ­entre les rôles dans et hors travail, et elles intègrent cette donnée dans leurs choix de carrière », ­observe Hélène Canadell, directrice en charge de l'amélioration des conditions de travail à la région Aquitaine. « La disponibilité est un prérequis : chaque fiche de poste de cadre demande une « grande disponibilité ». Chacun sait où il met les pieds : l'employeur et la candidate », justifie Marie-Louise Coquillaud. D'accord, mais pas au prix de la corvéabilité, répond Catherine Braczi-­Issakidis, DGAS de Drancy, qui plaide pour une disponibilité maîtrisée. Mais peut-on vraiment poser ses conditions ? Pas sûr. Le travail avec les élus a ses raisons, répondent certaines, c'est une « simple » question de choix et d'organisation avancent d'autres. Force est de constater que rares sont les collectivités qui mettent en débat la question de l'équilibre des temps, en prohibant par exemple les réunions tôt le matin ou tard le soir. Entre représentation intériorisée et inertie des organisations, la route vers la parité aux postes d'encadrement supérieur promet d'être longue.


Ça va changer... peut-être

Deux facteurs pourraient demain venir accélérer le processus. Tout d'abord le départ en retraite de nombreux DGS et DGST hom­mes qui, notamment dans les petites communes rura­les, seraient porteurs d'archaïsmes. Mais surtout, l'arrivée programmée aux postes d'encadrement supérieur des administratrices : « au moins 40 % des élèves en formation à l'Inet sont des jeunes femmes. L'augmentation des administratrices sur le marché du travail va pousser les élus à changer leur perception du recrutement et des compétences des cadres dirigeants », explique Coralie Garraud, secrétaire générale de l'unité société conseil ­régional Ile-de-France. Après un passage dans des collectivités moyennes, ces cadres ont en effet vocation à occuper des postes de DGS de grandes collectivités. « Pour l'heure, ça ne se voit pas, car les promotions sont jeunes. Alors, le vieux réflexe demeure : celui de la cooptation entre hommes » explique cette ­ancienne DGS d'une commune de l'Est. Et de conclure : « la présence des femmes aux postes de direction c'est comme le développement durable : c'est lent, mais incontournable ».

Au final, ce débat renvoie chacun à sa responsabilité. Responsabilité de cadre, d'employeur, d'homme ou de femme, de conjoint ou de conjointe. Si chacun mettait ses actes en conformité avec ses paroles et ses principes, dans la vie professionnelle comme privée, alors peut-être n'écririons-nous plus d'article comme celui-ci.


Certains employeurs restent sur des schémas archaïques

Antoinette Schackis, DGA, ville de Mulhouse et communauté d'agglomération Sud Alsace


« Les femmes postulent plus facilement, mais certains employeurs sont restés sur des schémas du genre : « elle veut faire, et bien on va voir de quoi elle est capable ». Nous sommes deux femmes DGA sur sept et la question du positionnement selon le critère du sexe ne se pose pas. Ma collègue et moi, nous sommes estampillées « femmes de caractère » !... mais au fait, dit-on cela des hommes ? »


Les hommes préfèrent se recruter entre eux

Catherine Braczi-Issakidis, DGAS RH, ville de Drancy


« L'indisponibilité supposée des femmes est l'arbre qui cache la forêt. En réalité, n'est-ce pas plutôt que les hommes préfèrent se recruter entre eux ? Et puis, ne confond-on pas la disponibilité et la corvéabilité ? Les élus ne peuvent attendre des agents qu'ils soient disponibles à tout moment et les agents qui choisissent de travailler avec des élus doivent le faire en connaissance de cause. Au moment du recrutement, il faut poser ses conditions : d'accord pour la disponibilité, mais si elle est organisée. La question des compétences est aussi un faux problème. On reproche aux femmes de ne pas avoir d'expérience de direction, c'est le serpent qui se mord la queue ! Un jour, le problème n'existera plus, ça ira de soi et on verra le bénéfice de la mixité dans les organisations. »


« L'Égalité passe par un changement culturel »

François Fatoux, délégué général de l'Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises (ORSE)


La conciliation des temps est-elle un facteur d'égalité professionnelle ?


L'équilibre des temps privé et professionnel est un enjeu majeur. 81 % des femmes et 84 % de celles qui travaillent dans le secteur public estiment que la possibilité de « faire carrière » passe par l'investissement des hommes dans les tâches domestiques et pour 61 % d'entre elles (63 %), une meilleure conciliation travail-famille impliquerait l'aménagement des horaires de travail. Cette prévalence n'est pas surprenante tant la culture du présentéisme reste forte. 83 % des femmes du public estiment d'ailleurs que demander de rentrer chez soi plus tôt certains soirs serait « plutôt mal accepté » (sondage BVA pour ORSE, oct. 2008).


Quels sont les leviers du changement ?


Aujourd'hui, l'égalité professionnelle passe moins par l'édiction de textes remparts que par un changement d'ordre culturel. L'enjeu doit prendre sa place dans le dialogue social au sein de l'organisation, laquelle doit mobiliser la communication interne pour le promouvoir et rénover ses pratiques de gestion. C'est par l'exemplarité, et non par la norme, que les choses changeront. L'ORSE publie un guide pour promouvoir la parentalité auprès des salariés masculins : www.egaliteprofessionnelle.org


Une question d'organisation

Laurence Lefevre, DGS, région Picardie.


La question de la disponibilité renvoie à l'organisation personnelle. L'investissement du conjoint est crucial et son défaut pousse des femmes à refuser de briguer un poste d'encadrement. L'organisation du travail doit également être interrogée et s'adapter. L'élu ou le supérieur hiérarchique doit respecter les temps de vie privée. La région a mis en place un plan d'égalité homme/femme. Il prend en compte la dimension égalitaire pour l'accès à la formation, la promotion... et prohibe les réunions avant 9 heures et après 18 heures. L'accueil est très positif : des hommes disent maintenant ne pas être disponibles avant 9 heures... ils accompagnent leurs enfants à l'école. »


L'auto-discrimination résiste

Hélène Canadell, Directeur en charge de l'amélioration des conditions de travail, région Aquitaine


« L'association du pouvoir aux hauts postes biaise l'accession des femmes qui privilégient d'autres attributs de la réussite. Leur niveau de qualification dans les grandes collectivités est élevé, mais pour autant, leurs objectifs de carrière sont rarement exprimés. La rémunération compte, mais l'intérêt du travail prime et un niveau fonctionnel dans l'organisation n'est pas une exigence. Et puis, on ne peut ignorer la complexité pour les femmes de la conciliation emploi - vie personnelle. En les déculpabilisant par une meilleure contribution sociale à leur organisation vie/travail, elles pourraient au fil des générations se libérer des chaînes intimes qui pèsent sur leurs propres préjugés. »


Doc-Doc

À télécharger


 Complément rédactionnel 906 à 908.


- Évelyne Boscheron, « Liberté, Inégalité, Fraternité - Intégrer l'égalité professionnelle dans la FPT », CSFPT, décembre 2005.


- « L'égalité entre les femmes et les hommes. Chiffres clefs 2007 », Service des droits des femmes et de l'égalité, mars 2008.


- « Les femmes dans les emplois de direction des grandes collectivités », Observatoire de la FPT, CNFPT, mars 2007.


 

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